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19. La Mauresse

Acte 2

Scène 1.

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Paris. La cité de la Courneuve. La barre 13, escalier C, 11°étage, un F3. Le salon, canapés, poufs, tapis berbères. La fenêtre et la porte-fenêtre, aussi larges que le salon, donnent sur un balcon, lui aussi large que le salon, qui donne sur une mer de barres et de tours. Sur le balcon, Aïcha et Youssouf Murat, la mère et le père, le père fumant une cigarette, penchés sur la balustrade, guettent quelqu’un. Soudain, Aïcha, expansive : la voilà, pose sa main sur l’épaule de son mari,toute émue rentre, et va vers la porte. Youssouf ôte la braise de sa cigarette sur un cendrier placé sur une table en fer, range le reste de la cigarette soigneusement dans le paquet, rentre à son tour, et reste dans le salon, se tournant vers l’entrée, est prisxd’une longue quinte de toux.. A l’entrée, Aïcha accueille une Karima, vêtue d’un jean bleu et d’une chemise bleu flottant par-dessus le jean : elles se précipitent dans les bras l’une de l’autre, s’étreignent, des larmes coulent de leurs yeux.

Aïcha.- Karima. Karima.- Maman. Karima va vers son père. Ils s’étreignent tous les deux de même. Karima.- Papa. Youssouf.- Tu as eu ton concours de lieutenant de police ? Karima.- C’est à toi que je le dois : tu m’avais offert ma chance. Merci, Papa. Youssouf.- C’est toi, par ton travail, qui t’es offert ta chance. J’aurais préféré que ce soit un de tes frères. Tu habites Paris ? Karima.- Un studio dans le 20°. Pas loin de l’appartement de 4 pièces, où vous allez bientôt emménager. Aïcha et Youssouf sont sans voix.

Youssouf.- Moi, jamais. Ne compte pas sur moi pour habiter ailleurs qu’ici. La cité, c’est de moi. Ce serait un déshonneur que d’habiter ce que je ne me suis pas payé.

Youssouf est pris d’une quinte de toux, quitte le salon en fermant la porte. On l’entend tousser avec force, entrer dans la salle de bains, en fermer la porte, on l’entend, de loin, tousser et cracher.

Aïcha.- Il a été licencié hier. Il se retrouve chômeur. Celui qui avait acheté l’usine il y a huit mois, Mr de Saint-Junin vient de la revendre. Il a dit à la télé : « L’économie est notre maîtresse à tous. C’est elle qui m’a mis en demeure de dégraisser l’entreprise. Il faut que l’entreprise redevienne compétitive. Il y allait de sa survie. »

Karima.- Etranger, à son âge, il ne retrouvera pas d’emploi.

Aïcha.- Il fume encore plus. Il refuse toute chimiothérapie et toute radiothérapie.

Karima.- (fondant en larmes) Malheur, Maman.(elles s’embrassent. On entend Youssouf tousser, quitter l’appartement) Aïcha.- (les larmes aux yeux, pour changer de sujet) Comment tu trouves mon français ? J’ai mis à profit ton absence. J’ai suivi des cours de rattrapage à l’Université Populaire. Je pense en français, on dit même que j’ai perdu l’accent. La patience que la fille a eue avec la mère, la mère l’a eue avec elle-même. Karima.- (l’embrassant) C’est bien, Maman. On entend une clé ouvrir la porte d’entrée.

Aïcha.- Soliman.

Entre Soliman, qui, de loin, regarde sa sœur, ironique, Karima va à lui, l’embrasse, mais Soliman, bras pendants et tête droite, reste de bois.

Soliman.- Traîtresse. Judas. Ganelon. Flavius-Josèphe. Keufesse. Filckesse. Transfuge, t’as pas honte ? Quitté le camp des opprimés quitté des oppresseurs ? Officier subalterne en plus : aux ordres de ceux qui contre nous donnent des ordres ?

Karima.- Tu es capable de déposer ta rébellion un instant, Soliman ? Soliman.- Je sais ce que tu vas dire. Karima.- Si tu t’en assurais ?.. ..Tu fais la loi dans les barres et les tours avec ta bande, mais, passé les limites de la cité, qu’est ce que tu es ? Hors la loi. Zéro. Pas même zéro : délinquant. Tu tapes ta tête contre les murs, aux murs tu fais rien, c’est ta tête qui prend. Un gosse, qui donne rageusement du pied contre la porte de sa chambre : il n’abîme pas la porte et se fait mal aux pieds… … Tu imagines ton avenir ? A 40 ans ? Rebelle démodé ? Les jeunes derrière toi te diront : écarte-toi, pépé. Tu te vois, rebelle, faire valoir tes droits à la retraite.

