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5. (a) La revanche de la vieille fille [scénario]

Acte 4

Séquence 1. Chez les Navarre, l’arrière, la terrasse, qui donne sur le salon.

Séquence 1Séquence 2Séquence 3

Scène 1. Premier affrontement Navarre Henri.

Traversent le salon des Navarre, un Navarre en short anglais, maillot de corps et sandales, une tapette à mouches dans la main, et derrière lui, Henri, en cravate. Il avancent côté jardin, vers la large terrasse avec balustrade, qui a pour toit la base du balcon de l’étage au-dessus, base de laquelle pend une lampe. Sur la terrasse, il y a un transat, à sa gauche un tabouret en bois, à sa droite une chaise pliante. Henri, offusqué, toise Navarre, derrière lui.

Navarre.- (tout en avançant ) A votre air dans mon dos, je devine que ma tenue vous offusque. Figurez-vous que c’est moi qui souffre de la chaleur, pas vous. C’est vous dire, si je me soucie si votre grand-mère fait du vélo …(Il s’allonge sur le transat, pose sa tapette sous lui) Je témoigne hautement comment à 69 ans, la Nature me fait. Si vous cherchez à tout prix un responsable, veuillez vous adresser (du pouce il indique en haut) aux instances supérieures. Moi, je ne suis qu’aux ordres. … … Je suppose que vous ne venez pas pour rien.

Henri.- (s’asseyant sur la chaise pliante) Monsieur Navarre.

Navarre.– Je vous ois.

Henri.- (se tenant très droit, tandis que Navarre, s’étirant, met ses deux mains sous la tête) Vous prenant pour exemple, je vêtirai avec simplicité ma question d’un petit short anglais de verbe, et d’un maillot de corps de complément.

Navarre.- (après avoir regardé Henri d’un air soupçonneux, à la caméra) J’ai l’impression que l’Alsacien nasarde le Toulousain.

Henri.- (se levant) Monsieur, j’ai l’honneur de vous demander la main de votre fille Prisca.

Navarre.– Enfin.

Henri.– Comment enfin ?

Navarre.– Vous aviez pris la suite et la fin sans permission, c’est bien le moment de demander le début.

Henri.- Je vous demande pardon. La suite et la fin ne vous appartenaient pas.

Navarre.- (à la caméra) Il réplique sec. Je ne cherche pas de réponse, je me connais, je ne trouverai pas la réplique avant demain. (observant Henri, haut) Je ferai mieux que vous. J’ôterai, à ma réponse, son maillot et son short, et vous la donnerai toute nue.. .. C’est : oui.

Henri.– Merci. (s’inclinant) J’ai l’honneur, Monsieur, de vous saluer. (Il va pour sortir)

Navarre.- Hepep !.. … Il n’y a rien de fait. (il lui indique la chaise, d’un index répété) J’entends que nous donnions à notre marché, la bonne et due forme d’un contrat.

Henri.- (se relevant) Les contrats, c’est bon pour les assurances, avec leurs clauses de nullité, de déchéance et d’exclusion, en petits caractères, pas pour un mariage.

Navarre.- Vous ne voulez pas de dot ?

Henri.- Vous considérez votre fille comme un abonnement difficile à placer, que vous offriez un réveil en plus ? Ayez honte de vous, Monsieur son père.

Navarre.- (tout heureux, claquant des mains) Savez-vous, mon futur gendre, que vous me renversez la vapeur ? Je vous imaginais procédurier, prêt à faire appel à l’huissier, saisir mes biens, et m’envoyer en maison de retraite. Savez-vous que vous me plaisez ? (Henri va pour sortir) Hep. Vous n’aurez pas moins à honneur d’être aussi strict sur les droits de Prisca.

Henri.- (réfléchissant) Certainement. (Il revient s’asseoir)

Navarre.- Savez-vous que nous ne connaissons rien de vous ? Vous n’êtes pourtant pas né de personne.

Henri.– J’ai un père, une mère, deux soeurs, un frère. Mon grand-père, mon père et moi, sommes Alsaciens… .. Mon arrière-grand-père était Allemand.(Navarre le regarde, bouche bée) Vous dites ?

Navarre.- Rien.

Henri.- Quand je vous ai dit que mon arrière-grand-père était allemand, vous avez béé votre la bouche.

Navarre.– Et de quoi aurais-je béé ma bouche, je vous prie ?

Henri.- De ce que mon arrière-grand-père fût allemand.

Navarre.- Figurez-vous que je m’en fiche comme de l’an 40. .. .. Est-ce que je vous jette au nez que l’arrière-arrière-grand-père de ma femme était polonais ? .. .. Un de nos premiers ministres a débuché des forêts de la Silésie orientale, un autre déboulé des plateaux de l’Anatolie occidentale, un troisième surgi de la fosse croate, pourquoi vitupèrerais-je contre un Européen, qui a passé le Rhin ? Avez-vous la tête en forme de casque à pointe ? Jujotez-vous les ch?. .. Ce qui m’intéresse dans les articles, ce n’est pas leur origine, c’est leur qualité et leur prix. En population aussi, Monsieur Willingen, nous vivons en économie de marché.

Scène 2. Navarre entend une mouche.

Navarre entend une mouche, la cherche des yeux, des yeux l’attrape, des yeux ne la quitte plus.

Navarre.- Allez. Allez.

