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16 (a) Hitler (début) [pièce de théâtre]

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Berlin. La Chancellerie. La salle de réunion du cabinet, la salle des cartes attenante, porte entrouverte, occupée par des généraux. Entrent par cette porte Hitler, Keitel, Ribbentrop, Göring, Goebbels, Himmler, les généraux derrière eux se pressant sur le seuil.

Hitler.- (Hitler s’approche de la carte, et montre le couloir de Dantzig, et la Pologne). … … Et voici venu le début de la conquête vers l’Est. 1ère étape, la Pologne. … …Il y a un os : derrière la Pologne, se profile l’ennemi final, l’Ogre communiste. Lequel, en plus, est en voie de signer un pacte de défense, sur notre autre face, avec la France.

Ribbentrop.- (sortant un journal de sa poche intérieure) Simple bruit de crécelle, Führer. Devant le Praesidium suprême, Staline (lisant) «  accuse la France de traîner les pieds pour signer ce pacte dé défense, la soupçonne d’avoir pour arrière-pensée de laisser l’URSS bolchevique stalinienne et l’Allemagne nazie hitlérienne face à face, avec le secret espoir qu’elles se détruiront l’une l’autre, et demande en conséquence au Praesidium de voter un plan quinquennal pour le réarmement de l’URSS. « … … Savez-vous ce qu’on ferait, si on était malin ? On doublerait la France, on offrirait à la Russie de signer avec nous un pacte de non-agression.

Hitler.- (riant, hochant la tête) Pourquoi pas ?

Göring.- (à Ribbentrop) Cessez de plaisanter. Existe-t-il sur terre deux ennemis plus mortels que l’URSS prolétarienne, communiste, internationale, et l’Allemagne capitaliste, élitiste, raciste ?

Ribbentrop.- Existe-t-il au monde deux pays plus proches parents que l’URSS et l’Allemagne, toutes deux, à parti unique, à régime totalitaire, à dictature absolue ? Je plaisante, parce que je suis sérieux, Reichsmarschall.

Göring.- Un tel pacte est une alliance contre nature. Chacun lèvera contre lui son opinion publique.

Ribbentrop.- Je me fais fort d’essayer.

Hitler.- (se mettant exprès devant Göring, souriant) Ce serait amusant. Essayez toujours, Ribbentrop. Sait-on jamais ?

Sort Ribbentrop.

Hitler.- (à Keitel, et aux généraux, à Göring) Nous, préparons nos plans. Sortent tous dans la salle à côté.

 

La porte reste entrouverte. Le téléphone sonne. Entre en courant Hitler.

Hitler.-(Il décroche) Ribbentrop ? C’est moi.

La voix de Ribbentrop.- Staline sourirait assez à un pacte de non-agression.

Hitler.- Quoi ?

La voix de Ribbentrop.- Mais il ne veut pas que nous dévorions la côtelette Pojarski tout seuls, il veut qu’on la partage.

Hitler.- Dites oui oui oui. … …(criant) Ribbentrop

La voix de Ribbentrop.- Oui ?

Hitler.- Ne dites pas oui tout de suite. Laissez passer quelques minutes, comme si je pesais le pour et le contre.

Silence de l’autre côté de la ligne.

La voix de Ribbentrop.- Il demande que la côtelette Pojarski soit coupée, sur la ligne de la Vistule.

Hitler.- Dites oui, oui, oui. Ribbentrop, laissez passer quelques minutes.

Silence de l’autre côté de la ligne. Puis on entend des acclamations, des bouchons de champagne qui sautent.

La voix de Ribbentrop.- Führer ?

Hitler.- Ja ?

La voix de Ribbentrop.- L’accord de non-agression et de partage de la Pologne a été signé entre l’Allemagne et l’URSS. Staline a porté un toast à votre santé. Il s’est dit très impressionné par votre popularité. Il a donné sa parole que l’URSS prendrait le pacte bien à cœur, que l’URSS serait un partenaire loyal.

Hitler.- Ribbentrop, vous êtes un ministre selon mon cœur.

Ribbentrop.- Je suis plus que sensible à votre compliment, Führer. Hitler raccroche.

Hitler.- La Providence nous bénit, nous sommes sur la bonne voie… … (il va à la porte, et dit aux généraux) Messieurs, la mobilisation générale est décrétée. Il entre dans cette salle et il ferme lui-même la porte.

 

 

 

Berlin. Ecole d’officiers. Une tribune, en face, au fond de la scène. Entrent Hitler, Keitel, généraux, officiers.

