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13. Les 14 ans d’Hugo

Acte 3

Paris. Dans l’appartement de l’homme de lettres. L’homme de lettres. Entrent le journaliste de télévision, son adjoint, deux cameramen avec deux projecteurs, deux écrans, deux caméras, qu’il placent autour de deux fauteuils, la maquilleuse avec son nécessaire, un technicien qui dispose et branche les appareils de transmission. Entre l’éditeur.

L’éditeur.– Maître. L’homme de lettres.– Un revenant. L’éditeur.– Maître, je viens, en chemise, corde au cou, vous remettre les clés de mon édition.

L’homme de lettres.– C’est bien tard. C’est offrir le luxe à une vieille aisance… … Que ne m’avez-vous reconnu et fait connaître, quand j’étais ignoré et méconnu. Je combattais à l’époque seul contre tous. Si vous m’aviez défendu et édité, vous m’auriez épargné des années de solitude et d’obscurité.

L’éditeur.– Pour ne pas vous avoir reconnu et édité quand vous étiez jeune, plutôt que des reproches, vous me devez de la reconnaissance. A l’époque, vous n’étiez qu’un apprenti, vous étiez encore vert, cru, acide, peu comestible : la célébrité que ma maison vous aurait apportée comme un gel vous aurait fixé à jamais tel que vous étiez : inachevé, inabouti. Aujourd’hui, vous avez une maîtrise de vous parfaite, votre pouvoir sur vos talents est souverain : le moment est venu pour vous et pour nous, que ma glorieuse maison vous couronne de la glorieuse couronne du sacre.

L’homme de lettres.– Vous vous doutez qu’il vous faudra me faire un pont d’or, bien large et bien solide d’arches et de tablier, et soutenu par de belles piles, où je puisse passer, confortablement, moi et mon équipage.

L’éditeur.– Faites vos demandes.

L’homme de lettres.– C’est à vous de faire vos offres. Ecrivez-moi. S’il a le temps, mon comité de lecture vous lira. Il vous faudra patienter au moins aussi longtemps que moi. J’avais attendu 8 mois.

L’éditeur.– Je patienterai. L’homme de lettres.- Je ne vous raccompagne pas. Sort l’éditeur.

L’homme de lettres.- (au journaliste de télévision) Je vous rappelle mes conditions : vous me posez les questions que je vous ai préparées, pas de décrochage d’antenne, pas de panne technique, nous avons perdu X, ou des choses de ce genre.

Le journaliste de télévision.– Je vous ai donné ma parole. (il lui fait signe de s’asseoir dans la 1ère chaise éclairée par l’écran et les projecteurs) Maquilleuse, cameramen.

L’homme de lettres.- (à la maquilleuse) Veuillez imiter, je vous prie les peintres ruinistes, et bronzer mes vieilles pierres blanches du rouge soleil du midi. (elle le maquille, au 1er cameraman) Veuillez laisser, je vous prie, dans l’ombre, brèches, lézardes, fissures, et ne filmer au loin que la silhouette de l’antique ruine. .. .. (Le cameraman fixe sa camera haut et loin, le 2ème cameraman fixe la sienne à hauteur d’homme et plus près de l’autre chaise)

Le journaliste de télévision.- (s’asseyant à son fauteuil et regardant sa montre, à son adjoint) Débranche la sonnerie et le téléphone et mets-toi en faction devant la porte : interdiction d’entrer pendant l’émission. Attention, tous, prêts ? (Il regarde sa montre) 5, 4, 3, 2, 1, 0. (regardant la caméra) Paraît aujourd’hui notre 74ème écho littéraire. Vous connaissez tous, chers amis, l’invité qui nous honore de sa visite : je ne vous ferai pas l’injure de vous le présenter… …(lisant) Puisque vous m’avez demandé de mener une guerre de vérité, Maître, j’attaque tout de suite le côté faible de votre dispositif. Parlez-nous de votre inséparable compagnon d’aujourd’hui : votre vieil âge.

