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5. (a) La revanche de la vieille fille [scénario]

Acte 2. Dans le salon des Navarre.

Scène 1. Le bureau de Navarre. Mme Navarre revient.

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Scène 1.Le bureau de Navarre. Mme Navarre revient.

Navarre a retourné une enveloppe Mairie de Toulouse qui a déjà servi, écrit dessus le nom de Maître Cox, y glisse le mot qu’il a écrit sur une feuille de bloc à spirale Mairie de Toulouse, d’un pinceau trempé dans un pot de colle Mairie de Toulouse encolle les bords de l’enveloppe, les colle, sort de son bureau. Il cherche des yeux Henri, entend la 2 CV démarrer, va à la fenêtre, voit la 2 CV s’éloigner, déchire l’enveloppe et en met les morceaux dans sa poche. On entend une clé tourner dans la serrure de la porte d’entrée. Il se penche pour voir qui c’est. Mme Navarre entre, en manteau et en sac.

Mme Navarre.– (souriante) Bonjour. (elle s’approche de lui, l’embrasse)

Navarre.- (se laissant embrasser) Je croyais que tu restais chez ta soeur.

Mme Navarre.– J’ai changé d’avis. … …Sois heureux que je n’aime que la paix… … Surtout, ne me dis pas que je t’aurais manqué.

Navarre.- J’avoue qu’il me serait manqué vaguement quelque chose quelque part, là derrière. (De la main, il montre derrière lui) A propos, quand je t’ai téléphoné, je t’ai rappelé une fausse nouvelle. Maître Cox ne viendra pas dîner ce soir.

Mme Navarre.- Tu t’es ravisé ?

Navarre.– C’est son nez qui l’a décommandé. Parce que Maître Cox lui avait gagné son procès, en faisant de lui la risée du public, son client a fait mordre au nez de Maître Cox, la poussière. Le nez de Maître Cox ne sera pas visible pendant 15 jours. Le fauteur du coup est venu excuser sa victime… ….. C’est une espèce d’anarchiste du nom d’Henri Willingen.

Mme Navarre.– .. …L’Alsacien ?

Navarre.- (étonné) Tu le connais ?

Mme Navarre.– C’est un de mes locataires de la rue du May… .. Que voilà un homme charmant… .. Tiens. Nous parlions de Prisca. Rêverie extravagante. Je lui verrais bien un mari comme lui.

Navarre.- L’homme des bois n’est pas marié ?

Mme Navarre.– Pas que je sache.

Navarre.- Ca a une situation sur une branche quelconque, un chimpanzé pareil ?

Mme Navarre.– Il est chargé de recherche au CNRS.

Navarre.- Fonctionnaire ! .. .. Si j’avais su ! Lorsqu’il était là, plus d’une fois, de sa butte, il a dirigé sa lorgnette sur les bataillons de ta fille.

On sonne.

Scène 2. Henri revient avec un bouquet de roses.

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Au moment où tous deux, d’un même pas, allaient vers la porte d’entrée, de Serres les double, ouvre la porte, referme à moitié, ému va vers les Navarre.

De Serres.- (montrant du pouce la porte) Le hobereau..

Navarre.- (ravi) Quand on parle du loup.(Joyeux, vers la porte d’entrée) Entrez, Monsieur Willingen.

De la porte paraît une immense gerbe de roses que porte, derrière, Henri. Henri va droit aux Navarre, de Serres le suivant. Au moment où Henri franchit la porte du salon, du pied,au nez de de Serres, il ferme la porte.

Henri.- (se tournant vers Navarre) Un camarade qui m’attendait en bas, pendant que j’étais en haut, vous a ravi une rose.. .. Je suis venu rendre le capital soustrait avec les intérêts.(il met de force la gerbe dans les bras de Navarre, bien ennuyé)

Navarre.- ( allant partout, et ne sachant où poser ce bouquet, bougonnant) .. .. .. Qu’est-ce qu’on a besoin d’un jardin dans la maison, quand on a déjà un jardin dans le jardin ?

Mme Navarre.- (se découvrant à Henri, et prenant la gerbe, qu’elle pose sur la table, et dispose dans un vase) Le message fleuri nous enchante comme nous enchante le messager fleuriste.