Hitler.- Nouvelle promotion d’élèves-officiers. On vous a rompu le corps, on vous a éduqué l’âme : votre corps est en état, votre âme est en état. Je parlerai maintenant à votre esprit. … … Dès la première minute de votre commandement, officiers, et ensuite, jour après jour, je veux que vous soyez pour vos soldats, un despote absolu. Dès le premier instant, et à tout moment, et à jamais, je veux que vous soyez capables d’imposer à vos soldats, tout, le juste, l’injuste, le légitime, l’illégitime, que vous puissiez les abaisser au plus bas, les insulter, les injurier, les battre, les abattre. …En un mot comme en mille, dès la première seconde de votre commandement, je veux que chacun de vos soldats soit à vous corps et âme. Votre constant devoir, en conséquence, sera de ne jamais laisser un seul de vos soldats oisif et désoeuvré. Il aura subi de votre part de telles injustices, que, si vous lui laissez un seul instant à lui, il l’emploiera contre vous. C’est l’oisiveté du soldat seule qui cause les mutineries. Occuper le soldat à tout prix, tout le temps, où que ce soit, à n’importe quoi, fut-ce l’occupation la plus stupide : – Dieu sait si, du cirage des chaussures, du carré du paquetage, à la tenue, à la propreté des oreilles, un large éventail vous est offert ; Dieu sait si, corrélativement, un large éventail de punitions vous est offert aussi, des corvées de feuillées, aux marches forcées,- tel est le devoir de l’officier. Criez, hurlez sans cesse, pour des vétilles ; terrifiez-les au-delà de la terreur, épuisez-les au-delà de l’épuisement. Il faut qu’à la première pause, chichement accordée, le soldat n’aspire qu’à une chose : étendre ses jambes. Tirez du soldat tout, et au-delà de tout, tout encore, le réservoir des forces humaines est, comme le tonneau des Danaïdes, inépuisable. Il n’y a en matière de guerre, que deux règles, la première qu’un soldat ne donne son meilleur que terrifié, la deuxième que ce dont le soldat s’enorgueillit le plus, c’est que son officier le force à se dépasser. Il faut qu’à l’armée un soldat soit tellement occupé, qu’en permission, lorsqu’il se trouve livré à lui, il éprouve un tel vide, qu’il n’aspire qu’à une chose : rejoindre son unité. Si vous êtes ce que je vous demande d’être, officiers, vos soldats seront invincibles … … Que chacun rejoigne son unité par le chemin le plus direct. Sieg

Tous.- Heil.

Hitler.- Sieg

Tous.- Heil

Hitler.- Sieg

Tous.- Heil.

Ils sortent.

 

De la promotion, un aspirant, seul, plus loin.

Le lieutenant.- (en voix off, sortant de son étui son pistolet) Est-ce qu’il ne faut pas que j’avoue, que dans le civil, j’étais une chiffe ? Je ne me suis jamais battu avec personne, tellement je craignais les coups. Surtout, pas d’histoire, telle était mon principe…. … Maintenant ? Promu lieutenant ? Cette simple lampe frottée, (il tend son pistolet) par ce génie mis à mon service, je suis d’une carrure exceptionnelle, d’une assurance en moi extraordinaire, d’un courage inouï, je défie le monde entier. (agitant son pistolet) Qui je crains ? Le monde me craint. Il éclate de rire et s’éloigne en agitant son pistolet.

 

 

 

Chancellerie. La salle de réunion du cabinet, la porte sur la salle des cartes à côté ouverte, par laquelle on voit les généraux, Göring. De la salle des cartes, entrent Hitler, Goebbels, Göring, Ribbentrop, Himmler. Hitler montre le couloir de Dantzig.

Goebbels.- (au micro) Ce bras polonais entre la fille Prusse et la mère Allemagne, avec au bout le poing de Dantzig, nous fait un bras d’honneur : est-ce tolérable ? Keitel.- (au micro) (lisant) « Aujourd’hui, 31 août, le Gouvernement allemand adresse un ultimatum à la Pologne, pour qu’elle rétrocède Dantzig et son couloir, vieilles terres germaniques, à l’Allemagne. Si, d’ici ce soir 17h, la Pologne n’accède pas à la juste demande allemande, l’Allemagne fera valoir ses droits par la force. »

Hitler.- (à Himmler) Vos SS habillés d’uniformes polonais sont prêts à attaquer notre station-radio ?

Himmler.- Le camp de concentration d’Auschwitz a piqué vingt détenus communistes, les a habillés d’uniformes allemands, et les a livrés aux SS. Tout le monde n’attend plus que l’ordre d’exécution.

Hitler.- Exécution. Himmler dit à son téléphone : exécutez, on tend des coups de feu, des portes défoncées, puis le bruit s’éteint, il raccroche.Il fait un signe à Goebbels. Goebbels.- (au micro, lisant) « Allemands, un grave incident de frontière vient de se produire. Des soldats polonais ont ouvert le feu sur des soldats allemands. Il y aurait une vingtaine de morts. Que le monde entier sache que l’Allemagne ne restera pas les bras croisés. Désormais, à chaque bombe répondra une bombe. »

Hitler.- (appelant) Reichsmarschall Göring. (Entre Göring, qui claque les talons). (à Göring) Que vos chasseurs-bombardiers prennent leur envol, aillent trouer les terrains d’aviation polonais et détruire les avions au sol. Que vos bombardiers bombardent Varsovie. Que vos chasseurs mitraillent tout ce qui bouge dans les rues et sur les routes. Qu’au moment de piquer, ils n’oublient pas de déclencher leur sirène.

Göring.- (claquant des talons) Ils prennent leur envol.

Il va dans la salle des cartes. On entend des avions décoller, prendre leur envol, s’éloigner, et tout loin, bombarder et mitrailler.

Hitler.-… (à Himmler) Reichsführer Himmler, mon train blindé. Que mon cortège de Mercedes m’attende à la frontière. Himmler claque des talons et sort de côté. Hitler va vers la salle des cartes.

Hitler.- (sur le seuil) Je veux m’adresser à l’armée avant l’assaut.

Tous sortent dans le fond.

 

 

 

A la frontière polonaise, l’armée allemande, prête. Entre Hitler, qui monte sur un camion.