La mouche s’est posée sur la lampe. Sans la quitter des yeux, Navarre saisit, sous le transat la tapette, se lève du transat, grimpe sur un tabouret.

Henri.- (à part, contemplant Navarre du haut en bas, à la caméra) France, mère des arts. Patrie du bon goût.

Navarre tape la mouche d’un coup sec, descend de l’escabeau, cherche où elle est tombée, la ramasse avec la tapette, la jette dans le jardin, se penche pour regarder où elle est tombée, se rallonge sur le transat, repose la tapette dessous.

Henri.- (à la caméra) Après un tel haut fait, il n’y a plus qu’à se retirer dans son village natal et écrire ses mémoires. (se levant) Monsieur. J’ai l’honneur de vous informer, qu’après des minutes aussi bien remplies, je fais valoir mes droits à la retraite. (il va pour sortir, mais Navarre le retient par le pantalon)

Navarre.– (agacé) A cause de la mouche ?.. .. J’étais tout yeux à la mouche, mais à vous j’étais tout oreilles. Vous ne disiez rien. . .. ..

Scène 3. Suite de l’affrontement Navarre Henri.

Navarre (pointant le pliant à côté de lui d’un index répété). – Savez-vous qu’on ne sait même pas votre état-civil ? Vous nous tombez comme un parachutiste, on ignore tout des armées que vous nous amenez par derrière.

Henri.- (il se rasseoit) Je suis prêt à répondre à toute question.

Navarre.- J’ai tout un interrogatoire…(Il sort de sa poche un fragment de journal, le déplie, lit ce qu’il a griffonné dans les marges, faisant le tour du journal au fur et à mesure) .. . Etes-vous ou avez-vous été déjà marié ? Si oui, combien de fois ? Avez-vous divorcé ? Si oui, combien de fois? Avez-vous des enfants ? Si oui, à combien d’unités se monte leur petite troupe ? Si oui encore, à combien se montent leurs pensions alimentaires ? .. .. Avez-vous des traites à payer ? Si oui, de quel montant et de quelle durée? Avez-vous des dettes ? Si oui, de quel montant, et à quelle échéance ? Est-ce que vous jouez ? Si oui, jouez-vous pour de l’argent, et pour combien ?.. … Avez-vous un casier judiciaire ? Si oui, vous voudrez bien m’en fournir un extrait. .. .. Tels sont les légitimes renseignements que tout père responsable aimerait connaître de son futur gendre.

Henri.- Je réponds.. .. Si j’ai ou ai eu des femmes ? Un certain nombre. Elles ont cependant été si bien toutes de passage, qu’elles n’ont même pas eu le temps de mettre leur nom sur la sonnette. .. Des enfants ? Je n’en sais rien. Ce que je vous garantis, c’est que je n’ai jamais rien fait qui fasse que je n’en ai pas fait. Sur le demi-milliard de vaillants petits vibrions, qui à chaque assaut, attaquaient les redoutes, il n’est pas impossible qu’il y ait eu l’un ou l’autre assez vif et gaillard, pour pénétrer par la poterne basse. Mais s’il l’a fait, il ne me l’a pas dit, et je n’en ai rien su. Comprenez qu’il est difficile de reconnaître quelqu’un qu’on ne connaît pas… .. Je n’ai pas de traites, je n’ai pas de dettes. .. .. Mon casier judiciaire est vierge, mon permis a tous ses points.

Navarre.- (ironique) Vous n’avez jamais commis d’infraction au code de la route ?

Henri.- Jamais.

Navarre.- Ne me dites pas que, lorsqu’il est sûr de ne pas être flashé, votre pied ne se laisse pas aller.

Henri.- Le code de la route oblige tous les usagers à respecter tous ses articles.

Navarre.- (clignant de l’oeil) Mon fils. Déchargez votre conscience. Le secret de la confession vous couvre. Combien de fois ?

Henri.- Même pour flatter vos défaillances, je ne travestirai pas la vérité.

Navarre.- Savez-vous que vous n’êtes pas drôle ? Prisca ne doit pas rire tous les jours.

Henri.- ..Permettez; j’enclenche la deuxième. .. Je joue, j’ai joué au : ping-pong, pétanque, échecs, scrabble, moulin, dames, petits chevaux, alma, bataille navale, morpion, bridge, rami, crapette, barbu, huit américain, bataille, belotte, tarot: à ce dernier jeu, avec mes collègues, nous jouons une fois par semaine, à un centime le point, et nous versons nos gains dans une cagnotte.

Navarre.– Votre passif est passif, j’en suis heureux… … Parlons de l’actif…(Navarre se lève, pose sur la balustrade la feuille de journal mais sur l’autre face, la lisse, sort de la poche un minuscule crayon, qu’il mouille de sa langue, se prépare à écrire sur une marge libre) …. .. Vos pères ont été et n’ont plus été, ce qui est de la nature humaine. Passons à ce qui subsiste, qui est immortel, le patrimoine. .. Parlons bref : que vous a laissé votre père ?

Henri.- D’un mot : rien.

Navarre.- Comment rien ?

Henri.- Pas même la terre d’un pot de fleurs. Mon père n’est pas trépassé.

Navarre.– Mille regrets. Toutes mes condoléances. … .. Notez, vous n’y perdez rien. Votre héritage est, somme toute, placé. Et qui sait, peut-être y gagnerez-vous ? La pierre sera peut-être au plus haut, lorsque votre père sera au plus bas ?.. .. Ce qui est est, que voulez-vous. De toute façon, un héritage n’est qu’une rallonge. De quoi est fait le principal d’un homme ? Du métier qu’il exerce. D’après ce que je sais, vous êtes chargé de recherche?