Henri.- (stupéfait) Madame Navarre.

Mme Navarre.– (faisant une révérence) Monsieur Willingen.

Henri.- (regardant tour à tour Mme Navarre et Navarre) La similitude de patronyme n’avait pas échappé à mon esprit, mais certaine incongruité l’avait poussé à ne pas la retenir… .. Comment aurais-je pu imaginer que vous habitiez tous deux le même domicile ?

Navarre.- (riant jusqu’aux oreilles) Non seulement Madame Navarre et moi habitons le même domicile, mais encore nous sommes mari et femme… ..Je vois que votre stupéfaction confine à la consternation.(s’inclinant, hilare) Désolé.

Henri.- (à Navarre) Sans doute, ne cessez-vous de rendre grâce au ciel pour la bonne fortune qui vous a imparti Madame Navarre pour épouse.

Navarre.- (riant jusqu’aux oreilles) Comme je ne cesse de plaindre ma femme de l’incroyable malchance qui m’a adjugé pour son époux.

Henri.- Je n’oserai pas vous contredire.

Navarre.- (à la caméra) Avec quelle infinie délectation, j’infligerais à ce mécréant les supplices les plus raffinés, si j’étais certain qu’il se laisserait faire.

Henri.- (reculant, s’inclinant, vers Mme Navarre) Madame, vous avez été le beau coin bleu d’un ciel aujourd’hui bien chargé. (il ouvre la porte du salon et se dirige vers la porte d’entrée)

Navarre.- (resté dans le salon, à Mme Navarre) Mathilde. Le parti de ta fille part. (Mme Navarre ne bougeant pas, arrangeant le bouquet) (il court après Henri) Monsieur, un mot ! Un seul !

Henri.- (de l’escalier de la maison) Un ?

Navarre.- Un !

Henri.– S’il n’a pas traîné partout.

Navarre.- Un tout neuf !

Henri remonte dans l’escalier, entre dans l’entrée

Navarre.- Réparation.. .. .. Bien que ce soit pour rattraper une double faute vôtre, une : la châtaigne par vous sur le nez de Maître Cox assénée, deux : la rose par votre collègue à mon jardin arrachée, que vous avez dilapidé tant de minutes de votre journée, je vous offre de vous en rembourser une partie. .. .. Je vous invite à dîner avec nous à la place de Maître Cox.

Henri.- (piqué) J’assurerai, à votre table, l’intérim de Maître Cox?

Navarre.- Sans Maître Cox, sa part serait perdue. Avec vous, elle servira.

Henri.- (piqué) Vous m’offrez d’être un débouché à vos surplus ?

Navarre.- .. Nous avons l’habitude, dans notre famille, que rien ne se perde. Voyez que nous ne pouvons pas être plus entre nous.

Henri.- Croyez bien que je respecte vos traditions, mais je regrette, une poêlée forestière m’attend au frais dans mon congélateur.

Navarre.- Monsieur Willingen. Ne faites pas de manières.

Henri.- Désolé. C’est au-dessus de mes forces.

Navarre.- (piqué à son tour) Peut-être aurais-je dû vous envoyer une invitation sur papier Japon, imprimée en nobles italiques, trois semaines à l’avance ?

Henri.– Là n’est pas la question.

Navarre.– Ou j’eusse dû peut-être vous offrir le repas gastronomique, avec champagne en apéritif, trois entrées, deux poissons, trois viandes, plateau de fromages, dessert, glace, café, pousse-café, Château-Yquem 90 pour le poisson, Château Petrus 90 pour les viandes, Côtes du Rhône 89 pour les fromages, aux Armes du Duc de Gascogne ?

Henri.– J’aurais accepté encore moins.

Navarre.- Dois- je en conclure que vous êtes un homme, qui bondit au plafond pour une piqûre d’épingle ? En un mot comme en mille, dois-je vous prendre pour un homme susceptible ?

Henri.-(allant droit sur Navarre) Rentrez ce mot dans la gorge ou je vous casse les dents.

Navarre.- (défiant Henri, pointant son index sur lui) Prouvez-le, que vous n’êtes pas susceptible.Acceptez l’invitation.

Henri.- (faisant sur lui grand effort, décollant ses vêtements) J’accepte.

