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19. La Mauresse

Acte 3

Scène 1.

Scène 1Scène 2Scène 3

21h30. Aux abords de la cité. La fourgonnette-bureau du SRPJ, porte ouverte, Tétras dehors, à la porte, Egletons à l’intérieur, à l’ordinateur, entourée des agents de police du SRPJ. Les cars de la CRS déversent les CRS avec casque, bouclier, matraque, menottes, pistolet à gaz. Au signal de Tetras, qui s’assied à côté du chauffeur, la fourgonnette avance en premier, entourée de ses agents, les CRS, derrière elle, faisant un mur de part et d’autre. Silence dans la cité.

Soudain, de l’obscurité, une voix.- Les Keufs. D’autres voix, près, loin.- Les Keufs. Les Keufs. Les Keufs. Les Keufs. Les Keufs. Les Keufs.

De l’obscurité, de la porte des immeubles, des escaliers des sous-sols, de derrière les piliers, de derrière les voitures en stationnement, les jeunes, agiles comme des elfes, foncent sur les policiers, jettent des sacs de détritus, des morceaux de parpaing, de briques, des cailloux,qui résonnent sur la fourgonnette, se retirent aussitôt, pour, munis de nouvelles munitions, réattaquer de nouveau. Subitement, ils disparaissent. Le silence se fait.

La voix de Soliman.- (dans un haut-parleur) Tetras. Qu’est-ce que tu fais chez nous ? La cité, c’est notre terre d’affliction. Laisse-nous avec notre affliction sur notre terre d’affliction. Un silence.

Tétras.- (prenant un haut-parleur) Soliman. La cité, c’est terre de France. Ni désordre ni violence ne seront maître d’aucune terre de terre de France. Jusqu’à la dernière rue de la dernière cité, doit régner la loi de France. Pour que règne la loi, il faut que la force reste à la loi. Un silence.

La voix de Soliman.- Tetras, tu te trompes. La France, c’est ici, la cité, pas dehors. Qui dit Français, dit rebelle, révolutionnaire, pas docile, obéissant, servile. Nous sommes liberté, égalité, fraternité, vous êtes servilité, inégalité, répression. France, servile, flagorneuse, France de petites gens, de petits biens, de petits droits, dociles, obéissants, vous êtes de trop petites gens pour une si grande Nation. Vous avez laissé tomber le drapeau, nous, le nouveau Tiers-Etat, nous le ramassons, et le brandissons haut dans le ciel, conotre vous, nouvelles classes privilégiées. Un silence.

Tétras.- Soliman, chien méchant, atteint de la rage, tu ne sais que baver et mordre. Braire comme un âne, beugler comme une vache, c’est tout ce que tu sais faire. Si tu mettais en repos ta langue et au travail tes mains ?.. .. Est-ce que tu t’es jamais sali d’autre chose que des pierres que tu lances ? Nourrisson, tu attends que la République, bonne mère, te porte la cuiller à la bouche : une cuiller pour Maman, une cuiller pour Papa. Tu aimerais qu’on te serve tout sur un plateau, parce que c’est toi. Suer pour gagner son pain, c’est bon pour les Français. Un silence.

La voix de Soliman.- Tétras. La France, pour vous, c’est monument aux morts. Religion de la patrie, c’est religion des morts. France, pour vous, c’est pierre tombale, monument funéraire … .. Mais, est-ce qu’on fixe un homme par une photo ? Est-ce que ta vieille photo en premier communiant, c’est toi, Tétras? Le moment où Tétras est vrai, vivant, c’est ici, maintenant, en flic. Tétras donne le haut-parleur à Egletons.

Egletons.- (au haut-parleur)Soliman. Egletons Tu enfermes ta cité dans l’échec. Ne fais pas de la cité une cité maudite, frappée d’interdit, de ses habitants des damnés, des réprouvés. Nous voulons les ouvrir à la réussite. Un silence.

La voix de Soliman.- Egletons. Français nanti, Français dépressif, Français qui philosophe, Français qui se pose des questions sur le sens de la vie, si tu ne sais pourquoi vivre, cède-nous la place, parce que nous, on sait pourquoi. C’est nous qui devrions vous chasser d’où vous êtes, et non vous nous d’où nous sommes.