L’homme de lettres.– Mon vieil âge, oui, mon inséparable compagnon. .. .. Pour parler franchement, quand il est chez moi, seul avec moi et moi seul avec lui, que rien n’est là pour me rappeler le jour, le mois, l’année, mon vieil âge est si discret et si effacé, passe tellement inaperçu, que je doute même s’il est. En vérité, je ne me sens pas plus vieux aujourd’hui, que je ne me sentais jeune autrefois. Quand il est seul, jeune ou vieux, qui pense à son âge ? A vrai dire, depuis mon âge de raison jusqu’à celui-ci, mon esprit me semble rester identique à lui-même. Il est d’ailleurs étrange que quelque chose d’intact comme l’esprit habite un corps touché, c’est ce qui incline peut-être certains à penser qu’il est d’essence d’éternité… .. Vous avez bien un miroir chez vous, me direz-vous, vous vous rasez, vous peignez sur votre crâne votre trois fois rien, donc vous ne pouvez vous faire illusion. Je vous répondrai que quand je jette un coup d’œil sur la glace, c’est pour voir si tout est en ordre : c’est un point de vue d’officier de garde sur la tenue des hommes de troupe, qui sont de sortie. Je me vois, mais ne me regarde pas. .. .. Quand je sors, bien sûr, c’est une autre affaire. En même temps que mes chaussures, je revêts mon vieux manteau élimé. Je reconnais qu’alors j’ai l’impression d’avoir toujours été vieux, depuis le temps que je le suis.

Le journaliste de télévision.– (lisant) Il y a une question que je me suis toujours posée : quels souhaits peut encore se porter un vieil homme comme vous ?

L’homme de lettres.- Les souhaits que je me porte, ce n’est pas d’avoir des jours meilleurs, parce que je ne peux pas les avoir meilleurs que j’ai. Je haïrais d’être un vieillard qui perde conscience et contrôle de soi. Je détesterais conclure mon long et patient combat, par une piteuse déculottée. J’aimerais finir conscient comme j’ai vécu.

Le journaliste de télévision.– (lisant) Payé votre dû à vous, passons à votre dû aux autres. La jeunesse sait du vieillard le passé, quel avenir le vieillard voit à la jeunesse?

L’homme de lettres.– L’avenir ? Oui. Angoissante question. Délivré par nos combats des derniers fers et barreaux de sa prison, élargi, l’homme est sur le trottoir, son petit bagage à la main, le libre éventail des rues ouvert devant lui. Que faire ? Où aller ? Quelle cause défendre ? Par quelle œuvre, quel acte, quel écrit s’illustrer ? Que devient l’artiste ? Telle est l’horrible question… … Entendez-vous derrière nous ce roulement sourd, sentez-vous comme la terre tremble ? Nouveaux barbares, les foules, écartant avec violence les individualités, envahissent et occupent la planète, comme un raz-de-marée dévastateur. Emporté par l’irrésistible mer des peuples, l’artiste naufragé a beau héler, crier, taper dans l’eau du plat de la main, de violents coups de talon se dresser hors de la surface, faire de grands gestes des bras, il se débat en vain, il est promis à la noyade funeste. Dans l’océan des masses, l’art, qui est œuvre individuelle, est destiné hélas à sombrer corps et biens.

Le journaliste de télévision.– (lisant) Si le terrain est miné pour l’art, il est miné pour votre art aussi. Si la source de l’art est tarie, et son lit à sec, votre art s’échoue.

L’homme de lettres.– Heureux suis-je d’avoir mon œuvre faite. A une œuvre faite, on peut toujours ajouter une note en bas de page, un post-scriptum, un épilogue d’épilogue, c’est à quoi je m’emploie… … Ceci dit, pour dire vrai, combien de fois dans la journée, n’ai-je pas l’impression de passer à côté de quelque chose d’important, que je ne sais pas. Subitement, on s’arrête dans la bêtise à laquelle on s’adonne, on sait qu’on devrait faire quelque chose d’important, mais on ne se rappelle plus quoi, désespéré on cherche, et dans l’espoir qu’un éclair impromptu vous jaillira, de guerre lasse, amer, on replonge dans ses sottises. J’ai beau chercher, je ne trouve pas. J’espère follement chaque jour, qu’un livre, un journal, qui sait la télévision, m’indique une piste, mais personne ne me la donne jamais. Chose étrange, avouez : je cherche l’objet de ma recherche. J’ai bien peur de terminer ma vie sur cette énigme non résolue.