Henri.– Vous savez bien.

Navarre.- Fonctionnaire : de l’entrée à la sortie, toute la route d’un seul coup d’oeil. Un futur qui a un futur assuré, voilà ce qui comble un père.

Henri.- Pardonnez-moi d’ajuster votre tir. Les chargés de recherche comme moi, ont un contrat d’un an renouvelable.

Navarre.– Coriace comme je vous connais, vous le ferez renouveler d’année en année ad vitam aeternam, je n’ai pas peur… .. Parlons de votre salaire, si vous voulez bien..(il se prépare de nouveau à écrire)

Henri.– C’est une question comptable ?

Navarre.– Tout ce qui est chiffre se dénombre.

Henri.– Sachez qu’à la date d’aujourd’hui, je suis au 6ième echelon de l’échelle D1 du groupe 1 de la fonction publique ; mon indice nouveau majoré est de 359 depuis 13 mois et 17 jours. Si j’avais fait connaissance de Mademoiselle votre fille, il y a 13 mois et 18 jours, je n’aurais été qu’au 5ième échelon de la même échelle du même groupe, mon indice nouveau majoré n’aurait été que de 350. Par contre, si j’avais fait la connaissance de votre fille dans 16 mois et 13 jours, et si j’avais passé, à cette date, à l’ancienneté, j’aurais été au 7ième échelon et mon indice majoré aurait été de 373.

Navarre.- Qu’avez-vous à me faire monter et descendre vos échelons à toute vitesse, comme une grenouille dans son bocal? Vous me donnez le tournis.

Henri.- Vous souhaitiez que je vous fasse visiter ma situation. Je vous l’ai fait visiter de la cave au grenier.

Navarre.- On ne peut pas dire que vous ne l’avez pas fait dans la transparence. …. ..Passons à votre apport. Ne me dites pas, qu’en bon petit écureuil, pendant la jolie saison de votre célibat, vous n’avez pas amassé dans les trous d’arbres, quelques graines.

Henri.- (se levant) Vous voulez la liste de mes biens ?

Navarre.- Si ça ne vous dérange pas. (il se prépare à écrire)

Henri.- Ca me dérange, mais ça me dérange moins, quand je pense aux yeux que vous allez faire, quand vous l’entendrez … …Immeubles par moi possédés, dont j’use, jouis et dispose, soit en terres soit en bâtiments, soit neuf soit vieux. Etat : néant.(souriant jusqu’aux oreilles) Désolé ! Je n’ai pas un caillou.. (Navarre le regarde stupéfait, la bouche ouverte, le crayon en l’air)..Meubles ! Du plus grand au plus petit, du dehors au dedans, j’ai : item, une 2 CV de 15 ans d’âge, devenue voiture à pédales, parce que, le plancher effrité par la rouille, ayant cédé, lorsque les pieds se posent par terre, ils pédalent sur l’asphalte ; item, une table en panneaux de particules décor charme, accompagnée de ses quatre chaises en pin teinté hêtre ; item, deux couverts et deux casseroles en inox, tout à fait émouvantes, parce que toutes cabossées ; item, trois draps, dont deux titulaires et un remplaçant ; item, du linge de corps, du vêtement, du linge de toilette, en double exemplaire, chacun effectuant son service à mi-temps ; item, une cravate, une, de couleur noire, multicarte, valable pour baptêmes, mariages, enterrements, demandes en mariage, présentement en service ; item, un pull-over de laine épais, tricoté par ma tante Marie-Thérèse, tout à fait touchant parce qu’aux coudes, il est dans un état de démaillage avancé ; item, un sommier à ressort avec son matelas de crin, de 180, plus une couette garnie de mousse de polyuréthane ; item, une boîte métallique à outils, rouillée dans le fond, garnie d’un assortiment d’outils d’usage courant, de la clé de 12 à la scie égoïne de 51 ; item, pour finir, oeuvre d’art, qui m’est plus précieuse que la prunelle de mes yeux, un tableau à l’huile “Les Marguerites Fanées”, peinte par mon cousin le peintre. .. Tel est mon apport complet en meubles et immeubles… .. Quant à mes revenus, ils consistent, c’est là ma gloire et mon soutien, en mon seul salaire, qui décompte fait des cotisations Sécurité Sociale, Mutuelle, CSG, se monte ou descend, selon que l’on se place de mon point ou du vôtre, à 1 256 euros.

Navarre.– (pointant son index sur Henri) Je parie que vous dites le moins pour taire le plus. Qui aujourd’hui n’a pas de titres en dépôt dans une banque ?

Henri.- (triomphant) Des titres ? J’ai ! (Navarre se prépare à écrire. Henri sort son portefeuille, l’ouvre) Trois titres au porteur : trois timbres-postes auto-collants, de valeur chacun 50 cents. Je vous informe que prenant quelques risques, je compte investir sous peu dans l’achat d’un nouveau carnet.

Navarre.– (pointant son index sur Henri) Et les espèces ? Vous ne parlez pas des espèces. Qui n’a pas dans une chaussette son petit bas de laine ?