Hitler.- (au micro) «  Soldats, le moment est venu de fonder votre réputation. Tuer au risque d’être tué, voilà l’acte le plus noble. Se mettre en enjeu pour gagner la vie de l’autre, au risque de perdre la sienne, voilà le jeu de la vie le plus haut. Qu’est-ce que la guerre ? Offrir tout de soi, corps, âme, esprit. Economiser sa vie ? Pour la passer à rien, dans une vie civile vide ? S’épargner, pour continuer à s’épargner, et vivre une longue vie morte ? Mieux ne vaut-il pas cent fois une courte vie vivante?… … La vie est-elle faite pour être économisée ? Epargner sa vie, pour mourir vieux ? Se conserver, pour devenir son propre déchet ? Qu’est ce qui fait le prix de la vie, sinon la vie elle-même ? Un bon devoir ne finit-elle pas par une belle conclusion, et l’étudiant pose son stylo, tout heureux ? On ne vit pleinement que si dans la vie, la fin de la vie est comprise. Qu’est-ce qu’un Allemand vaincu ? C’est un Allemand qui se renie : s’il s’affirme, il doit vaincre ou mourir. Vivre en héros, et mourir comme il a vécu, tel est l’honneur de l’homme. ..Allemands, droit devant. Tuez l’autre, sinon que l’autre vous tue : si vous le tuez, c’est une victoire, si vous êtes tué, ce n’est pas une défaite. Tuez, que l’idée d’être tué ne vous effleure pas. Faites le vide devant vous. Ne vous préoccupez pas de ce qui est à droite ou à gauche, doublez tout le monde : ils tourneront leur tête, vous serez derrière eux, à massacrer leurs familles. Allemands, il est aisé d’être des seigneurs. Il suffit d’en avoir l’attitude. Ayez l’air arrogants, vous le serez. Pensez-vous invincibles et vous le serez. Et si vous mourez, c’est parce que vous serez invaincus. Je vous veux à Varsovie dans 3 semaines. A l’assaut.»

Déchaînement de moteurs, puis d’obus, de passages d’avions, de sirènes, de mitraillades, qui s’éloigne. Entre Ribbentrop.

Ribbentrop.- (donnant un message à Hitler) Des ambassades de France et d’Angleterre. (Hitler lui fait signe de lire). (lisant) «A moins que l’Allemagne cesse aujourd’hui même son action militaire  et se retire du sol polonais, l’état de guerre entre la France et l’Angleterre, et l’Allemagne, existe à partir de demain. »

Hitler.- (à Ribbentrop) Et maintenant ?

Ribbentrop.- Du vent. Les décadentes démocraties, trop civilisées, n’osent pas lâcher une pauvre petite bombe sur une caserne, quand le jeune, énergique, barbare Reich, ose tuer, bombarder, massacrer des pays qui ne lui ont rien fait, sans leur déclarer la guerre. La France et l’Angleterre resteront l’arme au pied, tant que nous ne les aurons pas attaquées.

Hitler.- Votre langue dit ce que pense mon esprit. … (tendant le bras vers le front) Mes armées avancent, avançons avec mes armées.

Ils sortent.

 

 

 

Dans la campagne polonaise, à l’arrière des troupes. Hitler, descendant de sa Mercedes. Keitel va vers lui.

Keitel.- La Wehrmacht a respecté votre délai, Führer : elle est à Varsovie.

Hitler.- (regardant sa montre) Trois semaines, c’est bien. A Varsovie. Ils sortent.

 

 

 

A Varsovie, Hitler, devant ses soldats, Himmler, Keitel, généraux , Goebbels à l’écart.

Hitler.- (à la troupe) Soldats, vous avez vaincu la barbare Pologne. De l’Allemagne, vous venez de fonder la 1ère colonie. Sieg

Les soldats.- Heil…. … (levant le bras, d’une clameur) Hitler.

Hitler se retire.

Hitler.- (off) Il me faut bien avouer que je ne supporte pas ce pays arriéré. Je n’ai qu’une idée en tête, laissant derrière moi mes missionnaires, (il tient le bras d’Himmler, qu’il entraîne un peu et puis lâche, Himmler restant sur place, et sort) retrouver la civilisation. (Sortant, à Goebbels) Joseph, à Berlin, pas de fête de la victoire. Si nous fêtons les victoires contre les nègres, comment fêterons-nous des victoires contre les blancs ? Ils sortent.

 

 

 

Berlin. La salle de réunion du cabinet. Entrent Hitler, Keitel, les généraux, Göring, Goebbels, Himmler, la porte de la salle des cartes ouverte. Hitler prend sa moitié de Pologne noire, et la pose sur la blanche.

Hitler.- L’appétit bien ouvert, MM., passons au plat principal… … L’heure enfin a sonné de venger enfin Versailles, et nous laver de la honte de la capitulation. … …(à Keitel et aux généraux) Généraux d’Etat-Major, prenez vos plans. (Sur la carte, il montre la France) Vers la France. Ils sortent tous. En deçà de la frontière française, le GQG, Keitel. Sur la table carte de l’Europe Occidentale. Hitler entre, deux dossiers en main.

Hitler.- J’ai pris connaissance de vos plans, MM. Les généraux. Vous faites votre travail comme on va au bureau, – ce qu’on a fait la veille, on le refait le lendemain. (montrant sur la carte) Les Français sont en ligne sur la même ligne sur laquelle ils ont terminé la dernière guerre : faisons comme eux, opposons à leurs lignes nos lignes… … Vous voulez rééditer la guerre de tranchées ? Que nous avons perdue ? Donc réitérer la défaite ?… … (il déchire le 1er dossier) Voilà ce que je fais de vos plans. … … Ce que j’ai cherché en vain chez vous, je l’ai trouvé au-dessous de vous: (il brandit le 2ème dossier) chez un jeune général tout frais nommé, que l’un de vous, vieil envieux, avait fait muter dans une garnison à l’Est. (appelant) Général Von Manstein…

Entre le général Von Manstein. Hitler lui donne la parole.

