Son beau regard noir là-bas; Est en quête du tien; Pourquoi au lieu d’aller droit; Au sien faire l’aumône du tien.
Poésies didactiques
Vers 1
Vers 1 - Vers 2 - Vers 3 - Vers 4 - Vers 5 - Vers 6 - Vers 7 - Vers 8 - Vers 9 - Vers 10 - Vers 11 - Vers 12 - Vers 13 - Vers 14 - Vers 15 - Vers 16 - Vers 17 - Vers 18 - Vers 19 - Vers 20 - Vers 21
Son beau regard noir là-bas
Est en quête du tien
Pourquoi au lieu d’aller droit
Au sien faire l’aumône du tien,
De la salle fais-tu le tour,
T’attardes-tu aux groupes,
Te livres-tu aux conversations creuses,
T’adonnes-tu aux confidences oiseuses,
Sinon, parce que ses larmes amères
Te gorgeant d’un bonheur délectable,
Tu espères qu’il pleure
De ne te voir venir ?
Vers 2
Vers 1 - Vers 2 - Vers 3 - Vers 4 - Vers 5 - Vers 6 - Vers 7 - Vers 8 - Vers 9 - Vers 10 - Vers 11 - Vers 12 - Vers 13 - Vers 14 - Vers 15 - Vers 16 - Vers 17 - Vers 18 - Vers 19 - Vers 20 - Vers 21
T’arrachant aux chers tiens,
Semant les pleurs derrière toi,
Tu es arrivé à tes fins,
Comblés sont tes voeux,
Tu as celui que tu veux,
Tu l’as, il est à toi,
L’être insigne.
Et tu te commets avec des gens serviles,
Tu t’abaisses avec des gens bas.
Le bel être unique a pour rivaux
Des gens indignes.
Vers 3
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Agir, dis-tu ? Agir pour agir?
T’enivrer d’actes ?
Agir pour l’inconscience
Que l’acte te donne
Quand tu t’y adonnes ?
Aimer, dis-tu ? Aimer une beauté?
Mais la beauté aimée
Aime-t-elle?
Elle aime....Etre aimée.
Aimer qui ne peut aimer ?
Des amis, dis-tu ? Quel ami est un ami ?
L’ami ne s’aime-t-il pas
En l’autre ?
Et chaque ami ne croit-il pas que l’autre
L’aime plus qu’il l’aime, lui ?
Quel être en fin de compte t’estime et t’aime
Autant que le désire
Ton exigeant désir
Sinon l’être
Qui est l’estime et l’amour même ?
S’il est la seule compagnie
Qui peut te satisfaire,
A quoi bon courir
Plus qu’il est nécessaire ?
Vers 4
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Réussir, c’est ce à quoi tu rêves?
C’est ce que seul tu espères ?
Mais une pièce à succès asservit l’acteur
A son rôle.
A dire le même texte du même auteur
Lui-même s’enrôle,
S’engage à se répéter, se ressasser,
Soir après soir des mois et des mois.
Sur la scène du monde, de même,
La réussite asservit
L’homme qui réussit,
Le cadenasse à la place
Qui l’a fait connaître.
Il n’est plus son maître.
Mais l’échec, ah, l’échec.
Qu’offre l’échec ? La liberté.
Celui qui échoue est libre
De toutes les libertés.
Se taire hurler, Se tenir parole se parjurer
Croire ne pas croire, Mûrir régresser,
Changer de cap chemin rebrousser,
Faire ceci faire le contraire, Ou du tout ne rien faire,
Il peut tout, tour à tour,
Ou en même temps.
ll n’a de compte à rendre, jour après jour
Qu’à lui seulement.
L’échec sera ta réussite, cher toi,
Parce qu’échoué, tu seras tout à moi.
Vers 5
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Toi, mon aîné à moi, Qui as mis tes pas
Dans les pas De ton aîné à toi,
Que, présomptueux et suffisant,
Tu as prétendu surpasser en beauté et vérité,
A mon tour, je mets mes pas dans les tiens
Comme tu as mis les tiens dans les siens,
Mais présomptueux d’une autre sorte,
Je ne prétends pas te surpasser en beauté et vérité,
Mais en bonté,
Désireux que je suis
D’être de bon avis,
Et de bon profit.
Vers 6
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Aime-moi contre moi
Aide-moi contre moi
Pour moi et pour toi
Enrôle-moi à côté de toi,
Et moi à tes côtés, fais-moi la guerre.
Si tu te mets dans mon camp contre moi,
Gagnée est la guerre.
Si deux : toi et moi, se liguent contre un : moi
Mon revers sera désastreux,
Car : un, que pourrai-je contre deux?
Vers 7
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Tout ce qui a été fait hier
Est mort,
Comme est mort
Hier.
Comme le jour renaît chaque jour,
Renaît chaque jour avec le jour.
Tant qu’il reste à faire
Rien n’est fait,
Et tant que rien n’est fait,
Tout reste à faire.
Voilà ce que tu dois te dire
Et te redire.
Vers 8
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Ce travail de taupe fouisseuse de galeries obscures,
Avec rejets de terre, par puits, à l’air,
Tes deux devanciers, l’ont connu aussi,
ont-ils renoncé ?
Ces lentes avancées épuisantes d’explorateur solitaire
A travers sombres forêts inextricables,
Ils les ont faites avant toi,
ont-ils abandonné ?
Vers 9
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Seuls les actes forcent le blocus
De la noire obscurité,
Seuls les actes forcent le passage
A l’éclatante clarté.
L’action doit régner,
seule essentielle,
L’action fait du bruit,
malgré elle.
Vers 10
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Allongé, languide, nonchalant,
Je me passe des images, préférant
Rêver plutôt que vivre, redoutant
Convoitant à la fois l’action épineuse.