Henri.- Au centime près. (Navarre se prépare à écrire. Henri sort son chéquier) Décompte fait de la note d’électricité qui sera prélevée le 25, il me reste pour finir le mois, 271 euros 80. (Il sort son porte-monnaie) Pour finir la semaine, il me reste, 40 euros en billets, 7 euros 13 cents en pièces. Je n’ai pas de compte de dépôt, rien sous le matelas, ni dans une boîte en fer-blanc, ni dans un tiroir, ni dans un gant de toilette… Ai-je bien compté vos petits sous sur vos petits doigts? ..

Navarre.- Quel compte de mes comptes me demandez-vous ?

Henri.- Si j’étais l’auteur d’une oeuvre d’art comme votre fille, et qu’il était question de la confier à quelqu’un, je ne palperais pas le portefeuille, j’ausculterais dans la poitrine, le coeur.

Navarre.- Soyez certain, Monsieur, que si vous étiez démuni de tout moyen d’existence, je ne vous donnerais pas Prisca.

Henri.- Du jour au lendemain, je serais privé de ma place ? Aussi sec, il me priverait de sa fille. Si, non de mon fait, mais du fait du budget de l’Etat, j’étais mis à pied ? Illico, il me mettrait à pied de Prisca. Telle est la loi de fer du libéralisme paternel.

Navarre.-(ne se dominant plus) Mais c’est le feu de l’enfer que cet homme-là !..(bouillant, mais se retenant) Ecoutez, mon petit père. Je suis réputé, à la Ville, pour avoir la suspension la plus souple, capable d’amortir les nids de poule les plus acariâtres. Votre chemin à vous est si peu carrossable que vous finirez par me casser les amortisseurs… .. (se dominant) Le souci d’un père est sa fille. Est-ce que vous en convenez?

Henri.- A son âge ?

Navarre.- Il fallait que ça vienne. Je l’attendais. Vous allez me signaler son âge comme un vice caché… .. Je vous réponds que son âge était visible de loin. Et apparemment vous n’avez pas considéré ma fille comme impropre à l’usage. .. .. Un père qui a pour fille une bonne âme comme Prisca a pour premier devoir de défendre sa fille contre sa bonté.

Henri.- Si j’avais comme vous le souci de ma fille, je lui choisirais pour mari un vieux directeur, qui, grâce à ses courbettes, a eu toutes ses promotions au grand choix, et culmine à 50 ans au 11ième échelon hors classe. Croyez que, sans hésiter, je lui donnerais la préférence au monde entier.

Navarre.-(ne se dominant plus) Qui vous parle d’un directeur au 11ième échelon hors classe ? Vous croyez que ça se trouve sous le pas d’un cheval ? Je prends ce qui s’offre, figurez-vous.. (s’approchant d’Henri, bouillant, se retenant) Savez-vous, mon petit vieux, que toute ma vie, je me suis discipliné à m’assouplir l’échine, courber la tête, fléchir le genou, m’aplatir, et vous faites que je me redresse, que je relève le front, que je monte sur les talons ! Ma voix ? Avec grand effort, je l’avais faite murmure approbateur, silence révérencieux. Et vous me la haussez ! Vous me l’enflez ! Je crie, je tempête, je tonitrue ! Je me conduis exactement comme je vous reproche de vous conduire ! Vous êtes un poison, Monsieur !

A la porte, sont frappés de forts coups redoublés.

Navarre.- (hurlant) Entrez !

Séquence 2. De Serres se met de la partie.

Séquence 1Séquence 2Séquence 3

Scène 1. De Serres expose une nouvelle demande.

Entre De Serres, timide et craintif, portant une gouttière de 25 en PVC de 2m.

Navarre.- (se radoucissant aussitôt) Pardon, mille pardons. C’est mon futur gendre qui avait généré ma fureur…(allant à lui)…Monsieur de Serres. Heureuse surprise. A la place du visage sévère de la surveillante en chef, apparaît l’aimable figure d’un camarade… .. Cher monsieur de Serres; qu’y a-t-il pour votre service ?

De Serres.– (allant vers la sortie) Qu’est-ce que je voulais de nouveau dire ?

Navarre.- Dites.

De Serres.-(s’arrêtant) Je l’avais sur la langue.

Navarre.- Cherchez, Monsieur de Serres…. .. De quoi s’agit-il ? De quelque chose qui doit équiper une pièce de votre logement? De quelque chose qui doit équiper une pièce de votre résidence secondaire ? .. ..S’agit-il de vous, de quelqu’un des vôtres ?

De Serres.- (pointant l’index) Mon neveu.

Navarre.- Votre cher neveu. Que devient votre bien aimé neveu ?

De Serres.- Rien, justement. Son patron l’a mis à pied.

Navarre.- Son patron s’est accordé la licence de le licencier. … .. De quel prétexte fallacieux a-t-il couvert cette turpitude ?

De Serres.- Il a allégué cette pauvre raison, que mon neveu n’arrivait pas à l’heure.

Navarre.- Pour un peu de temps perdu, il lui a fait perdre sa place ?

De Serres.– Mon neveu n’a qu’un handicap, c’est qu’il n’est pas du matin. A minuit, il réveillé comme nous à midi. A 1 heure du matin, il déploie une énergie d’enfer. Mais à 6 heures du matin, sans qu’il y puisse rien, ses paupières s’alourdissent, il pique du nez. .. .. Et, pourtant, ce n’est pas faute d’essayer de renverser la vapeur. Chaque nuit, il se dépense sans compter. De minuit à 5 heures, il danse le rock en boîte. Mais plus il se dépense, plus il tient bon. Si bien que plus ça va, moins ça va… .. ”Vous venez en retard ? Venez donc en retard tout à fait, mon jeune ami.”.. .. Voilà comme son patron l’a récompensé.