Von Manstein.- M’inspirant d’Hannibal et de Bonaparte, MM. Les généraux, qui pour envahir l’Italie, sont passés par où personne ne pensait que leurs éléphants et leur artillerie passeraient, par les Alpes, j’ai proposé au Führer de faire passer nos panzers, par des chemins de terre, par lesquels personne ne penserait qu’ils passeraient : ceux des Ardennes. (Il montre sur la carte)Je propose d’enfoncer la pointe de la lame, par les Ardennes, entre les deux plaques de la cuirasse française, la ligne Maginot et les lignes du front, et par un large mouvement de faucille derrière les lignes françaises, de foncer sur Dunkerque.

Hitler.- (avançant) Plan que j’ai si bien adopté, que pour défendre nos arrières, j’ai déjà ordonné à nos troupes d’envahir la Hollande et la Belgique.

Entre un 1er messager.

Le 1er messager.- En Hollande, on a sonné à la porte un bref coup, ils nous ont ouvert tout de suite.

Entre un 2ème messager.

Le 2ème messager.- En Belgique, on a sonné, ils ne nous ont pas entendus. On a cogné. Alors ils nous ont ouvert.

Hitler.- (indiquant le fond de la scène) Guderian et ses panzers attendent que j’ordonne l’assaut.

Ils sortent.

 

 

 

Les Ardennes. Guderian, les panzer en attente. Entre Hitler.

Hitler.- (à l’armée) Allemands, il y a 2 000 ans vos ancêtres Germains, sans droit, sans loi, avec pour seule constitution leur chef, avaient envahi l’Europe. 2 000 ans après, vous vous préparez à faire de même. Allemands, comme devant vos anciens autrefois, la France est devant vous. Comme autrefois, que votre foudre foudroie tout ce qui respire. Faites-vous nuage de criquets, abattez-vous sur elle, dévorez tout, faites en un désert. Faites-vous choléra, inoculez-leur le vibrion cholérique, qu’ils vomissent, se plient en diarrhées, meurent en déféquant leurs intestins. Faites-vous peste noire, injectez-leur fièvre et délire, noircissez la peau de taches noires, qu’ils meurent en vomissant leur sang. Comme chiens atteints de rage, je détache vos laisses, bavez, mordez, je vous lâche sur la France. Vous avez en face de vous, l’ennemie éternelle, victorieuse de la dernière guerre. Si vous la vainquez, personne ne vous vaincra jamais. C’est cette bataille et cette victoire qui nous introniseront 1ère puissance d’Europe… … A l’assaut.. On entend moteurs de chars, mitraillades, explosions d’obus. Hitler.- Messieurs, l’offensive contre les puissances occidentales vient de commencer. Le bruit s’éloigne et ils s’éloignent avec le bruit, et sortent.

 

 

 

GQG. Keitel, des généraux, guettant une porte. La porte s’ouvre, la tête hésitante d’Hitler apparaît.

Tous.- (joyeux, voulant être chacun le premier à parler) Führer. Führer.

Hitler.- Keitel.

Keitel.- La vendeuse, mètre ruban autour du cou, fait avec les ciseaux une entaille au tissu, saisit de l’index et du pouce les deux bords de l’entaille, avec force tire le tissu , et d’un coup le déchire tout droit. Vos panzer ont fait la même entaille aux Ardennes, et d’un coup ont déchiré la France en deux. Ils ont fait la France en deux jours sans feu rouge ni stop.

Entre Göring.

Göring.- Nos troupes sont à Dunkerque. Le corps expéditionnaire britannique rembarque sur n’importe quoi qui flotte.

Hitler.- (à Keitel) Que la Wehrmacht ne perde pas l’effet de surprise : qu’elle fonce sur Paris. C’est Paris que je veux. (à Göring) Que la Luftwaffe aide les rafiots anglais à couler.

Sortent Keitel et Göring. Entre Himmler.

Himmler.- Les Parisiens sont devenus de vieilles dévotes. Ils font des neuvaines à Ste Geneviève, pour qu’elle les sauve du nouvel Attila. (Gros éclat de rire général)

Entre Keitel.

Keitel.- Führer, nous sommes à Paris.

Hitler.- (sautant d’enthousiasme, regardant sa montre) La 1ère armée d’Europe abattue en 4 semaines. (écartant les bras) J’ai gagné mon pari : j’ai gagné Paris.

Entre Göring.

Göring.- Les Français ont constitué un nouveau gouvernement. Ils ont investi le Maréchal Pétain, Président du Conseil.

Entre Goebbels.

Goebbels.- Le Maréchal Pétain demande l’armistice.

Hitler.- (se claquant la cuisse) Vive Dieu. Celui qui nous avait vaincu en 4 ans, je l’ai vaincu en 4 semaines. Du plus haut où elle était, en 4 semaines, l’arrogante nation abattue au plus bas. J’ai humilié la vaniteuse France pour toujours…. …. … … (à Himmler) Que le wagon du Maréchal Foch, où nous avions signé notre honteux armistice, soit amené à l’exact endroit où il était, afin que le vainqueur vaincu y signe à son tour son honteux armistice. … … Messieurs. Nous voilà au plus haut. La tête de l’Europe abattue, c’est nous la tête. (à Goebbels) Que les cloches des toutes les églises d’Allemagne sonnent pendant 10 jours.(on entend sonner les cloches du plus loin au plus près, et de tous côtés)

Keitel.- Honneur au plus grand seigneur de la guerre de tous les temps.

Tous.- Honneur.

Tous, comme une cour, s’inclinent devant lui, grandi.