Un silence.

Tétras fait signe à la fourgonnette d’avancer. Les jeunes apparaissant par vagues jettent des cailloux sur la fourgonnette. Su un signe de Tétras, le colonel fait signe aux CRS de charger. Les jeunes disparaissent. Tétras fait signe à Egletons et aux agents du SRPJ d’aller. Les agents de police du SRPJ, conduits par Egletons, une pince-monseigneur en main, foncent vers le sous-sol ; on entend quelques fracas. Au bout d’un instant, ils reviennent, deux portant Aziz Murat, maigre, gris, qui ne se défend pas.Ils le posent debout, chancelant, à côté de la fourgonnette-bureau.

Un agent.- Il mange salement : il a versé son thé par-devant et son chocolat par derrière. Tetras regarde Aziz et fait la grimace. Tetras.- Pouah. Tu ne te dégoûtes pas ? Aziz.- Si, Monsieur le Commandant. T Tetras.- (s’asseyant devant l’ordinateur) Tu n’es à toucher même de loin qu’avec un balai. Aziz.- C’ est vrai, Monsieur le Commandant. L’autre agent.- Il a utilisé la cave à côté comme chiottes, il s’est essuyé aux murs. Tetras.- Que tu te déchoies te regarde, le grave, c’est que tu me déchois avec. Aziz.- J’ai perdu tout amour-propre, Monsieur le Commandant. Tétras.- Tu schlingues comme des chiottes. Reste debout…(hurlant) .. Ne touche pas la fourgonnette.

Aziz.- Insulter, c’est réveiller l’honneur assoupi. Insulter, c’est traiter en humain. (il s’incline profondément, tant bien que mal) Je vous rends grâce, Monsieur le Commandant.

Tétras.- Nom et prénom, si ça en a.

Aziz.- Mourad Aziz.

Tetras.- Mais Mourad, c’est un nom qu’on connaît. (cherchant sur son ordinateur) Tu as déjà été arrêté pour usage illicite de stupéfiants, et condamné avec sursis, avec injonction thérapeutique. Tu es récidiviste, tu es bon pour la prison. Aziz.- Si Mr l’Etat voulait bien me priver de ma liberté, je le remercierais de son infinie bonté. Tétras.- (riant) Epatant. Il sait qu’il lui faut. Il réclame le mitard. Aziz.- Otez-moi de moi, par pitié. Soustrayez-moi à ma mauvaise influence. Tétras.- Je comble mes vœux : je comble les tiens. Tétras écrit.

Soudain, la voix de Soliman.- (par haut-parleur) Tetras. Libère mon frère Aziz. Ca ne vous suffit pas de nous désespérer, il faut que vous nous ôtiez notre consolation. Surtout, que en nous ne mettions pas de baume sur nos plaies, vous voulez que nous les sentions bien à vif. Tetras, libère mon frère Aziz. Les jeunes, sortant de l’ombre, jettent des cailloux sur la fourgonnette. Les CRS font corps vers eux, s’arrêtent plus loin

Aziz. – (se saisissant du haut-parleur) Soliman, c’est Aziz, qui te parle. C’est librement que je me prive de liberté. La liberté ne me réussit pas. Me livrer à moi, c’est me livrer au pire. Je ne cède pas à leur force, ils cèdent à ma prière. Laisse-moi me libérer de ma pernicieuse liberté. Soliman. Aide-moi en ne m’aidant pas. Sauve-moi en ne me sauvant pas. Les jeunes arrêtent de lancer de pierres. Tetras.- (à voix basse au colonel de CRS) Colonel, Soliman.

Le Colonel sépare la CRS en deux groupes, l’un attaque en se dispersant les jeunes de front, l’autre, en se dispersant les prend à revers. Tetras fait signe à Egletons et aux agents du SRPJ, de continuer leur cueillette de toxicomanes. Tetras pose un sac sur un siège du fond de la fourgonnette, fait violent signe à Aziz de s’y asseoir, en pinçant le nez, Tétras ouvre derrière les deux vitres. Les CRS reviennent. Le colonel montre du doigt Soliman menotté à deux CRS.