Navarre.– L’invitation.

Henri.– L’invitation.

Navarre.- Je savais que vous étiez un homme simple. Prenez patience, je vais donner des ordres..

Sort Navarre. Henri regarde la porte.

Scène 3. Mme Navarre persuade Henri.

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Henri.- (à Mme Navarre) Après réflexion, Madame, je ne prolongerai pas mon séjour dans votre contrée. Je ne supporte pas son anarchie constitutionnelle.

Il salue Mme Navarre, et recule d’un pas, pour sortir.

Mme Navarre.- (le suivant) Vous ne souffrez pas mon mari.

Henri.– Je vous avoue, docteur, qu’au contact de certain agent pathogène, mon organisme développe des symptômes morbides irrépressibles

Mme Navarre.- S’il est un être, pourtant, depuis les 30 années que je connais mon mari, qui ait jamais ébranlé ce roc, c’est vous.

Henri.– (niant de la tête) Depuis sa naissance, il n’a pas bougé d’un pouce. C’est un massif hercynien primaire.

Mme Navarre.– Vous vous trompez. Vos coups de boutoir l’ont ébranlé. .. .. .. ..Si quelqu’un peut avoir raison un jour de la coriacité de mon mari c’est un homme de tempérament, comme vous.

Henri.– J’ai hélas, un tempérament à l’emporte-pièce, qui fait mon désespoir.

Mme Navarre.- Quand le caractère est la qualité la plus précieuse d’un homme ? Quand une mère ne peut que rêver d’avoir pour gendre un homme comme vous ?

Henri.- Voeu pieux d’une mère pour sa fille, non de la fille pour elle-même !

Mme Navarre.- Voeu d’une fille pour elle-même ! Je connais ma fille comme moi-même.

Henri.- Permettez-moi d’être sceptique ! Tout à l’heure, malgré ma présence réelle, elle était en adoration éperdue devant Mesdemoiselles les Chemises de Monsieur son père.

Mme Navarre.- Vous êtes-vous signalé à elle ? Lui avez-vous fait des avances ?

Henri.– Je venais à peine de faire sa connaissance, Madame.

Mme Navarre.– Quand les auriez-vous faites, sinon ? Etiez-vous destiné à la revoir ?.. .. ..Vous allez me dire : marieuse, vous faites un joli métier. Je vous réponds : lorsqu’une fille choisit elle-même son compagnon, le choisit-elle tellement à bon escient ? Les parents ne connaissent-ils pas leur fille mieux qu’elle-même ? Et, partant, ne sont-ils pas cent fois plus à même de mieux choisir qu’elle ?.. … Promettez-moi de ne pas partir.

Sort Mme Navarre.

Henri.- (à la caméra) A mon vieil âge ? Vieil étudiant, qui tant de concours a passé et toujours, en parfait cancre, échoué, je m’assiérai de nouveau sur les bancs de l’école ? (voyant entrer Prisca) Mon coeur. Pas de panique.

Entre Prisca, avec un plateau portant de la vaisselle, et mettant la table.

Scène 4. Prisca essaie de persuader Henri sans le persuader.

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Henri.- Je ne sais pas si vous savez que Monsieur votre père m’a invité à dîner, à la place de Maître Cox. Que le massacreur prenne la place de sa victime doit vous offusquer on ne peut plus. …(Prisca ne dit mot) … Monsieur votre père m’a semblé m’inviter dans votre ignorance. J’aimerais savoir si vous approuvez son invitation. (Prisca ne dit mot) Comme je veux tout sauf m’imposer, je vous prierais de faire part à Monsieur votre père, que je décline son invitation. Mademoiselle.

Prisca.– Vous me voyez désavouer mon père?

Henri.– Là, vous vous retranchez derrière lui… … Il s’agit de vous, non de lui. J’aimerais que vous me précisiez si vous voyez ma présence d’un bon ou d’un mauvais oeil.

Prisca.– Sachant que c’est mon père qui vous a invité, voyez-vous quelque chose qui pourrait faire que je vous voie d’un bon ou d’un mauvais œil ?

Henri.– (désarmé) Non.