 

 

On entend les cloches sonner de tous côtés. Ils sortent en cortège.

 

 

Compiègne. Le Maréchal Pétain et sa suite descend du wagon de l’armistice, puis Hitler et les siens.

Hitler.- …Que la trompette sonne avec grave lenteur notre triomphe. La trompette sonne.

Silence.

Hitler.- (allant pour sortir, se tournant vers Göring) Un dernier mot sur l’Angleterre ?

Göring.- Il leur reste quelques moustiques, les Spitfire : quelques claques en auront raison.

Hitler.- Laissons cet îlot rocheux dériver vers l’Amérique … … Messieurs, j’apprends que Berlin est noire de toute l’Allemagne. Venez avec moi savourer ma gloire.

Ils sortent.

 

 

 

Berlin. De la gare à la chancellerie. Des foules partout, une mer de monde. Hitler, Göring dans leur voiture.

Goebbels.- (dans le camion-radio, au micro) Est-ce un homme ? Non, c’est un Dieu fait homme. Offert à l’adoration des fidèles comme un ostensoir à une procession, à son passage, toute l’Allemagne s’agenouille et se prosterne… … Comme dans un vaste champ de tournesols, tous, de leur œil noir enamouré suivent la montée dans le ciel de l’astre. Tous, comme autant de bouches, tètent ce sein aréolé là-haut dans la poitrine du ciel. Une énorme vague de clameur suit le cortège de voitures Ils passent, la clameur les suit, immense, Heil, Hitler. Hitler salue. Elle s ’éloigne avec lui, sans s’éteindre.

 

 

 

La chancellerie. La salle de réunion du cabinet. Présents Ribbentrop, Goebbels, Himmler, Keitel. La porte-fenêtre est ouverte. On entend de la place l’énorme clameur de la foule. Rentrent du balcon, Hitler et Göring. La clameur diminue, puis augment à nouveau.

 

Hitler.- Le vin est si rond de corps, si long en bouche qu’on ne s’en lasse pas. (la clameur, dehors, augmente, le réclamant) (entraînant Göring, il retourne sur le balcon, clameur maximale ; il rentre et Gôring, la clameur diminue, puis réaugmente, le réclamant) Pardonnez-moi si je replonge. (entraînant Göring, il retourne sur le balcon, clameur maximale ; il rentre, et Göring, la clameur diminue, puis réaugmente, le réclamant) Permettez que je m’en jette un dernier derrière la cravate. (entraînant Göring, il retourne sur le balcon, clameur maximale ; il rentre et Göring, la clameur diminue, puis réaugmente, le réclamant) (Il fait signe à Himmler) Suffit. Himmler ferme la porte, la clameur se refait maximale, Hitler l’écoute en souriant, puis elle va en diminuant.

 

 

 

 

La Chancellerie. La salle du cabinet, la porte de la salle des cartes ouverte. Hitler, Keitel, des généraux, Göring, Himmler. Hitler va à la carte, et pose Norvège, Danemark, Hollande, Belgique, France noires, sur les blanches. Hitler croise les bras, et contemple, avec tous, la carte.

Hitler.- (montrant la carte) Le Reich.

Keitel.- L’Empereur plus que l’Empereur. Heil

Tous.- Heil. (ils lèvent tous la main vers lui)

Hitler.- (après un instant, s’activant) La pièce est jouée, achevons l’épilogue. Vidons l’Est de ses primitifs slaves. (il va vers la carte, et de sa baguette, montre ce qu’il dit) Demain, 2 juin à 3h30 du matin, nous saisirons la brute russe dans son lit, pendant qu’il cuve sa vodka. (montrant sur la carte) Pour neutraliser la flotte de la Baltique, la 1ère armée, au nord, envahira les Pays Baltes, prendra Saint-Pétersbourg. La 2ème armée, au centre, visera le cœur de la Russie. La 3ème armée, au sud, ira occuper l’Ukraine céréalière, le bassin charbonnier du Donetz, Bakou la pétrolière, pour couper la Russie de son approvisionnement. Je veux que la Russie soit faite en 4 semaines. (à tous)…Allez.

Les généraux et Göring vont dans la salle voisine. On entend comme trois orages soudain, des bruits de moteurs, d’avions, des tirs de canon, des explosions de bombes, et enfin, des tirs de fusil et de mitraillettes : tout cela s’éloigne peu à peu, mais on ne cesse de les entendre au loin.

Hitler.- …Himmler.

Himmler.- (claquant les talons, au garde à vous) Führer.

Hitler.- Au Reichsführer Himmler, le Führer confie la mission des missions. …(Himmler rectifie sa tenue,claque des talons)… … A quoi sert de tuer les pères, si nous laissons vivre les mères et les enfants, qui vengeront les pères ? Je veux faire ce qu’aucun conquérant n’a jamais fait, rompre le cycle infernal victoire-défaite. Je veux pour l’Allemagne, une victoire totale éternelle. Telle est la haute oeuvre que l’Allemagne se doit d’accomplir pour le Reich millénaire. …Il faut qu’en premier la question juive, en second la question slave, trouve sa réponse définitive. Je vous confie la tâche de nettoyer l’Est.

Himmler.- (au garde à vous) Une crainte mortelle me saisit, de commettre des choses définitives, qui n’auraient pas votre aval. Je ne suis pas sûr des procédés à employer. Ayez l’obligeance, Führer, de me préciser le terme : nettoyer.

Hitler.- (agacé) Qu’est-ce que c’est que nettoyer ? C’est faire que la poussière qui est là, n’y soit plus.