Tetras.- (rentrant dans la fourgonnette, fermant la porte, téléphone au substitut) Monsieur le substitut ? Tétras. Nous avons arrêté Soliman. La voix du substitut.- Je vous rappelle. Tétras attendant, souriant. Sonnerie du téléphone. La voix du substitut.- Commandant ? Tétras.- Mr le substitut ? La voix du substitut.- De quoi accusez-vous Soliman ? Tétras.- Il est de notoriété, que Soliman est chef de la bande, qui nous lance des détritus, des pierres, des morceaux de briques. La voix du substitut.- L’avez-vous pris en flagrant délit ?

Tétras.- Tout le monde est témoin que c’est bien de sa voix, qu’il vient de proférer des insultes envers les représentants de l’autorité publique.

La voix du substitut.- Quelles insultes, commandant ?

Tétras.- Il nous a traités de chiens.

La voix du substitut.- Est-ce que vous êtes de son avis, commandant ?

Tétras.- (agacé) Bien sûr que non.

La voix du substitut.- Chiens est l’opinion de Soliman, qui n’est pas la vôtre. En France, commandant, tout individu a droit à la liberté d’opinion, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions.

Tétras.- (en rage, se dominant) Mais, Monsieur le substitut.. ..

La voix du substitut.- Tel est le point de vue de M. le Préfet, commandant. Rageur, Tetras raccroche, ouvre la porte, s’approche de Soliman.

Tetras.- (à Soliman) Nous voulions te prouver, Soliman, que nous pouvions t’arrêter, quand nous le voulions. Tu es libre.

Soliman.- (furieux, tirant sur ses mains, pour empêcher qu’on lui ôte les menottes) Vous n’avez pas le droit. J’ai commis des délits, j’ai cassé, j’ai incendié, j’ai envoyé des cailloux, je suis prêt à signer des aveux. Je demande que la justice fasse justice.

Tétras.- (qui commence à s’amuser) Au regret, personne ne dépose plainte. Sans dépôt de plainte, la justice ne peut pas se mettre en route.

Soliman.- Chiens. Cafards. Cloportes. Porcs. Flagrant délit d’insultes. J’ai droit à trois mois d’emprisonnement. J’exige que le substitut me défère devant le juge.

Tétras.- (qui s’amuse bien) Ce ne sont pas de vraies injures, ce sont des injures calculées pour que tu te fasses arrêter. Je suis sûr que tu ne les penses pas. (au colonel, qui rit aussi) Colonel, voulez-vous raccompagner Monsieur, chez lui, là-bas, derrière les usines désaffectées? Le colonel et les 2 CRS vont au command car, Soliman se débat comme un beau diable, tout en criant : Bourrins, cognes, guignols, lardus, poultocks, raclettes..

Tétras. – (allant à lui, Soliman se taisant) Quand tu seras de retour parmi les tiens, j’espère qu’ils ne se demanderont pas qui tu as balancé pour acheter ta libération. Ce ne serait pas juste.

Soliman furieux, se démène encore plus, en criant :Chouteurs,ganymèdes, fiottes, gâcheuses, lopettes, prout-prout, tatas, empaffés, empalés, pouët-pouët, en trouducutés. Le camping-car, avec, aux fenêtres des mitraillettes bien visibles s’éloigne lentement dans la cité.

Les CRS remontent dans les cars. Un peu plus loin, Egletons attend avec des toxicomanes en piteux état. Tétras, avec un geste rageur, les fait asseoir dans la fourgonnette, par terre. Suivie par les voitures des agents du SRPJ, la fourgonnette-bureau s’éloigne avec, à côté du chauffeur, un Tétras hilare.

Tetras.- (off) Le premier veut aller en prison, il y va ; le second veut aller en prison, mais n’y va pas, mais pour lui, c’est pire qu’aller en prison. On ne va plus entendre parler des Murat pendant longtemps.

On voit la colonne de voitures s’éloigner.

Scène 2.

