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5. (a) La revanche de la vieille fille [scénario]

Acte 5. Chez Prisca-Henri.

Scène 1. Reparaît Emeline.

Scène 1Scène 2Scène 3

La salle de séjour, où une table de fête est en train d’être mise par Henri.

On sonne. Henri regarde l’heure, Prisca, en tablier, paraît à la porte, interrogative. Tous deux vont à la porte de l’appartement, ouvrent. C’est Emeline, visage pâle, habillée de noir, une petite valise à la main.

Emeline.– J’ai quitté Ludovic.

Tous deux la font entrer, Henri ferme la porte. Emeline pose sa valise, Prisca va à elle, l’embrasse. On voit le visage d’Emeline qui pleure.

Emeline.– (chuchotant à l’oreille de Prisca) Tu avais raison. On ne peut pas vivre sans amour.

Prisca serre Emeline dans ses bras. Henri va à Emeline, lui tend les bras parallèlement : Emeline lui serre les bras dans ses bras.

Emeline.– (montrant sa valise) Je n’ai emporté que ce que j’avais apporté.

Henri.- (prenant la valise, et allant) La chambre d’ami sera la chambre de la sœur.

Emeline.– (le suivant avec Prisca, à Prisca) Merci de m’accepter un jour.

Henri.– Tous les jours.

Emeline.- (à Henri, joignant les mains) Un seul, s’il te plaît, le temps de trouver une chambre. (à Prisca) J’ai trouvé une place de laborantine, je commence après-demain.

Prisca et Emeline embrassées, Henri vont dans la chambre d’ami. Ils l’y laissent. En s’embrassant au passage, Prisca retourne dans la cuisine, Henri dans la salle de séjour.

Scène 2. Chez les Navarre.

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Du cabinet de toilettes à l’étage, sort Navarre, en complet neuf bleu sombre, bien repassé avec les plis, et chemise d’un bleu un peu moins sombre, dont le dernier bouton est ouvert, et en escarpins. Il marche en montant sur ses pieds, et écartant ses jambes, qu’il n’ose pas plier, comme si ses jambes étaient en bois.

Navarre.- (pour lui) Comme je me sens gêné aux entournures… … (descendant l’escalier en pliant les jambes avec embarras) J’ai l’impression que mes plaques de fer articulées cliquètent à chaque pas.

Dans l’entrée, Navarre attend, gêné. Paraît du cabinet de toilettes du rez-de-chaussée Mme Navarre, en manteau, qui va vers Navarre, voit le complet neuf, toise son mari, est interdite.

Mme Navarre.– (choquée) Qu’est-ce qui se passe ?.. .. Quel démon te prend en ton minuit ?

Navarre.- (tirant des mains vers l’extérieur ses jambes de pantalon) Souhait muet du commandant. Je sais qu’il aimerait que je revête ma tenue de cérémonie.

Mme Navarre.– .. .. C’est quelqu’un que je connais ?.. … C’est cette Adjointe écologique ?

Navarre.– Celui à qui je veux plaire a du poil au menton, Mathilde.

Mme Navarre.– C’est ce que tu dis. Ne t’imagine pas que je vais lui laisser le champ libre. Je t’aurai à l’œil.

Navarre.- (à la caméra) Jalouse… … Il y a longtemps que je n’avais goûté un tel délicieux bonbon acidulé… … Qu’Emeline demande le divorce, j’admire. C’est un caractère.

Navarre ferme la porte.

Scène 3. Chez Henri et Prisca.

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Du dehors, entrent dans l’entrée Mme Navarre, Navarre. Les accueillent Henri, Prisca, qui a ôté son tablier. Entre du couloir Emeline.

Mme Navarre.- (allant vers Emeline, elles s’étreignent) Mon Emeline.

Emeline va vers son père, hésite.

Navarre.- (lui ouvrant les bras) Heureuse rescapée des guerres conjugales.

Prisca.– Papa. (Ils s’étreignent)

Henri ouvre un magnum de champagne.

Henri.– (appelant) Prisca. Belle famille, s’il vous plaît.

Tous prennent place autour de la table basse. Henri remplit aux 2/3 les flûtes.

Henri.– En tant qu’hôte, j’aimerais porter un toast. Salomon a fait le portrait de la femme parfaite. (Il lève le verre vers Prisca) Je veux faire, moi, le portrait de la femme plus que parfaite.

Tous sourient vers Prisca.

Prisca.- (fâchée) C’est quoi, ces insanités ?.. ..(à tous) Ne l’écoutez pas. Ca le prend toujours à midi.

Henri.- (à Navarre) Vous avez mal éduqué votre fille, mon beau-père. Elle est toujours à me couper, quand je parle.

Navarre.– (ne comprenant pas) Ce n’est pas dans ses habitudes.

Henri.– Détrompez-vous. Je ne peux pas terminer une phrase.