Navarre.- (pointant son doigt).. .. Je parie que votre neveu travaillait dans le privé.

De Serres.- Pari gagné… .. Il travaillait dans le privé.

Navarre.- Une administration publique fera justice de l’injustice d’une entreprise privée.. .. Monsieur de Serres, que votre neveu se présente, demain matin, au Service du Personnel. J’aurai donné mes ordres. (De Serres se tait, Navarre le questionne du regard) .. .. Ca ne va pas ?

De Serres.- (faisant la grimace) A la Ville. L’enlèvement des ordures. Courir, soulever, soulever, courir. C’est pas la gloire.

Navarre.–Je sais la place qui lui faut. Il pourra y aller en pantoufles, tellement le travail sera de tout repos. Et même, si être présent lui pèse, il aura liberté de s’absenter… ..(De Serres se tait, le sourcil froncé) Ca ne va pas ?

De Serres.- (faisant la grimace) Tout est dans le chef.

Navarre.- Je sais qui je lui nommerai. Son supérieur n’en est pas un, tout simplement. Jamais un mot plus haut qu’un autre, quand il en a un. Face à un subalterne, on se demande qui est le supérieur, du supérieur ou du subalterne… ..(De Serres se tait, le sourcil froncé) Que coûte à votre neveu d’essayer ? Disons : la Ville s’engage vis à vis de lui, mais lui ne s’engage pas vis à vis de la Ville .. .. Ca vous va ?

De Serres.- On peut toujours prendre la Ville à l’essai, que voulez-vous.

Navarre.- (lui serrant la main avec reconnaissance) Que vous avez l’âme généreuse, Monsieur de Serres. .. ..Voulez-vous dire à votre affectionné neveu qu’il se présente demain matin à 7 heures, au Service du Personnel ?.. ..(de Serres se tait) .. .. Pas à 7 pardon ! A 11 ! A 11 !.. .. (de Serres se tait, le sourcil froncé).. ..Mille excuses ! Où ai-je la tête? A l’heure qu’il voudra… ..(de Serres se tait, le sourcil froncé) .. ..Ou après-demain. Ou le jour qu’il voudra. Précisons qu’il sera payé à partir d’aujourd’hui, puisque c’est d’aujourd’hui que court son engagement. .. .. Ca vous va ?

De Serres.- C’est vous le chef .

Navarre.- (lui serrant la main avec chaleur) .. Que je vous sais gré de votre compréhension, Monsieur de Serres.

De Serres va pour sortir.

Scène 2. En présence de De Serres, suite de l’affrontement Henri-Navarre.

En passant devant Henri, qui observé toute la scène les sourcils froncés, de Serres s’arrête.

De Serres.- .. ..(indiquant de l’index Henri, à Navarre) Vous lui avez passé un anneau dans le nez, à l’ours ?

Navarre.- Je suis en plein dressage

De Serres.-Je peux assister à la séance ?

Navarre.- (montrant la gouttière) Tant de choses ici sont de vous, que vous êtes ici chez vous. (De Serres s’adosse et croise les bras. A Henri) Mon gendre ? Que disiez-vous que vous aviez ?

Henri.– Rien.

Navarre.– C’est vrai. Vous avez été d’une franchise parfaite. .. …. Vous me direz : il est facile d’être franc quand on n’a pas le sou. Peut-être devrait-on souhaiter de votre part moins de franchise, parce que ça trahirait davantage de fonds… .. Enfin! Que voulez-vous ? Ce qui n’est pas, n’est pas.… ..Maintenant que nous savons ce que vous mettez au pot, ou plutôt ce que vous n’y mettez pas, apprenez ce que moi j’y mets. .. .. Mon apport à votre communauté conjugale sera la même qu’à celle d’Emeline : 1 million. (sifflement de de Serres)

Henri.– 1 million ?

Navarre.– 1 million.

Henri.– De francs ? Anciens ?

Navarre.– D’euros, nouveaux.

Henri.- Aucun salarié honnête, même adjoint;,  ne peut épargner une somme pareille.

Navarre.- (fort, pointant son index) Retirez vos paroles, ou je fais appel à Maître Cox.

Henri.– Volé ou gagné, jamais votre million ne sera recelé par ma femme ou par moi.

Navarre.– (souriant jusqu’aux oreilles) Et moi, cher monsieur, je vous dis que la nécessité vous poussera à l’accepter.

Henri.- La nécessité ne me forcera jamais qu’au nécessaire.

Navarre.– Et moi, je vous dis que de prochaines dépenses creuseront sous vos pas de telles fondrières, qu’il ne vous faudra rien moins que mon million pour les combler… ..Si vous chérissez Prisca autant que vous le dites, vous voudrez, je suis certain, le jour de ses noces, la fêter aussi chèrement que l’apprécient vos sentiments : robe de mariée de grand couturier ; bague de platine de grand bijoutier ; à la basilique Saint-Cernin, mariage par l’archevêque, deux évêques co-célébrants, diacres, sous-diacres, enfants de chœur ; fleurs, gerbes, bouquets sur tous les autels ; dans la tribune orchestre, chorale, soliste ; dans l’assistance ban et arrière-ban des deux familles, que vous aurez à honneur de loger dans des hôtels trois étoiles, véhiculer dans des voitures de maître ; repas de noces et fêtes de trois jours, dans un restaurant 3 étoiles ; pour couronner le tout, voyage de noces dans les mers du Sud : est-ce du maigre filon de votre traitement, que vous extrairez l’argent, que nécessiteront de telles dépenses ?