Scène 1Scène 2Scène 3

La cité, plein jour. Une tour. 13° étage, un F2 étroit, meublé économiquement. Dans le petit salon/salle à manger, dans un canapé de toile, Ziya, son œil au beurre noir presque disparu, tricote une écharpe. Elle entend une clé dans la serrure de la porte d’entrée, la porte claquée avec violence : elle ne peut pas s’empêcher de sourire, puis reprend son sérieux. Hussein passe l’entrée, s’arrête, fixe Ziya longuement.

Hussein.- [en moitié d’image, on voit la scène décrite]En sale gilet du magasin, en jean sale, à côté de ma palette, j’étageais, à la hâte et avec soin, les boîtes de petits pois fins, très fins, extra-fins, en boîtes de 200, 400, 800 gr, seules ou par trois, en prenant bien garde de mettre les plus fraîches par derrière, quand j’aperçois au bout de l’allée, (il fait un signe vers Ziya)Mme Kader. J’étais tout heureux que ma petite femme vienne me dire un petit bonjour. Tu étais de ¾. Je m’approche de toi, je n’en ai pas cru mes yeux, je te vois fascinée par un joli petit blanc, plus loin, qui, un article en mains, baisse les yeux, lève les yeux, alternativement. Je m’en voulais de te donner l’impression de te surveiller, j’ai dit timidement : Ziya. Sans un regard pour moi, tu m’as demandé où était la semoule de blé dur. Tu savais que j’étais là, tu ne quittais pas le petit blanc des yeux, comme si aucun petit blanc ne t’avait jamais regardée, que tu ne voulais pas laisser échapper cette bonne fortune. Comme un imbécile, humblement, je t’ai dit où était la semoule de blé dur. Le petit blanc, voyant que je le regardais, a disparu, et toi, tu es partie de ton côté, sans me jeter un regard. .. .. A quoi sert que sur ta demande, j’échange ma place de boueux contre une place de technicien d’approvisionnement ? C’est comme ça que Mme Kader traite son mari ? (avec violence, il va sur Ziya, et du plat de la main, la frappe avec force sur la tête partout où il peut, elle se protégeant de ses bras) Celui qui donne ses yeux, donne son âme. Tu n’as aucun honneur. Comment peux-tu trahir ta race ? Traînée. Je ne m’avilis pas assez, il faut que tu m’avilisses plus encore. Femme de mauvaise vie. Prostituée.

Soudain, Ziya se lève. Ziya.- (avec violence) Et toi ? Et toi ? Hussein.- (reculant, avec crainte) Quoi et moi ?

Ziya.- A midi ? Je t’attends, je fais le repas, je mets la table. Tu arrives, tu t’assieds. Tu es face à moi, à quoi tu passes ton temps ? Tu t’absentes, tu as les yeux ailleurs. Où ton esprit traîne ? Tu t’attardes au magasin ? A qui tu penses ? A cette charcutière, avec laquelle je t’ai vu parler et rire ? Tu crois que ça me fait du bien ? (elle va sur lui, du plat de la main, elle le frappe sur la tête où elle peut, Hussein, les bras le protégeant, échoue dans le canapé de toile) Sale bicot. Maquereau Sale biouf. Sale sidi.

Hussein.- Chérie Ziya.- (elle le frappe, en rage) Continue tes chéri, je vais te caresser les côtes.

Hussein.- Mon chou.

Ziya.- (continuant à la frapper, en rage) Ton chou te rentre dans le chou.

Hussein.- Mon adorée.

Ziya.- (idem) Arrête. Tes sucreries me donnent des caries.

Hussein.- Mon trésor

Ziya.- (idem) Un trésor de claques, oui.

Soudain, Hussein se lève, furieux. Ziya recule.

Hussein.- Mais qui m’a foutu une grognasse pareille ?

Ziya.- (fondant, souriante, écartant les bras, comme une chose d’évidence) Voilà. .. ..(elle va vers lui, lui entoure le cou de ses bras)Mon chéri. Ils s’embrassent furieusement.Un peu plus tard, au lit, Ziya, couchée de côté contre son mari, Hussein, les bras contre le mur.