Le journaliste de télévision.– (lisant) Sujet de débat entre intellectuels, dernier point : la politique. Selon vous, la politique est-elle du domaine des belles lettres ? L’artiste doit-il s’engager au service d’un parti ?

L’homme de lettres.- Réfléchissons, voulez-vous ? Qu’est-ce que s’engager au service d’un parti ? C’est prendre uniforme, jurer obéissance, respecter la discipline. Je comprends les intellectuels qui en sont tentés : ils s’offrent une publicité et des gardes du corps pour le prix d’une cotisation. Mais ce qui semble bon calcul est selon moi grave imprudence. Si le parti fait fausse route, et quel parti ne le fait pas, que fait l’écrivain engagé ? Il fait fausse route avec le parti. Si le parti s’engage dans un combat douteux ? Il s’engage dans un combat douteux avec lui. Qu’est-ce être fidèle à d’autres ? C’est être infidèle à soi. L’artiste ne doit jamais s’engager que dans un parti : le sien, et ne jamais défendre qu’une cause : la sienne. Je vous ai répondu.

Le journaliste de télévision.– Maître, merci. (à la caméra) Ainsi se termine la 74ème écho littéraire. (tout est coupé, à l’ homme de lettres) Est-ce que j’ai tenu parole ?

L’homme de lettres.– Vous avez tenu parole. Entre l’adjoint avec Concetta. Le journaliste de télévision.– (serrant la main de l’homme de lettres, lui faisant un signe de connivence auquel répond un signe de connivence identique fait par l’homme de lettres ; à tous) Allons. Tous plient bagages et sortent. L’homme de lettres.–(allant à Concetta) Concetta.

Concetta.- André. (Ils s’embrassent) (indiquant l’équipe de télévision) Après tant de lumière vulgaire et crue, que j’aime la douce ombre familiale. (Il la fait s’asseoir) .. .. J’ai reçu ta lettre. Mon filleul te fait des misères. Il n’a pas le sens de l’effort, ne travaille pas… … Tu ne t’adresses pas à ton cousin en vain. L’expérience sur le vivant est le seul procédé que nous ayons, nous autres auteurs, pour nous instruire de sa nature. Tailler, couper, trancher dans le vif, à même la chair, tel est pour nous, auteurs, l’entraînement quotidien. Tu t’adresses à un spécialiste…(se levant) … Fie-toi à moi, cousine. Je m’en vais t’attiédir ton Hugo, te l’amollir, te le pétrir, te le façonner, et en faire quelque chose selon nos idées : un élève studieux et travailleur. A la fin de l’année prochaine, ce sera une tête de classe. C’est comme si c’était déjà fait.

Concetta.– Ne va pas jouer, André, dans la pièce familiale certain rôle que tu joues dans certaine autre pièce.

L’homme de lettres.– Ne m’offense pas. Chacun, toi aussi, nous jouons tout au long du jour, des rôles dans des pièces différentes selon les partenaires et les situations. Est-ce qu’il t’arrive de confondre de rôle et de pièce, d’être avec ton fils comme tu es avec son professeur principal ? (mettant son bras autour des épaules de Concetta) Tranquillise-toi.

Ils sortent.  

Paris. Ministère de la Culture. Une sous-section. Le secrétariat. Lia à sa table. Cancaillotte épie, puis, entendant venir Léa, vivement, se met de côté, tourne le dos, et feuillette un manuscrit. Entre Lia, qui cherche des yeux Cancaillotte, se penche, le voit.

Léa.– Monsieur Cancaillotte. (Cancaillotte se tourne à demi vers Lia) Pour ne plus sortir vers moi, et garder pour ainsi dire la chambre, vous ne vous sentez pas bien ?

Cancaillotte.– Je me porte comme un charme. Léa.– Du ressentiment contre moi vous tient à distance ? C’est votre mauvaise expérience de moi qui vous fait vous retirer du monde ?

Cancaillotte.- (qui garde la même attitude) Vous êtes toujours égale à vous-même. (montrant le manuscrit) La vérité est que je suis pris par l’ouvrage que j’écris. Tous mes esprits convergent vers le même foyer : aucun ne s’en laisse diverger.

Léa.– Me donnerez-vous à le lire ?