Henri.- ..Pour vous, le mariage c’est bringue et bamboula ? On fête quoi ? Mardi-Gras, Carnaval, la quille?.. … La vie modeste étant la plus parfaite des vies, des noces modestes sont les plus parfaites des noces. De ce principe, tout s’ensuit. Robe de mariée ? Habit de tous les jours. Bague, fleurs ? Un seul bijou, une seule fleur : votre fille. Cathédrale, grand-messe ? Simple église de quartier, messe du jour. Restaurant 3 étoiles ? Bouchon toulousain. Ban et arrière-ban d’invités ? Les 2 mariés, les 2 témoins. Un voyage de noces dans les mers du Sud ? Une promenade sur les quais de la Garonne. Je veux que le jour de nos noces soit le jour exemplaire de notre longue vie quotidienne.

Navarre.- (souriant jusqu’aux oreilles) Admettons que vous donniez dans cette ladrerie. Si pour vous, Pâques, c’est Carême, ça vous regarde. .. .. Mais il est une chose en quoi vous ne saurez faillir. Si vous voulez perpétuer une famille, vous ne pourrez moins, que perpétuer un patrimoine. Qui veut fonder une maison, doit, pour cette maison, construire une maison. Avec quel argent, s’il vous plaît ?

Henri.- Me voyez-vous capitaine d’un bataillon de parpaings ? Au rapport chaque matin vérifier, si tout mon petit monde de tuiles et de briques est rangé à sa place ? .. .. Et être planté, à jamais, comme un imbécile d’arbre, dans le même carré de terrain pourri jusqu’à la fin de mes jours ? Par la fenêtre de la cuisine, subir à jamais, toute sa vie la vue de la même façade lépreuse de la maison d’en face ? Libre locataire, tel est la liberté suprême. … … Chimère que croire que sur terre, nous soyons autre chose que locataires. Soyons locataires tout à fait.

Navarre.– Que cela vous plaise ou non, je virerai ce million sur le compte de Prisca. Vous en ferez ce que vous voudrez.

Henri.- Le jour même, je les retire du compte en espèces, et les dépose sur le premier banc venu.

Navarre.– C’est tout le respect que vous avez pour les économies de toute une vie ?

Navarre.- Pour qui me preniez-vous pour croire que je comptais que vous me comptiez vos petits sous ?

Navarre.- (priant, les mains jointes) Hommage d’un père à sa fille, mon gendre, acceptez cette part de ma vie, fruit de mes sueurs, de mes fatigues et de mon humilité.

Henri.– Désolé. C’est au-dessus de mes forces

Navarre regarde Henri rêveur.

Scène 3. De Serres prend le relais de Navarre. Henri, excédé, lui donne un soufflet.

De Serres.- (à Navarre) Psst ! Je prends le relais. .. .. (Navarre fait de la tête un geste affirmatif) (à Henri, montrant Navarre) Que croyez-vous qu’il en ferait, de son million, vieux comme il est ? Vous le voyez dépenser ce qu’il a mis de côté, alors qu’il s’est mis déjà lui-même de côté ? Il a tellement passé sa belle santé à économiser, que pour lui, économiser, c’est bien se porter. C’est dépenser qui le rendrait malade. Vous voulez hâter sa fin ?

Navarre.– Le bon sens est du côté de Monsieur de Serres.

Henri.- Virez-moi un seul franc, le soir même, je le vire à l’Union des Banques Suisses… .. (de loin, pointant l’index, à de Serres) De quoi vous mêlez-vous, vous ? A votre âge, que savez-vous de l’âge de Mr Navarre ? En vieil âge, petit galopin, vous êtes le parfait arriéré. Et moi, je vous dis que l’âge de Monsieur Navarre est l’âge souverain, c’est l’âge où l’intelligence est à son couronnement, le caractère à sa perfection…. .(il se rapproche tout près de de Serres). ..Ceci dit, pour en venir aux principes, pouvez-vous me dire, ce que fait la domesticité avec les invités au salon ? Le petit personnel est habilité à s’entretenir avec les casseroles, converser avec des poêles, discuter avec les cocottes. (il montre du doigt la porte) A l’office, l’officier.

De Serres.- Ce n’est pas un être humain, cet animal. C’est un porc-épic.

Henri.- (s’approchant de de Serres) Je vous demande pardon ! Qu’est-ce que vous avez dit que j’étais ?

De Serres.- (se reculant par précaution, timidement) Un porc-épic.

Henri.- Voyez-vous, mon ami, du barrage puissantde ma volonté, j’ai longtemps arrêté contre vous ma rage. Vous avez eu tort d’ouvrir les vannes. Vous êtes faute que je me déleste. (Il donne à de Serres un soufflet)

Silence. Stupéfait, de Serres se tient la joue, regarde Navarre , regarde Henri, regarde Navarre qui ne dit mot.

De Serres.- (à Navarre, en secouant sa main) Pour vous, les choses sont bien comme elles sont ?