Hussein.- (nu, une serviette autour des reins, se levant, à la fenêtre) Côté cour, une mer de barres et de tours. (à travers la porte ouverte de la cuisine) Côté rue, un mer de barres et de tours. Nous traînons la cité après nous, comme une infirmité. Catalogués à jamais : arabes d’une cité. …(s’agenouillant) Par pitié, je ne suis pas exigeant. Qu’on ne nous remarque plus. Qu’on se perde dans la foule. Qu’aucun regard ne pèse plus sur nous. Qu’on soit inconnus parmi des inconnus. N’être plus des Arabes parmi des Arabes, mais n’importe qui parmi n’importe qui. (levant les bras au ciel)Je ne demande pas grand chose.

Ziya.- Benkader, tu as tort de te plaindre. Hussein la regarde, interrogatif.

Ziya.- (comme une chose d’évidence) Tu m’as.

Hussein.- (éclatant de rire, se précipitant sur elle) Les deux bosses de ce chameau sont gonflées. (il saute sur le lit, ils se donnent pour rire de petites tapes)

Scène 3.

Scène 1Scène 2Scène 3

SRPJ. Le bureau d’Egletons, il donne un rapport à un agent : A Mr le Préfet, en mains propres, avec la sirène.On entend la voiture avec la sirène partir. Il garde le deuxième rapport en main. Il téléphone de son portable.

Egletons.- Karima. Karima La voix de Karima.- Egletons. Egletons.- Tu es prête ? La voix de Karima. – Je suis prête Egletons.- Le rapport au Préfet a été envoyé. Je porte le second à Tétras. (il regarde une carte postale du château des Princes à Vaduz, coincée dans le cadre de la photo du Président de la République) On te remercie de ta carte du Liechstenstein.  voix de Karima.- J’ai été si contente de ces trois jours. Egletons.- Nous de ta carte… … Je te donnerai le signal.Il place le téléphone dans sa poche, et sort vers le bureau de Tétras. 2.Dans le bureau de Tétras, Tétras lisant le rapport d’Egletons. Tétras. – Tu as déjà envoyé le rapport au préfet ? Egletons.- Suivant ses ordres. Tétras.- (attristé) Où est notre bande d’autrefois ? Il n’y avait pas de femmes dans la police. On était unis comme un poing. Egletons.- Comme un poing, vous dites bien. Nous étions des brutes.

Tétras.- Qu’est-ce qu’on se pintait. Qu’est-ce qu’on cocufiait de types. C’était la fête en continu.

Egletons.- Il y a eu de certaines séances, dont le souvenir me fait honte.

Tétras.- Toute la France allait le dimanche à la messe. Il n’y avait autour de nous que des blancs.

Egletons.- Je n’ai pas gardé de cette époque, un si bon souvenir. Téléphone, Tétras prend le combiné.

La voix du Préfet.- Commandant Tetras. Le Préfet.

Tétras.- (se levant, rectifiant sa tenue) Monsieur le Préfet.

La voix du Préfet. – Vous avez reçu comme moi le rapport du capitaine Egletons.

Tétras.- Je l’ai sous les yeux, Monsieur le Préfet.

La voix du Préfet.- Dans deux heures, perquisition simultanée du dépôt-vente de Choucas et du pavillon de chasse de Baronnies. Baronnies, ce sera pour le capitaine Egletons et le lieutenant Mourad : je leur envoie au SRPJ un maître-chien, un expert administration et assez de gendarmes pour encercler le pavillon. Choucas, ce sera pour vous, commandant : je vous envoie un expert administration, un maître-chien et assez de CRS pour encercler le dépôt-vente. Lorsque dépôt-vente et pavillon seront encerclés, vous me téléphonerez. Mes ordres écrits vous parviennent par moto.

Tétras.- A vos ordres.Tétras raccroche. Il se saisit de son blouson civil, et se hâte vers la porte. Tetras.- S’ils arrivent quand je ne suis pas là, reçois-les. Je reviens. (Il sort) Egletons va vers la fenêtre, et voit Tétras monter dans sa voiture jaune. Il prend son portable, fait un numéro. Egletons.- (téléphonant) Karima. Karima. La voix de Karima.- Egletons. Egletons.- Tetras vient de partir en blouson civil dans sa voiture personnelle. La voix de Karima. – Je le suis. Egletons.- Je croise les doigts. Terminé. Il raccroche, sort, attend. Arrivent deux maîtres-chiens. On voit apparaître les cars de CRS.