Cancaillotte.– Tissus et organes commencent seulement à se différencier. Il est encore à l’état d’embryon. C’est un monstre qui n’a rien d’humain. Il faudra un certain temps encore avant qu’il voie le jour.

Léa.– Vous me le montrerez alors ? Cancaillotte.– Je ne dis pas non.

Léa.– A moins que vous ne considériez ma curiosité comme indécente, et que vous répugniez à dévoiler ce qui est un secret.

Cancaillotte.– Non, non. Léa.– Avec votre permission, je ferai la curieuse. Bonne gestation. A bientôt, peut-être ? Cancaillotte.– A bientôt. Léa sort.

Lia.– L’auriez-vous cru ? Vous vous êtes cuirassé de volonté, vous êtes solidement attaché au mât, n’avez pas lâché au milieu des flots furieux, courage dans la décision, héroïsme dans l’exécution : la victoire a changé de camp. Le reste n’est plus qu’un jeu. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter bonne chance.

Cancaillotte l’observe.

Cancaillotte.– Pour vous, l’affaire est classée, vous fermez le dossier et le rangez sur l’étagère. .. ..Que voilà une belle plaie, disent les docteurs, et en se frottant les mains ils la nettoient, la suturent, désinfectent, pansent, et au patient suivant, ils n’ont pas même regardé le visage de celui qu’ils soignaient. Pour vous, j’étais quelqu’un tant que j’en avais à Léa, maintenant que je n’en ai plus à elle, je ne suis plus rien. Merci, docteur, combien vous dois-je ? Savez-vous que c’est vexant ? J’en apprendrai toujours sur les femmes.

Cancaillotte sort.   Montmorency. Chez Jacotte, tard. Jacotte lit un magazine. Rentre du dehors Saint-Paulin.

Jacotte.- (sans quitter des yeux le magazine) Tu as vu l’heure ? Je veux bien fermer les yeux de 6 à 10 et ignorer si tu es là ou non, mais à 10, quand je les rouvre, je veux qu’ils te trouvent.

Saint-Paulin ne peut empêcher que deux larmes coulent de ses yeux, se tourne pour les essuyer.

Jacotte.- (sans quitter des yeux le magazine) On est tombé sur des cailloux pendant son école buissonnière, on s’est éraflé le genou, et on s’en vient pleurer dans le cou de sa maman ?

Saint-Paulin.– Je n’ai pas même été admis en présence.

Jacotte.– Aussi que vas-tu voyager dans Dieu sait quel hémisphère austral ? Que vas-tu planter ta tente sous des climats rudes et austères ?.. ..Où est la vraie vie ? Ici, ici et ici. Quel est le vrai de la vie ? Moi, moi et moi. Au lieu d’être heureux pour de vrai pour le vrai, tu gémis pour de faux pour le faux.

Saint-Paulin.– De votre réussite à tous les trois, j’aurais aimé passer à la mienne.

Jacotte.– Quelle est la vraie réussite ? Un bon métier, un bon salaire, une femme fidèle, des enfants sains, une éducation réussie, des enfants placés, tu as réussi tout cela. Tu n’avais à réussir qu’une réussite : la nôtre. Il n’y a pas toi tout seul, il y a : nous, nous et nous.

Saint-Paulin.- (qu’on ne voit pas pleurer, mais qui essuie ses yeux) Ma première tâche était faite : les enfants sont placés, tu es propriétaire d’un appartement. Est-il si injuste que je me tourne à présent vers moi ?

Jacotte.– Qui fais quelle sorte d’œuvre ? De fiction. Qu’est-ce que la fiction ? De l’irréel. Si la fiction qui est de l’irréel, fait échec, qu’est l’échec ? De l’irréel.

Saint-Paulin.– Vois comme tu es. Je suis dans un trou à rats, une chambre à blattes, aux murs humides, au plafond fissuré, au sol de terre et de sable, aux fenêtres et aux portes disjointes, je me chauffe au charbon, c’est un lieu de pouillerie et de loqueteux, je travaille comme un fou, et tu me mords de méchants sarcasmes.

Jacotte.– Si je m’étais intéressée à ce que tu fais, comment l’aurais-tu pris ? Aurais-tu aimé que je te mente et que je te flatte ? Aurais-tu accepté que je te dise ce que je pense et que je te déplaise ? Qu’aurais-tu dit, si je t’avais dit que celui qui échoue est cause de son échec ?