Prisca.– Que récriminez-vous ? (paraît Emeline, à Henri, fière de sa soeur) Je vous présente ma sœur Emeline.Qu’est-ce que vous en dites ?

Henri.- (se levant, à Emeline) Je vous présente mes compliments.

Emeline.– Merci. (Henri suit des yeux Prisca)

Sort Prisca.

Scène 5. Scène entre la belle Emeline et Henri.

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Emeline.- C’est vous qui usez contre votre supérieur d’arguments si dissuasifs ?

Henri.- (les yeux fixés sur la porte, par laquelle est sortie Prisca) A ma confusion. Je suis, hélas, d’un caractère colérique.

Emeline.- Les plus fiers de nos jeunes gens rivalisent à quêter humblement une place, et vous, parce qu’il est impoli, vous vous rebellez contre votre supérieur, et vous en êtes confus ?

Henri.- Rien n’est plus humiliant que de sortir de ses gonds pour un rien. A quoi distingue-t-on un homme ? Au fait qu’il se domine.

Elle passe et repasse devant Henri, qui ne quitte pas des yeux la porte.

Emeline.- Vous êtes ici, mais vous avez les yeux ailleurs et l’esprit perdu dans ses pensées.

Henri.- J’ai les yeux tout à fait ici.

Emeline.- Vous ne m’avez pas regardée une seule fois.

Henri.- (regardant vers la porte) Si, si. Je vous ai vue, quand vous êtes entrée.

Emeline passe et repasse devant lui. Il ne la regarde toujours pas.

Emeline.– Vous portez des lunettes chez vous, et par coquetterie vous les ôtez, quand vous sortez et rendez visite aux gens ?

Henri.– Mes yeux se conduisent très bien. Ils ont 10 sur 10.

Emeline.- A vous voir épier la porte, on dirait que vous attendez quelqu’un.

Henri.- (tout en regardant vers l’entrée) Dissipez un doute, Mademoiselle. Est-il vrai que Maître Cox a pris une option sur Mademoiselle votre soeur ?

Emeline.- Ma soeur ? Vous l’avez regardée ? Quel homme opterait pour une configuration pareille ?

Henri.- Votre soeur est libre ? Vous n’auriez pu m’annoncer meilleure nouvelle.

Un instant, Emeline observe Henri.

Emeline.– Prisca ?.. ..Vous avez le penchant charitable ? Vous avez de l’inclination pour les gens, en proportion de leurs difformités?

Henri.- Ce qui me pousse, c’est un mouvement de pure bestialité. Navré de déchoir dans votre estime.

Paraît Prisca, avec un deuxième plateau de vaisselle pour la table ; Henri a la tête tournée vers Prisca, mais les yeux à ses pieds.

Emeline.- (à la caméra) Je suis on ne peut plus mortifiée.

Sort Emeline.

Scène 6. Henri ose se déclarer à Prisca.

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Prisca.- (voyant qu’Henri tient les yeux baissés) N’est-ce pas qu’elle est belle ?

Henri.– Pour vous faire plaisir, elle n’est pas laide.

Prisca.– Ah. Ne le bredouillez pas d’une fausse bouche dégoûtée.

Henri.– Si votre soeur offrait son profil gauche, levait son menton pour tendre son double menton, et à condition que les spots l’éclairent d’en haut et qu’elle garde la pose, elle ferait une photo passable.

Prisca.– Elle vous a plu on ne peut plus, vous lui avez plu on ne peut moins, ce qui vous déplaît on ne peut plus.

Henri.- Conclure du peu de goût un excès de goût, c’est un contre-sens caractérisé. .. ..Sur votre demande, je vous ai dit le goût que je n’avais pas Me laisserez-vous vous dire le goût que j’ai ?

Prisca.– C’est une chose dont je ne suis absolument pas curieuse.

Henri.-Vous m’avez prôné le culte d’une certaine personne, je vous ai écouté chanter ses hymnes avec beaucoup de bénignité. Je ne vous demande de faire preuve de la même tolérance

Prisca.– Ca ne peut être qu’une chose tout à fait déplaisante. Qui peut désirer écouter des horreurs?

Henri.– Donnant donnant.

Prisca, les sourcils froncés, va à la porte, met la main sur la poignée, n’écoutant plus que d’une oreille.