Soliman.- Et qu’est ce que je devrais faire ? Quels emplois je peux postuler ? Diplôme : zéro. Titre : âne bâté. .. .. Bien que je peinais, suais, les maths, la physique, les sciences, la clé des études, pour moi, c’était du chinois. Jugé et condamné sur un savoir, que je n’ai pas compris, et qui plus est, ne sert à rien dans la vie quotidienne. … .. Et parce que, moi, noble berbère, malgré moi je suis intitulé âne bâté, ils me logent dans des baraques avec leurs épaves. Seuls emplois offerts : boueux, agent de la sécurité, bateleur, bouffon. Mieux vaut n’être rien, que cette chose vile et servile. Plutôt que domestique, de mille fois rebelle. Soumis, nous n’existons pas, insoumis, nous existons… Tiens, toi la bavarde, parle, conseille-moi. Qu’est ce que je dois faire ? Offre-moi un emploi digne d’un fils de famille, je le prends tout de suite.

Karima se tait. Soliman éclate de rire.

Soliman.- (levant la main) Si je te revois, ce sera caillou contre matraque.

Soliman sort, au moment, où une clé ouvre la porte d’entrée. De loin, il dit : Encore une autre : ta sœur Ziya la battue. Entre Ziya, avec des lunettes de soleil, habillée d’un jean et d’un polo noirs. Elles vont l’une vers l’autre, s’étreignent. Ziya.- Ma Karima. Karima.- Ma Ziya. (elle lui ôte les lunettes de soleil, découvre à l’oeil gauche un assez grand coquart violet) Ton mari ? Ziya.- (remettant ses lunettes de soleil )Tranquillise-toi. Je lui ai rendu. Karima.- La 1ère fois est la fois de trop.

Ziya.- Je l’avais bien cherché. [en deuxième image, on voit la scène qu’elle décrit] En ville, boueux, en sale salopette, en gants puants et répugnants, il était à vider les poubelles et courir après la benne à ordures, quand il m’a vue : je faisais la jeune fille à flâner en ville, tu te doutes que je n’étais pas en habits de tous les jours. Quand on est mariés pour le meilleur et le pire, ce n’est pas à l’un de garder le meilleur, et laisser le pire à l’autre. Il m’a rendu ce que je lui avais prêté… …(allant à Karima et l’étreignant) Ma Karima. Tant de diligente attention de leur savante sœur aînée à ses frères et sœur si incultes. De ton beau monde, tu nous fais la faveur de descendre dans notre vilain nôtre.

Karima.- Vous êtes mes seuls trésors.

Ziya.- Tes stages, raconte.

Karima.- Tu ne peux pas savoir combien souvent j’ai été tentée de décrocher et de vous revenir : paradoxe, c’est vous qui étiez loin, qui me reteniez de vous revenir. .. .. Heureusement que j’avais démarré en aveugle, quand je pense à ce que j’ai vécu, j’en ai des sueurs.

Ziya.- (l’embrassant) J’aimerais que tu me promettes une chose, que tu penses à toi.

Karima.- Je ne pourrais penser à moi, que quand je n’aurais plus à penser à vous.

Ziya.- Je retrouve l’abri où je me réfugiais. Tu es ce qui me fait vivre.

Karima.- (questionnant) Aziz ?

Ziya.- (du doigt indiquant le plancher) 2ème sous-sol. Dans la chaufferie. Toque deux fois deux coups.

Karima.- (à sa mère) Maman comment s’appelle ce raider qui a acheté l’usine de papa pour la revendre ?

Aïcha.- Mr de Saint-Junin.

Karima.- Je te revois demain

Toutes trois enlacées vont vers la porte d’entrée.

Scène 2.

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Même barre. 2ème sous-sol. Karima, dans les couloirs du sous-sol, cherche, au bout d’un couloir trouve une porte fermée, toque deux fois deux coups. De l’intérieur, quelqu’un, avec un bout de bois, pousse le verrou. Karima entre : couché sur un matelas dégoûtant, sur lui un autre matelas, deux couvertures sales, un manteau poussiéreux, sur la tête, un bonnet de laine poussiéreux, Aziz, barbu, blanc, malpropre, les iris comme des pointes d’épingles, en la voyant hoche la tête. Karima entre, contemple le tableau : par terre, à côté du matelas, une louche, une seringue sur un torchon, un briquet, un paquet de dose ouvert, une bouteille d’eau.