J’ai des remords mortels
De ma torpeur paresseuse,
Pas si mortels, cependant,
Qu’ils m’extraient
De ma coupable inertie,
Et impéritie.
Vers 11
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Tu sais trop que tu es le seul à savoir le séduire,
Le forcer dans ses défenses,
Abattre ses résistances,
Le conquérir,
Que seul, tu as les mots, la manière
De lui plaire,
Et lui aussi le sait,
Et tu sais qu’il le sait.
Mais, trop sûr de toi, tu le négliges, le maltraites,
Par dessus la jambe le traites.
Sans toi, lui, certes, rien ne serait.
Mais sans lui, toi, qu’est ce que tu vaudrais ?
Vers 12
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Personne n’est plus beau, ni plus cultivé, ni plus intelligent,
Ni plus riche, ni plus talentueux,
Ni plus fidèle.
Personne, non plus, de toi n’est plus amoureux,
Jamais toi, non plus, tu n’as été plus heureux.
Et turpide,
Tu te commets dans des aventures sordides.
Est-ce sa fidélité qui te fait infidèle ?
Vers 13
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Ne fais pas comme les présents touristes, qui courent le monde,
Visitant chefs d’œuvre en ruines
Du temps passé fertile,
Désespérant du temps présent stérile.
Toi, verrouille-toi chez toi, par longues veilles et durs travaux
Façonne nouveaux chefs d’œuvre,
Afin qu’un jour, en ruines à leur tour,
Ils désespèrent les touristes futurs.
Vers 14
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Instituteur laborieux,
A grand peine, tu l’as élevé, éduqué,
Formé, façonné,
Tu lui as fait tout connaître,
Si bien que l’élève a dépassé le maître.
Grâce à toi, il a une force, un esprit, un savoir,
Un jugement, un goût hors pairs,
Et en tout une aisance,
Que toi, tu n’as qu’à force de veilles et de souffrances.
Tu n’arrives à sa hauteur qu’avec effort.
Mais d’avoir honte de toi, tu as tort.
Il est envers toi d’une indulgence entière,
N’a jamais été envers toi ni méchant, ni sévère.
Vers 15
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T’a-t-il critiqué une seule fois ?
N’est-il pas ton parfait censeur ?
Ne t’a-t-il pas dit à chaque fois
Que tu t’en es tiré à honneur ?
Pourquoi de toi plus exiger ?
De toi peut-il sortir plus que toi ?
Puisque toi pour toi est le seul sujet,
Pourquoi chercher plus que toi ?
Tu es déjà tant d’êtres
Pourquoi vouloir encore plus être ?
Au-delà des frontières de toi serait faux.
Perfection plus que la tienne serait fausse.
Stupide orgueil que le tien.
Tu es déjà tout.
Au-delà de tout,
Ne sais-tu pas qu’il n’y a rien?
Vers 16
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Que son amour soit la fin de tes amours,
Qu’il soit de tes amours l’aboutissement,
Comment aurais-tu imaginé une telle belle fortune ?
Et que tu aimes continûment sans usure d’amour,
Mais avec accroissement,
Comment aurais-tu espéré un tel heureux sort ?
Femme passe, et sa fertilité
Son amour se ride et se flétrit,
Homme passe, et sa futilité
Son amour s’aigrit et rancit.
Mais lui, plus jeune chaque jour,
Puis plus vieux, puis bien plus vieux,
Puis jeune comme un adolescent,
Te charme et t’enchante incessamment.
Toi, par nature infidèle
Croyais-tu qu’un jour, tu serais fidèle ?
Vers 17
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Pourquoi tourner le dos à son logis,
Allonger l’allongement, ajouter la courbe à la courbe,
Le crochet au crochet, le détour au détour,
Louvoyant à babord, puis à tribord, en longues obliques,
Erratiques,
Sinon parce que tu crains qu’il ne soit pas là
Et que tu sois obligé de l’attendre,
Lui qui ne s’absente jamais
Que d’une courte absence ?
Vers 18
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Si enchanté et sous le charme qu’il était du voyage passé,
T’ayant consulté sur la destination nouvelle,
Déjà il voulait repartir,
Bagages prêts il t’attendait.
Mais toi, à l’avance, fatigué
Des fatigues à venir,
Tu ne te résous pas, tu renâcles,
Tu diffères, tu surseois, tu temporises.
Vers 19
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Que dirais-tu d’un architecte,
qui arrête sa construction au tiers,
Laisse l’armature à l’air, et tout à l’abandon,
Fers rouillés rouillant le béton ?
Une maison inachevée est plus laide
Qu’une maison en ruines,
Celle-là au moins laisse deviner
Sa noble ancienne allure.
La chose inachevée est un déchirement,
Non la chose, mais l’inachèvement.
Le passant se retourne et dit :
Qu’est-ce que cette monstruosité ?
Et il passe, faisant la grimace.
Vers 20
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Fier entre tous, il a ses pudeurs,
C’est un homme exigeant,
Il aime que tu le pries avec ferveur,
Que tu fasses son long siège patient,
Jusqu’à ce que le désir de toi lui vienne,
Et le prenne.
Mais, froissé qu’il ne cède à la première invite,
Tu boudes et te dépites.
Et pourtant, être ombrageux,
N’est-ce pas parce qu’il est pudique,
Que tu en es amoureux ?
Ne sois pas illogique.
Vers 21
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Aussi rares que les paillettes d’or dans les lits des fleuves
Sont grands hommes et saints hommes.
Plus nombreux que le sable de la mer
Sont biographes et hagiographes.
Ne vis pas avec la foule qui vit
De la vie d’autrui,
Vis avec lui,
Qui, seul, vit de lui.
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