Navarre.- (à Henri) .. Avouez, Mr Willingen, vous avez un peu exagéré.

De Serres.- (à Navarre) C’est tout ce que vous lui direz ?.. ..

Navarre.- Mr de Serres, retiré dans mon bureau intérieur, avec équanimité, je suis en train de consulter mon code pénal.

Navarre regarde Henri, regarde de Serres, réfléchit, les bras croisés, le menton dans une main.

Scène 4. Sur ces entrefaites, survient Prisca. Navarre lui explique ce qui s’est passé, et rompt avec Henri.

Navarre.- (à Prisca) ..Figure-toi que, chez moi, ici même, sous mes yeux, certain concubin de ma fille aînée, à Monsieur de Serres, plus qu’un proche, un ami, sur la joue gauche, avec force, a appliqué sa main droite.

Henri.-(à Prisca, expliquant) Avec force : le terme est trop fort. C’était, disons, une forte caresse. Son injure à lui, par contre, m’a transpercé de part en part : il m’a traité de porc-épic.

Navarre.- (levant la main) Oyez, oyez. La cour rend son jugement. (à Henri) Monsieur. Je ne vous connais plus. J’ai l’honneur de ne pas vous saluer. (à de Serres) Au titre du pretium doloris, je vous alloue , Mr de Serres, dix journées de congé supplémentaires, sur le temps de travail que vous devez à la Ville

Sortent Navarre et de Serres.

Scène 5. Devant les pleurs de Prisca, puis devant Mme Navarre, Henri accepte de présenter des excuses à De Serres.

Henri.– (à Prisca) Vois-tu ton père, je suis prêt à passer beaucoup de choses. Dans la vie, il a dû faire sa fosse septique tout seul. Je lui vote les circonstances atténuantes.. .. Mais que par prévarication, il protège un parasite, qui me traite de porc-épic, je ne peux pas l’admettre.

Prisca fond en larmes.

Henri.- (allant s’agenouiller devant elle) .. Stop! Canossa ! Je me traînerai aux genoux de ton père, pieds nus, un cierge à la main. Je serai plat, obséquieux, servile. Je lui dirai qu’en maillot de corps et en short anglais, il ressemble à un éphèbe grec. Je dirai qu’avec ses doigts dans le nez, il a les gracieuses manières d’un aristocrate. Toutes les pompes au sol imaginables, je les ferai, je le jure sur ma tête.

Entre Mme Navarre, en messagère de son mari.

Henri.- (à Mme Navarre, allant vers elle les bras tendus, lui serrant les mains) Lumineuse échappée de ciel bleu, soyez la bienvenue !

Mme Navarre.- Porteuse de mauvaise nouvelles : mon mari m’envoie vous prier de quitter sa maison.

Henri.- Désolé ! Ravi ! Je refuse… ..J’ai promis à Prisca de me dominer. Langue coupée, peau de la tête arrachée, jeté à frire dans l’huile bouillante, je resterai fidèle (montrant Prisca) à ma foi jurée.

Mme Navarre.– J’ai bien peur que vous n’acceptiez pas de vous plier aux conditions de mon mari.

Henri.- Vous ne savez pas, pour Prisca, jusqu’à quel Anapurna de bassesse je peux descendre. Je serai un prix Goncourt de la platitude! Un César de l’obséquiosité ! (il questionne de la main Mme Navarre)

Mme Navarre.- .. .. Mon mari veut que vous présentiez des excuses à Mr de Serres.

Henri.-(s’écartant vivement) Plonger devant le maître-nageur ? Jamais. Plutôt un lumbago.

Prisca refond en larmes.

Henri.- (allant vivement à Prisca, s’agenouillant) Stop ! Platitude! Bassesse ! Je me hache menu. Je me coupe en dés. Je me mouline en purée. Qu’il en soit fait selon ton bon plaisir ! Je lui présenterai des excuses. Mais, s’il te plaît, sèche tes larmes ! (Prisca essuie ses yeux. Henri va de ci de là, s’adressant aux portes) Où est l’appelé ? J’intime l’ordre à la bleusaille de se présenter au rapport incontinent.

Prisca.– Je le cherche.

Sort Prisca.

Mme Navarre.- Je vais prévenir mon mari

Sort Mme Navarre.

Scène 6. Henri s’exerce à présenter des excuses.

Henri.- (pour lui) Aurai-je de caractère assez pour ne pas en avoir ?.. .. Henri, pour Prisca ! . .. (Il place devant lui une chaise) Ce bon Monsieur de Serres ! Ce cher Monsieur de Serres ! Cet affectionné Monsieur de Serres ! (il va vers la chaise, la main tendue) En réparation du geste malencontreux que ma main a eu contre votre joue, recevez (il donne un violent coup de pied à la chaise, qui tombe) . Des clous… .. (regardant la chaise) Honte à toi. Tu ne tiens pas même devant une chaise. (de colère, il va vers la chaise, lui donne un second coup de pied) Soupe au lait. Porc-épic.

Séquence 3. Tout le monde se rabiboche.

Séquence 1Séquence 2Séquence 3

Entrent Prisca, de Serres, Navarre, Mme Navarre, Henri ramasse vivement la chaise.

Henri.- (tous le regardant, s’avançant vers de Serres, s’épongeant) Monsieur de Serres. En réaction au stimulus de votre insulte, ma main a eu un mouvement réflexe. Elle le reconnaît.

De Serres.- C’est tout ?