Prisca.-Ce poil à gratter, ça vient ?

Henri.- Si votre goût s’incline d’un fort penchant pour votre soeur, mon goût à moi s’incline d’un non moins fort penchant pour la soeur de votre soeur.

Prisca.- Ma soeur n’a pas de soeur.

Henri.- Madame votre mère n’a qu’une fille ?

Prisca.- A part moi, oui, ma mère n’a qu’une fille.

Henri.– Si je parlais justement de celle qui dit à part moi ?

Prisca.- De moi ?

Henri.– Oui.

Prisca.- Vous êtes en train de me dire

Henri.- Que c’est pour vous que j’ai ce penchant.

Prisca.- (riant d’un rire grinçant) Rions. Riez. Cela devrait être drôle. C’est drôle… .. Qu’est-ce qui vous inspire de pareilles histoires macabres ? Vous en avez une autre comme ça ? A la vérité, ce n’est même pas drôle.

Henri.- Je jure sur ma tête que je suis sérieux.

Prisca.- Il jure. Rions. Riez. Ha ha. C’est drôle, mais un peu méchant. S’il vous plaît, n’en rajoutez pas. La raillerie est finalement inepte.

Henri.– Dans la vie, je n’ai jamais fait rire que par mon ridicule.

Prisca.- Si vous êtes sérieux, c’est pire que tout. Vous avez le goût corrompu et dépravé. Vous êtes un malade mental chronique. Le juge avait raison. Vous avez un urgent besoin d’un traitement psychologique. .. ..Comment pouvez-vous dire des atrocités pareilles? Vous n’avez pas honte ? J’en rougis pour vous.

Sort Prisca, en claquant la porte, mais pas trop fort. On la devine qui revient, rouvre la porte et la referme doucement.

Henri.- (à la caméra) Comment dire mieux que je la dégoûte, qu’en me disant que mon goût la dégoûte? Il va pour sortir.

Entre Mme Navarre, qui se presse.

Scène 7. Mme Navarre essaie de persuader Henri de rester.

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Mme Navarre.- Monsieur Willingen. Où allez-vous ?

Henri.- Je fuis qui me fuit.

Mme Navarre.- Que lui avez-vous dit ? Venez. Rentrez. Racontez-moi.

Henri.- Mademoiselle votre fille m’a loué sa soeur, que je n’ai pas louée de mon côté. Ca ne lui a pas plu du tout. Ce qui a achevé de lui déplaire, c’est lorsque je lui ai dit que c’était elle qui me plaisait. Avouez que c’est le monde renversé.

Mme Navarre.– C’est tout Prisca. Ce que Prisca veut qu’on adopte en premier lieu, c’est sa famille.

Henri.- A notre époque ? Combien de jeunes filles, aujourd’hui, avancent leur soeur, comme composante de leur personne ? Cette sorte de fille était pour moi une espèce disparue.

Mme Navarre.- Vous autres, les garçons, vous êtes toujours à chiner par les rues et les places. Ces perles de filles se serrent précieusement dans le trésor caché des familles. Comment sauriez-vous qu’elles existent ?..(elle prend le bras d’Henri, ramène vers le centre du salon, le fait s’asseoir) S’il vous plaît, que votre retraite batte en retraite. (au bout d’un moment, Henri se détend)

Sort Mme Navarre. Entre de Serres, par une autre porte.

Scène 8. Malheureusement De Serres ajoute son grain de sel.

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De Serres.– Dites ! .. .. Vous mobilisez les populations. .. Dans la cuisine, c’est le branle-bas de combat.

Henri.- (piqué) Soldat ! Votre service militaire a pris fin. Je vous somme de regagner vos foyers.

De Serres.– Quand j’espionne pour vous dans cette maison de traîtres ? Que je vous dévoile le complot qui se trame contre vous ?

Henri.– Le complot ?

De Serres.– Les uns sont à l’affût, prêts à vous tirer comme un lapin, les autres font la traque.. .. Vous pensez. Un client pour l’article hors d’âge. Et fonctionnaire. .. .. ..L’avocat ? Fini, l’avocat. On vend de l’avocat. Les Fonds d’Etat, il n’y a plus que ça..(montrant du pouce Prisca qui entre) .. Je vous laisse chiner.