Himmler.- Comprenez, Führer. Les SS craignent que le monde croie qu’ils agissent de leur propre initiative, et les accuse de sadisme et de barbarie.

Hitler.- Ils extermineraient des masses à mon insu ? J’ignorerais peut-être qu’il y a 100 camps de concentration en Allemagne ? Je ne serais pas qui je suis ?

Himmler.- Vous m’avez tout à fait éclairé, je vous sais gré. … … Une dernier point : désirez-vous que je vous fasse rapport de ce qui se fait ?

Hitler.- Himmler, devinez pourquoi je ne visite jamais les hôpitaux militaires, les maisons de convalescence, les instituts pour rééducation des infirmes de guerre. Je veux qu’on épargne ma sensibilité. Je veux qu’on empêche ma raison de faiblir. Evitez d’éveiller ma compassion par des récits. Je ne veux que des chiffres et des statistiques.

Himmler.- J’ai tout compris. (claquant des talons) Heil Hitler.

Himmler sort. Hitler va vers le bruit de la guerre, au fond.

 

 

 

GQG de l’Est. Salle des cartes, Hitler, Keitel, généraux. Radio, téléphones. Coup de téléphone.

Hitler.- (au téléphone) Ja ?

Voix au téléphone.- (avec arrière bruit de moteurs, de canonnades et de fusillades, qui s’éloigne) Armée du Nord. Führer, Brest-Litovsk est prise, la Lithuanie et la Lettonie sont occupées.

Hitler.- Sur Saint-Pétersbourg.

Voix au téléphone.- (joyeusement) Sur Saint-Petersbourg.

Il raccroche. Autre coup de fil, Hitler décroche un deuxième téléphone.

Hitler.- Ja ?

Voix au téléphone.- (avec quelques rares coups de canon dans le lointain, rieuse) Armée du centre. Führer, nous faisons une promenade. Nous sommes accueillis à bras ouverts. A notre avancée, les Russes lèvent un drapeau blanc et se rendent sans se battre. Nous faisons des milliers et des milliers de prisonniers.

Hitler.- (furieux) C’est ça votre guerre, général ? Vous voulez amollir votre armée des délices de Capoue ? Et c’est vous qui nourrirez les prisonniers ? J’interdis de faire des prisonniers, vous m’entendez ? Les Russes qui vous tendent les bras pour vous embrasser, amputez-les, décapitez-les, éventrez-les. Tuez tout, massacrez tout. Je veux apprendre que la terreur communiste est aussi terrible que la terreur nazie, vous m’entendez ? Je veux que la guerre rentre dans les rangs.

Voix au téléphone.- A vos ordres, Führer. (on entend à l’autre bout de la ligne hurler des ordres, puis des mitraillades, et le bruit des moteurs s’éloigner, s’éteindre quand Hitler raccroche) Il raccroche.

Autre coup de fil. Hitler décroche un troisième téléphone.

Hitler.-Ja ?

Voix au téléphone.- (avec en arrière fond, bruit de moteurs et de canonnades) Armée du Sud. Führer, Kiev est pris, l’Ukraine est occupée, le Bassin du Donetz est occupé.

Hitler.- Sur Stalingrad.

Voix au téléphone.- (joyeuse) Sur Stalingrad.

Hitler raccroche. Entre Keitel, feuilles en main, les consultant.

Keitel.- Derniers renseignements. 7 500 avions ont été détruits sur 12 000 ; 80 divisions ont été détruites sur 150 ; 20 divisions blindées ont été détruites sur 50. Il n’est pas exagéré de dire que la campagne de Russie a été gagnée en l’espace de 2 semaines.

Hitler.- L’Ukraine à terre noire sera colonisée par des soldats-paysans, à qui je donnerai à chacun sa terre. Les primitifs ukrainiens seront, dans leurs champs de coton, leurs esclaves nègres. Ils les paieront en verroteries, en médailles, en images saintes.

Sort Keitel.

Silence.

Hitler va et vient, s’impatiente.

Hitler.- (prenant le 1er téléphone, appuyant avec agacement dessus pour avoir la ligne, finalement on décroche, on entend de l’artillerie, assez lointaine, agacé) Hé bien ? L’armée du Nord ?

Voix au téléphone.- Nous avons encerclé Saint-Petersbourg. La défense est plus active que nous pensions.

Hitler.- Saint-Petersbourg est un Versailles. Vous n’allez pas vous laisser arrêter par un Versailles, général.

Voix au téléphone.- (après un silence) A vos ordres.

Hitler raccroche.

Silence.

Hitler va, vient, s’impatiente, saisit le 2ème téléphone, appuie avec agacement dessus pour avoir la ligne, finalement on décroche, on entend des moteurs qui tournent à vide, des chenilles qui patinent, agacé.

Hitler.- Alors ? L’armée du centre ?

Voix au téléphone.- Saison des pluies, Führer. Les chemins ne sont plus de terre, mais de boue. Blindés, camions, motos ne bougent plus, c’est la boue sous eux qui bouge. Les véhicules ne portent plus les soldats, ce sont les soldats qui les poussent, en même temps qu’ils se portent eux-mêmes, leur fusil et leur paquetage.

 

 

 

Hitler.- Vous n’allez pas vous laisser arrêter par la pluie, général : c’est une ennemie ridicule.

Voix au téléphone.- (après un silence) A vos ordres, Führer.

Hitler raccroche.

Silence.

Hitler va, vient, s’impatiente, saisit le 3ème téléphone, cherche la ligne avec agacement, l’obtient, on entend de l’artillerie lointaine.

Hitler.-L’armée du Sud, qu’est ce que vous faites ?