Saint-Paulin.– (s’essuyant les yeux, et mettant son mouchoir dans sa poche) Tu as raison. Je te donne droit. Si je me porte du tort, c’est contre moi que je dois porter plainte. Pardonne-moi.

Jacotte.– La famille est la seule chose vraie sur terre, dont on ne doute pas, positive. Tu l’as réussie, tout le reste est accessoire. Que vas-tu t’aventurer ailleurs ? Hors de la forteresse de la famille, l’homme est nu et désarmé.

Saint-Paulin.– J’ai honte de m’être plaint. Pardonne-moi. Sort Saint-Paulin.   Chez les Quiet. Le bureau. Concetta. Entre du dehors dans le couloir Hugo, sac de classe sur le dos. Concetta.- (à la porte ouverte, criant) Hugo. Entre Hugo. Concetta ferme la porte.

Concetta.- (bras croisés) Ainsi, non seulement les études que je te paie ne valent pas le prix qu’elles me coûtent, mais dans mon dos, tu me coûtes plus encore. Au regret de m’être livrée à des opérations de basse police : mais tu es allé si loin, jusqu’où n’irais-tu pas ?.. .. A tout hasard, dans l’espoir que je me trompais, j’ai compté l’argent que j’avais dans mon porte-monnaie. Je n’ai pas attendu 3 jours. Mon malheureux soupçon s’est vérifié. Toi ou Janice, vous me volez.

Hugo.– Volez, volez, comme tu y vas. Concetta.– Tu avoues ? Hugo.– Tu crois que je te laisserais accuser Janice ? Concetta.– Ce qui m’horrifie, c’est de voir à quel point tu es dénué de tout sens moral. Y a-t-il une marque plus infamante sur un front que le mot de voleur. Hugo.– Tu te laisses impressionner par le mot, Maman. Concetta.– Pour toi, la chose est indifférente ? Hugo.– Pas pour moi, mais pour toi, ce vol devrait l’être. Concetta.– Pour moi ?

Hugo.– Tu as remarqué que je te volais, non parce que l’argent te manquait, mais parce que, m’ayant soupçonné, tu as opéré à des vérifications. Si cet argent ne te manquait pas, avant ta vérification, qu’il fût là ou qu’il n’y fût pas, pour toi, c’était pareil. Pourquoi me reprocher de m’être servi, de ce que tu ne savais pas que tu avais ?

Concetta.– Selon toi, je devrais passer l’éponge sur ce vol ? Hugo.– Certainement non. Je t’en blâmerais vivement. Concetta.– Enfin, Hugo, que peux-tu faire de tout cet argent ?

Hugo.– Si tu avais bonne mémoire, tu te rappellerais, qu’à mon âge, on fait son apprentissage d’acheteur. Est-ce que je sais quels livres, quels disques, quels amis finalement je garderai, et quels je jetterai ? Toi, tu es expérimentée, tu achètes sûrement, moi, je fais mes premières armes : j’achète sûrement mal. Cet apprentissage a un coût. .. .. Pour ajouter un argument à ma plaidoierie, je te rappelle que pas plus tard que la semaine dernière, tu as dit que tu avais pu mettre ce mois-ci de l’argent de côté.

Concetta.– J’épargne pour les temps difficiles. Hugo.– Mais les temps difficiles, on y est, Maman.

Concetta.– Ce que j’épargne, je l’épargne sur moi : tu es mal placé pour t’en prévaloir… … Hugo. Tu me donnes ta parole que tu ne me voleras plus ?

Hugo.– Je te donne ma parole. Concetta.– Comment saurai-je que tu la tiendras ? Hugo.– Je donne peu ma parole, parce que ma religion est que, quand on la donne, il faut la tenir.

Concetta.– Je pense que tu penses comme moi qu’une telle faute mérite une punition exemplaire.

Hugo.– Oui, Maman. Concetta.– Approche. Mets tes mains derrière le dos. Hugo s’approche. Concetta lui donne deux gifles l’une après l’autre, non petites. Concetta.– Va et ne vole plus. Hugo.– Oui, Maman. Sort Hugo, puis Concetta.

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