3. Dans une rue, la voiture jaune de Tétras, qui regarde, furieux, dans son rétroviseur. Derrière lui à deux voitures, sur un scooter, un Beur, en survêtement, baskets, casque couvrant, visière blancs, fait de prodiges, doublant à droite, à gauche, lançant son scooter en l’air pour ne rouler que sur la roue arrière, le doublant même lui-même en faisant le singe, faisant entendre à pleine puissance un disque de rap .

Le disque.- Y a un temps pour tout mon frère, y a un temps pour pousser son premier cri un temps pour pousser son dernier soupir, un temps pour s’avoir à la bonne un temps pour s’avoir à la caille. Y a un temps pour tout mon frère, un temps pour envier jalouser un temps pour admirer s’émerveiller, un temps pour s’serrer la ceinture un temps pour s’mettre plein la gueule. Y a un temps pour tout, mon frère, un temps pour haïr exécrer un temps pour aimer chérir, un temps pour verser pleurer gémir un temps pour s’taper sur l’ventre rigoler. Y a un temps pour tout mon frère, un temps pour s’angoisser se dévorer, un temps pour vivre la paix dans l’âme, un temps pour coucher un temps pour découcher. (Puis le CD reprend au début)

Le Beur dépasse Tetras, fait le guignol devant sa voiture, Tétras rage, accélère dépasse le Beur, montrant le poing. Le Beur se retrouve à trois voitures plus loin, à continuer de faire le guignol. Tétras se range de côté devant une poste, descend, va vers une des trois cabines de téléphone public accolées. Le Beur, CD hurlant, dans un virage dérapant, s’arrête pile derrière le triple téléphone, arrête le CD, sans regarder Tétras, va dans la cabine qui jouxte la sienne. Tétras, furieux, lui tournant le dos, colle son dos à la paroi qui les sépare, saisit le téléphone. Le Beur sort du blouson de son survêtement, un minuscule magnétophone transmural, colle la ventouse du micro bas sur la paroi, met en route le magnétophone. Tétras tape le numéro, de la cabine du Beur, on entend le bruit des touches, puis le bruit de la tonalité de chaque chiffre, puis les sonneries, quelqu’un décrocher, une voix féminine dire : Etude de Maître Ecot, j’écoute, Tétras répondre : Commandant Tétras, la voix dire : J’écoute, Tétras répondre en lisant le numéro de la cabine, et raccrocher, poussant la porte, prendre une cigarette , fumer et attendre, en tournant le dos au beur.

Le Beur.- (au téléphone, d’une voix aiguë) Quoi ? .. .. T’es où là ?.. ..Moi, ch’suis, ch’sais pas où. Où qu’t’as dit qu’t’étais ? Ch’t’crois pas. Ah… … Di-don, dans la bicane à côté, y a un bidard, t’sais c’qu’y fait ? Y tube le numéro de la bicane, qu’est tartiné en haut, y raccroche, y attend qu’on le pelle. Téfu téfu. (à côté, le téléphone sonne). ..Dis don, t’as des choses à m’bonnir. J’t’gourdesse. (le Beur se met le dos à la paroi, Tétras et lui sont dos à dos) Ouais (Tétras décroche) Tetras.- (à voix étouffée, mais par le magnétophone, distincte, déférente) Monsieur Baronnies.

La voix de Baronnies.- Tétras ?

Tétras.- Alerte rouge. Dans une heure, vous serez encerclé. Ils viennent perquisitionner chez vous. Je crois que j’ai été balancé.

Voix de Baronnies.- Chacun pour soi, Tétras.

Tetras raccroche, sort, fumant, rêveur, va à sa voiture, jette un coup d’œil sur le Beur, qui dans sa cabine gesticule à la méditerranéenne, et s’en va. Le Beur coupe le magnétophone, ôte la ventouse, enfourche le scooter, et bondit par une rue.

Scène 1Scène 2Scène 3

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