Voix au téléphone.- Nous occupons Stalingrad, mais nous sommes encerclés par 30 divisions. Vous nous aideriez si vous nous donniez la permission de tenter des sorties.

Hitler.- Je vous interdis, maréchal, vous entendez ? Vissez-vous, rivez-vous, clouez-vous dans Stalingrad. Je vous envoie des secours.

Voix au téléphone.-(après un silence) A vos ordres.

Il raccroche. Coup de téléphone, du 2ème poste, on entend, en fond, un grand silence blanc.

Hitler.- Guderian ?

Voix au téléphone.- Neige et glace partout, un océan blanc à perte de vue. Tout ce qui a chenilles, roues, semelles patine : on n’avance plus d’un tour de roue, ni d’un pas.

Hitler.- Vous vous laissez arrêter par la glace ? La glace se troue à coup d’obus, général.

Voix au téléphone.- A vos ordres.

Entre Keitel.

Keitel.- Nouveaux renseignements. Au lieu de 12 000 avions, les Russes en comptent 24 000. Au lieu de 150 divisions, 400. Au lieu de 50 divisions blindées, 300. Plus il y en a, plus il y en a. Au vu de la situation générale, je crains que nous n’ayons sous-estimé le colosse russe.

Coup de téléphone du 2ème poste.

Hitler.- Guderian ?

Voix au téléphone.- La moitié des chars sont en réparation. Nous devrions toucher 25 trains de provisions par jour, nous n’en touchons que 10. Il est une chose certaine, que nous terminerons la campagne de Russie avant l’hiver.

Hitler.- Faites le leur payer cher, à ces Russes. Foncez sur Moscou. Je veux qu’avant le 1er janvier, Moscou soit rayée de la surface de la terre.

Voix au téléphone.- (après un silence) A vos ordres.

Silence.

Hitler.- (s’impatientant, décrochant le 2ème poste, téléphonant) Guderian. Vous êtes devant Moscou ?

Voix au téléphone.- Devant Moscou, les Russes alignent 120 divisions. Nous avons perdu la meilleure moitié de nos effectifs. Il y a tant de morts, qu’on ne les enterre plus. On croit rouler sur des bâches, ou sur des paquetages, sur des couvertures, on roule sur des bras, des jambes, des têtes. Vous nous sauveriez si vous nous donniez l’ordre de nous replier.

Hitler.- Vous voulez reculer de 50 km ? Vous croyez qu’il fera moins froid ? Pourquoi ne pas rentrer tout de suite à la maison ? Vous savez que tout repli dans ces conditions, se transforme en débâcle… ..En temps de guerre, l’abri le plus sûr est le lieu où l’on est. Enterrez vos chars sous la neige et la glace. … Vous êtes trop près de vos soldats, Guderian, vous avez la vue brouillée. Les choses apparaissent plus claires quand on les voit de loin. Prenez de la distance….. Il raccroche.

Hitler va à la station radio, saisit le micro, on entend les hauts-parleurs enfler sa voix avec un léger retard.

Hitler.- (au micro) Allemands, nous n’avions pas idée du gigantisme de l’URSS, et de l’immensité du danger. Nous nous apercevons que nous avons échappé à l’anéantissement de justesse. Nous étions menacés d’une nouvelle tornade mongole d’un nouveau Gengis-Khan. Mais ce sont les dernières convulsions d’une bête à l’agonie : je vous donne ma parole que nous porterons l’estocade finale au printemps.

Sonnerie de téléphone d’un 4ième appareil.

Hitler.- (excédé) Oui ?

La voix de Goebbels.- Goebbels à l’appareil. L’aviation anglaise a bombardé Münich, Brême, Düsseldorf, Duisbourg.

Hitler.- (enthousiaste) Magnifique. Ils nous épargnent expropriations et démolitions. Nous les reconstruirons de neuf.

Sonnerie de téléphone d’un 5ème appareil.

Hitler.- (décrochant, excédé) Ja ?

La voix de Göring.- Göring. Führer, l’Amérique nous déclare la guerre.

Hitler.- (enthousiaste) Inespéré. Nous allons donner à ces gros bébés joufflus une bonne déculottée.

Sonnerie de téléphone d’un 6ème appareil. Hitler décroche.

Hitler.- (hurlant) Himmler ? (Il écoute un certain moment) 15 ooo par mois ? Comment espérez-vous en voir la fin ? Pour un soldat, il y a 10 civils. Améliorez la productivité, mon vieux. Accroissez la production. Il nous faut de 150 000 à 200 000 par mois.

Himmler.- Bien chef.

Hitler.- J’espère que sous peu, vous m’enverrez des chiffres convenables.

Hitler raccroche avec violence.

Hitler.- Savez-vous ce que je vais faire, Keitel ? Hiberner. Dormir m’a toujours réussi. Le printemps sera un autre saison. …. … Je vous laisse de permanence.

Hitler sort. Keitel va vers la table des cartes.

 

 

 

Centre SS. Himmler et des dignitaires du Corps Noir SS des camps de concentration.