Sort de Serres. Entre Prisca avec les hors-d’oeuvre, la salade, les eaux, les vins.

Henri.- Veuillez, Mademoiselle, alléger votre table d’une assiette, d’un verre et d’un couvert. Je ne dîne pas avec vous.

Prisca.- Vous partez de nouveau ? Vous ne savez pas ce que vous voulez.

Henri.- En post-scriptum, je tiens à corriger une demi-contre-vérité. Qui dit chargé de recherches, dit certes fonctionnaire. Mais ceux qui vous ont instruite, vous ont mal renseignée : je ne suis pas fonctionnaire à plein temps, je suis sous contrat d’un an renouvelable.

Prisca.– Je suppose que c’est de votre choix.

Henri.- Il ne faut pas non plus prendre pour argent comptant, le faux bruit qu’un chargé de recherches fait des choux gras. Un chargé de recherches plafonne à l’indice 495 .

Prisca.– Qui vous demande quelque chose ?

Henri.- Je tenais simplement à corriger la fiche signalétique qui circule dans vos services.

Prisca.- Que me racontez-vous là ? . … .. Qui voudrait savoir quelque chose de vous ?

Henri.– Autant pour moi. Votre accent certifie votre sincérité. Je retire ce que j’ai dit… ..A mon faux portrait, permettez, que je substitue le vrai. Je me présente: Henri Willingen. Age : vieux. Tout ce que ce vieux a et est, il l’a et il l’est sur lui. Tel qu’il est, le vieux de la vieille, sans le sou ose néanmoins vous faire sa déclaration… .. (Prisca continue de disposer ses plats) .. .. Vous ne dites mot : c’est témoigner d’une sensibilité à laquelle je suis sensible… .. (reculant, levant la main) Que l’ordonnateur des pompes funèbres forme le convoi. ..Mademoiselle. (Il s’incline et va pour sortir)

Prisca.- Savez-vous que vous m’agacez?

Henri.- Bonheur. Je ne vous fais pas rien.

Prisca.- Vous partez ? Pour que, dans cinq minutes, rattrapé par mon père, vous reveniez ? .. .. Vous revenez ? Non, vous partez. Vous partez ? Non, vous revenez… … On ne dit rien? Vous vous piquez. On dit un rien ? Vous vous piquez aussi… … Est-ce qu’on sait à quoi s’en tenir avec vous ? Je vous demande de vous décider une fois pour toutes. Est-ce que je dois laisser ou est-ce que je dois ôter votre assiette?

Henri.– J’aurais assez de bravoure pour braver la désinvolture de Monsieur votre père, mais je n’en ai pas assez pour affronter l’hostilité de Mademoiselle sa fille, parce que visiblement, vous êtes contre moi.

Prisca.- Je vous trouve bien suffisant de penser que je puisse être pour ou contre vous.

Henri.-Vous n’êtes pas contre moi ?

Prisca- Aussi peu que je suis pour.

Henri.- Les deux plateaux sont en parfait équilibre ?

Prisca.- L’aiguille est sur le parfait zéro.

Henri.-.. .. Est-il tellement inimaginable qu’un jour la balance s’incline de mon côté ?

Prisca.- Comment voulez-vous que quoi que ce soit pèse de vous ? .. .. Quelque chose tombe d’un étage, passe devant votre fenêtre, avez-vous le temps de voir ce que c’est ? Vous savez simplement que quelque chose est passé. Il faut attendre que ça s’écrase sur le sol, pour que vous sachiez enfin ce que c’est.

Henri.- .. Entendu. Note est prise. .. .. Je sais votre profession. Je sais dans quel hôpital vous travaillez. Au sortir de vos sorties et à l’entrée de vos entrées, devant l’hôpital, comme un arbre, je me planterai…(Il recule de quelques pas) ..Ma statue, perchoir fleuri par les pigeons, attendra, impassible, que vous voudrez bien vous approcher d’elle et lire sa plaque… .. Je dépose à vos pieds mes humbles espérances.

Sort Henri, puis Prisca, qui ôte une assiette, un verre et un couvert, serre les autres, regarde le tout, et sort impassible.

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