Henri.- (à la caméra) Pour cet aveu, dont je m’accouche au forceps, je souffre toutes les douleurs de l’enfantement, et ce poupon ne trouve à dire que : c’est tout… .. (Tous le regardent sans mot dire) Henri ! Memento ! . ..(il se rapproche de nouveau de de Serres, se dominant) Ce cher Monsieur de Serres ! Ce bon Monsieur de Serres ! Serait-ce un effet de votre générosité d’accepter

De Serres.- D’accepter ?

Henri.- (avec peine) des.. .. explications ? (de Serres regarde Navarre)

Navarre.- Ce n’est pas ce qui était promis.

Henri.- (à Navarre) Sachez traduire. Ce sont des mots pour un autre.

Navarre.- Il y a un mot que nous attendons.

Henri.- (montrant sa gorge) Il me reste en travers de la gorge.

Navarre.–Toussez-le.

Henri.- (il tourne le dos à de Serres, se penche, montre ainsi à de Serres le bas de son dos) J’essaie ! (après plusieurs essais, toussant) Excuses ! (il se dégage, va plus loin, à Navarre) J’ai tenu parole.

Navarre.- Vous avez tiré le mot de votre dictionnaire. Reste à l’employer dans une phrase.

Henri.- (Il va résolument vers de Serres) Gracieux Monsieur de Serres. (il tend brusquement la main) De bipède à bimane. Il n’y a que la main.

De Serres tend une petite main. Henri la saisit d’une large main, en faisant pivoter, pour que la famille ne voie pas sa figure.

Henri.- Je vous prie d’agréer (il souligne le mot) l’expression, je dis l’expression, de mes excuses. (il broie la main de de Serres, qui monte sur ses pieds) Dites que je suis quitte.

De Serres.- (haut, à Navarre) Il est quitte. Il est quitte.

Henri lâche la main de de Serres, lui tourne le dos.

Henri.- (à Navarre) Je me suis soumis à vos dures exigences.

Navarre.- (allant vers lui, lui serrant la main) N’êtes-vous un peu content que tout le monde soit content ?

Henri.- J’ai rempli mon contrat, à vous de signer le vôtre.

Navarre.- (il va à Prisca, prend sa main, va à Henri) Prisca est à vous.

Henri.- (recevant la main de Prisca et la baisant) Autant est toute à moi Prisca, autant est tout à Prisca Henri.

Prisca embrasse Henri.

Navarre.- (de derrière Henri, en tirant sur la manche de sa veste) Mon gendre, en dessous de table, acceptez donc mon million.

Henri.– Un euro, mon beau-père, je le donne au fisc.

Navarre.- J’aurai amassé sou par sou pour personne ?

Henri.– Qui a pris la peine à économiser, qu’il prenne la peine de dépenser. .. .. Avez-vous interrogé Madame Navarre ? Peut-être, aurait-elle des souhaits, au sujet de cet argent ?

Navarre.- (à Mme Navarre, l’interrogeant) Mathilde ?

Mme Navarre.- J’en avais peut-être, mais ils ont attendu tellement de temps, qu’ils se sont endormis .. .. Maintenant que tu te penches sur eux, certains se réveillent.

Prisca.- (embrassant de ses bras ses parents, elle s’approche d’Henri derrière lui, et de côté le baise sur la joue) .. .. Des parents aimants, des époux aimants, des époux aimants aimant des parents aimant, quel trésor est plus précieux au monde ?

Henri.- (se détachant, et allant vers la porte) En dénouement, comme il ne saurait y avoir de fête que de famille, nous vous invitons, beau beau-père, belle belle-mère, à venir fêter la famille dimanche chez nous.

S’avance de Serres.

De Serres.- Et moi ?

Henri.- (de loin) Monsieur de Serres fait-il partie de notre famille, qu’il veuille fêter la famille avec nous ?

De Serres.- (réfléchissant) Non.

Henri.- Qu’est-ce que c’est le dimanche ? C’est le jour où mineurs de fond ou autres travailleurs au noir remontent à la surface, et rejoignent leur maisonnée. . .. .. Je convie Monsieur de Serres à aller fêter dimanche sa famille dans sa famille, comme nous fêtons la nôtre dans la nôtre. (montrant la porte) Allez. .

De Serres.- Je vais.

Henri.- Et ne revenez plus… .. Je sais trop combien sur votre conscience pèse lourd votre remords de faire ici ce que vous devriez faire à la Ville. Qui donnera l’exemple aux autres classes, si ce n’est le peuple ?

De Serres.– …. .. Monsieur Willingen ?

Henri.- Monsieur de Serres ?

De Serres.- Qu’il plaise à cet homme libre de serrer la main d’un homme que cet homme libre a libéré.

Henri.- (lui serrant la main) Il me plaît.

Henri raccompagne de Serres. Tous sont tournés vers de Serres, tous le saluent. Sort de Serres.

Navarre dit : ouf, enfin débarrassé, en s’épongeant le crâne.

Henri.- (revenant, prenant Prisca par la main, et l’entraînant) Il est écrit que la fille quittera son père, et sa mère et suivra son mari .. ..jusqu’à dimanche prochain.

Prisca.- (entraînée par Henri, en sortant) Nous ne nous éloignons que pour quelques jours.

Sortent Prisca et Henri. Navarre et Mme Navarre se regardent, s’approchent timidement l’un de l’autre, et s’entourent de leurs bras.

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