 

Himmler.- MM. les commandants des camps de concentration, MM. les Officiers du Corps Noir des SS. A quoi sert que nous combattions et vainquions les pères, si nous laissons les mères procréatrices et les enfants venger les pères ? Pour fonder un Reich de mille ans, il nous faut vaincre d’avance les soldats futurs par des victoires présentes. C’est au Corps Noir des seigneurs SS, qu’a été confiée cette haute tâche. … … Quelle est la question, qui se posait à nous ? Il y a en moyenne 6 civils pour un militaire : nous ne pouvions nous défaire d’une telle masse, au coup par coup, artisanalement, comme font les militaires, il nous fallait recourir à une méthode industrielle. C’est ainsi que nous avons concentré verticalement les 3 phases du processus, tri, traitement, expédition, dans un même lieu, les camps. …. … Voici la suite des opérations, telle que nous avons pu l’affiner. Le train, transportant le matériel indifférencié, se range le long d’une rampe de la gare du camp. On le fait descendre, – on demande de laisser les bagages dans le train, expliquant que les bagages suivront.-On l’aligne sur une colonne. On trie la colonne en deux files, la première de matériel productif, – hommes jeunes et sains -, l’autre de matériel improductif, – malades, vieux, femmes, enfants -. Le matériel productif est conduit directement dans la partie ouverte du camp : il servira, jusqu’à épuisement, dans les chantiers et usines du Reich. Le matériel improductif est conduit, par un chemin détourné, dans la partie cloisonnée du camp ; amené sur un terre-plein jusque devant une chambre de grande capacité ; invité sans attendre à se dévêtir en plein air, poser leur habits sur un tas, pour les femmes se faire raser les cheveux – expliquant qu’en raison de l’insalubrité et la promiscuité du voyage, une désinfection est nécessaire-, convié à entrer nus dans la chambre, que l’on verrouille. Diffusé par les robinets et par les pommes de douches de la chambre, le matériel est traité par le gaz euthanique Zyklon B. Pendant les 20 minutes de son effet, une première équipe de déportés débarrasse le terre-plein des habits laissés et les classe dans des entrepôts suivant leur nature. La porte de la chambre est déverrouillée. Une deuxième équipe de déportés porte les dépouilles droit dans les dix fours de feu continu du crematorium voisin. Une troisième équipe de déportés nettoie à grand eau la chambre, des vomissements, des fèces, de l’urine, de la cervelle et du sang. Plus rapidement ces travaux sont effectués, plus vite le tout se trouvera libre pour le traitement suivant… … En post-scriptum, pour l’économie du camp, loisir est laissé aux commandants des camps de négocier bagages, habits, auprès de brocanteurs, chevelures auprès de fabricants de coussins et de tapis, dents en or auprès de bijoutiers, cendres et os auprès d’usines d’engrais, comme loisir leur est laissé d’aménager un séchoir au-dessus des fours. Telle est, MM. les Officiers, la suite des opérations telle que nous avons pu l’établir, optimale… …On dit que c’est se battre au front, contre des soldats armés, qui réclame le plus grand courage. Je m’élève contre cette idée reçue. Attaquer qui ne se défend pas, tuer qui se laisse faire, réclame un courage infiniment plus grand. Faute d’ennemi en face de vous, vous êtes renvoyé à un ennemi cent fois plus redoutable : vous. …Un boucher, dans un abattoir, quand il officie, ressent-il plaisir ou chagrin à officier ? Non, il opère par gestes réflexes. Une pièce traitée, il passe à une autre. S’il officiait en se laissant aller à un plaisir sadique, ou en luttant contre sa compassion, cela voudrait dire que, le plaisir sadique assouvi, ou la compassion triomphant, il n’officierait plus. Dès lors, comment gagnerait-il son pain ? Il s’en tire en faisant de son geste un geste d’habitude. On n’échappe à ses sentiments que par la conscience professionnelle, retenez ce principe : il est fondamental, pour l’accomplissement de votre mission. Vous avez remarqué que, pour ménager la sensibilité de nos soldats, nous préconisons de recourir, pour les travaux sensibles, à des équipes de déportés, que, de même pour ne pas causer de troubles et ne pas ralentir les opérations, nous trompons le matériel sur sa vraie destination. Nous vous recommandons de prendre ces précautions, elles sont primordiales… … Ce qui rend notre tâche particulièrement ingrate, c’est que nous devons officier en secret. Nos concitoyens allemands se régalent de voir sur leur table une tranche de faux-filet saignant, jamais ils ne supporteraient de voir un boucher tuer et dépecer ce bœuf qui les attend sur leur table. Ils aiment voir les Juifs ôtés d’autour d’eux, mais il n’aiment pas voir comment on les ôte. Vous êtes la sincérité de leur hypocrisie : c’est ce qui fait de vous les seigneurs des seigneurs … … MM. Les officiers, c’est dans l’obscurité que se font les plus hautes œuvres : la gloire la plus illustre est la gloire posthume. Les vrais exploits sont les exploits tus, le vrai héros est le héros caché. Sieg heil.

Tous.- Sieg heil.

Ils sortent.

 

Sur une place de gare, où sont regroupés des Juifs, gardés par des SS.

Un rabbin.- (off, vibrant) J’ai regardé la terre : un chaos. Les cieux : leur lumière a disparu. J’ai regardé les montagnes, elles tremblent, les collines sont secouées. J’ai regardé les plaines : plus d’hommes, les oiseaux ont fui. Les jeunes gens étaient plus éclatants que neige, plus blancs que lait : plus vermeils que le corail étaient leur corps, leur teint était de saphir. Maintenant, leur visage est noir comme de la suie, leur corps est gris comme la terre, leur peau est collée à leurs os, sèche comme du bois. La joie a disparu de leur cœur. Leur danse s’est changée en cortège funèbre.

Sifflement de locomotive, approche du train, bruits de freins du train. Coups de sifflet, aboiements de chiens, bruits de bottes, claquements de fouets.

Voix de SS.- (hurlant) En voiture, Juifs. En voiture.

Les Juifs, serrés, en se pressant, vont sur le quai.


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