Navarre.– (de même) Ecoutez. Jusqu’à preuve du contraire.

Henri.- (étendant la main vers Navarre) Parions.

Navarre.- (étendant la sienne) Parions.

Henri.– Si, avant 5 minutes, Prisca m’interrompt, je lui offre un diamant de 25 carats, taillé en diamant à 58 facettes, dussé-je faire un emprunt remboursable sur 25 ans. ..(Navarre hésitant) ..Qu’est-ce que vous risquez ? Si je perds, votre fille gagne.

Navarre.- (souriant tout d’un coup) Pari tenu.

Henri.- (levant sa flûte) Je mettrai en avant celle qui se met toujours à l’écart.

Prisca.- (fort) Henri.

Henri ouvre les mains vers Navarre.

Navarre.- (à Prisca) Prisca. Ne mets pas ton mari sur la paille.

Prisca pose son verre, quitte la salle de séjour, en claquant la porte, mais pas trop fort. On devine qu’elle revient, elle rouvre la porte, et la referme doucement.

Henri.- Comment énumérerais-je toutes ses qualités ? .. … .. …Quel ami est plus mon ami qu’elle ? Autant elle est prête à m’encourager et à m’applaudir, autant elle l’est à me désapprouver et me contredire. Quel ami en ferait autant ? .. ..Est meilleure épouse qu’elle ? Bien qu’elle voie son mari tous les jours, jamais un seul instant elle ne se montre à son égard lasse ou excédée, mais toujours, elle lui témoigne déférence et respect. Quel homme peut en dire autant de sa femme ?.. .. A plus le sens du beau qu’elle ? Malgré les discordances de style et d’époque, elle habille son logis, malgré les excès de la mode, elle s’habille elle-même, habille son mari avec un goût, qui enchante l’œil et charme l’esprit : n’est-ce pas, pour une femme, l’art suprême ? .. .. Fait une cuisine plus délicieuse qu’elle ? De sa rascasse au coulis de tomates, poivrons, fenouil et oignons, à sa croustade aux reinettes, humectée de graisse d’oie, qui ne connaît pas ses merveilles ? Il y a mieux que cuisine de cuisinier, c’est cuisine de cuisinière…. ..Est plus soigneuse de son ménage ? Qu’un ménage ne soit pas fait, la malpropreté déshonore la femme, le mari, les amis. Ici tout brille et étincelle comme un Palais des Glaces… … Infirmière, enfin : qui sait mieux que ses parents comment elle exerce son métier ?… .. Maîtresse bref en tout, et amante par-dessus le marché : qui le sait mieux que son mari ? (il lève son verre) Belle famille, au parangon des femmes.

Navarre.-(prenant le verre de champagne de Prisca, allant à la porte, et appelant) Prisca.

Entre Prisca.Tout le monde lève le verre vers elle.

Prisca.- (posant son verre, fusillant Henri du regard) Toujours à tout gâcher. Toujours à en rajouter et renchérir. Tu veux finir par nous porter la guigne?

Navarre.- (à Prisca) Il est temps que la bonté soit à la mode. Le cynisme a eu trop longtemps la cote d’enfer. Je donne raison à Henri.

Emeline.- (levant son verre à Prisca) Comme sont les plus beaux trésors sont les trésors cachés, la bonté cachée est la plus belle.

Mme Navarre.- (levant son verre) On humiliait l’humilité. Que l’humilité humblement triomphe.

Prisca.- (les larmes aux yeux) Vous plombez mon cercueil ? Vous me rendez les derniers devoirs? .. .. Le seul amour que vous puissiez me porter, c’est de me laisser où j’étais.(priant, joignant les mains) J’ai choisi la meilleure place, celle derrière vous, aimez-moi, ne me l’ôtez pas !. ..(levant son verre à Henri) Je récuse le toast de mon mari, par contre nous lui en devons tous un .. .. Levons notre verre à notre inventeur. Avant lui, nous étions vacarme discordant, il est arrivé, et voilà que notre choeur trouve un bel unisson. A Henri.

Tous (sauf Henri) A Henri.

Henri.- (les coupant) A tous !

Tous.- (levant leur verre) A tous ! (Ils boivent)

Prisca.- Mon four !

Elle sort en courant.

Henri.- (avec cérémonie, il place tout le monde) Menu : cassoulet ! Non pas celui de Carcassonne, ni celui de Castelnaudary, ni celui de Toulouse, mais celui de Prisca : cuissots d’oie confits, porc frais, jarret de porc, couennes fraîches, épaules d’agneau, saucisses de Toulouse. (prenant la bouteille de vin rouge et l’ouvrant) Un Graves bien sûr.

Entre Prisca à pas pressés, portant la terrine fumante, et la posant à table.

Prisca.– La seule chose qu’il faut désarmer au monde, c’est l’appétit.

Tous rient et applaudissent, Prisca commence à servir le cassoulet, et Henri le vin.

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