Aziz.- Tuez le veau gras, la fille préférée de sa maman, la fille modèle, l’aînée exemplaire, est revenue sur les ruines de ses frères, récolter les honneurs du triomphe. Karima s’assied sur une caisse de bouteilles de bière poussiéreuses, montre la seringue. Karima.- Tu en étais à la cigarette de maijuana. Aziz.- J’ai pris du grade. J’ai monté petit à petit d’échelon. Je suis passé à la pincée de coco, à l’héroïne en prise, à l’héroïne en sous-cutané, enfin sur la plus haute marche du podium, l’héroïne en intra-veineuse. J’en suis au maréchalat des drogues. Karima regarde en silence le matelas qui le recouvre.

Aziz.- (montrant sa poitrine, sale) C’est la crasse qui me tient le plus chaud, c’est la première couverture… …(Karima, respirant, malgré elle fait une grimace, Aziz ôte matelas, couverture, montre qu’il a fait dans son pantalon) Eh oui, ton frère a tellement régressé qu’il fait dans son pantalon. Un cloaque, un collecteur d’égout, vers qui se déversent, en tourbillons les déchets semi-liquides, semi-solides.… .. .. Celui qui n’a plus de nom tellement il n’est plus rien. Démis de tout honneur, de toute honnêteté. Ce que le plus pauvre tient à honneur de gagner par son travail, son pain, je le mendie à l’Etat, aux Restos du Cœur, au Secours Populaire, au Secours Catholique, par contre mon superflu, qui me nuit en plus, je le paie cher de bon argent, qui pis est, que je vole… …(véhément) A qui la faute ? A qui la faute ? Par leur culture, au collège, ils ont fait mon âme vaste, fière, orgueilleuse, exigeante. Ils ont creusé mon âme de grandes faims et de grandes soifs, et pour la rassasier, ils ne me donnent que des miettes. Pour tout avenir de gloire, ils m’offrent d’être un petite gen… (empoignant sa seringue) Je ne fais que répondre à cette haute opinion, qu’ils nous ont donnée de l’homme… .. Et les femmes, et les femmes. Le troupeau des femmes court après les beaux riches blancs, nous, les pauvres Arabes timides, nous courons derrière elles : toutes celles qui restent à la traîne, les cageots, les boudins, les salamis pur porc, c’est pour nous. Les femmes n’existent pour moi, que vieilles, et encore, quand elles ont un sac ouvert, et encore, quand dans le sac ouvert, il y a un porte-monnaie… .. (un silence, il la regarde) Je sais ce que tu penses. Tu crois que je suis faible, sans volonté, tu te trompes, je suis capable de me sevrer. Je me désintoxique facilement, ce que je ne peux pas : rester désintoxiqué. De ses rêves somptueux, se réveiller dans le sordide, la haine, la honte, l’humiliation, on n’a plus qu’un désir : se rendormir… … Tu sais pourquoi les papas blancs font tellement la chasse à la drogue ? Ils ont peur que leurs fi-fils, se dégoûtant du misérable avenir qu’ils leur offrent, cherchent une échappatoire : à cette seule idée, ils paniquent. « Tu possèdes les clés du paradis, ô juste, subtil, puissant opium ». Veux-tu que je te dise ? Les petits blancs sont comme nous. Karima a des larmes qui lui viennent aux yeux, que, tournant la tête, elle ôte de ses doigts.

Aziz.- C’est la première fois que quelqu’un pleure sur moi. (criant) Arrête de pleurer, tu vas me faire pleurer. .. .. L’effet te dégoûte, moi c’est la cause qui me dégoûte. Débarrasse-moi de la cause, je te débarrasserai de l’effet. Donne-moi, pour que je ne me pique plus, une aussi forte raison que celle qui fait que je me pique, et je ne me pique plus… .. Dis, tu as à me proposer à vivre, quelque chose d’aussi fort que la drogue ? Je prends, je prends… .. Fous le camp, c’est toi qui finiras par être mon problème… …(elle se lève, il la rappelle) Si tu étais compatissante, tu me donnerais un peu de pèse pour un peu de poudre. Karima se tait, le regarde.

Karima.- Qu’est ce que tu ferais à ma place ?

Aziz.- A ta place ? (réfléchissant, en colère) Je dirais : ça va pas ? Tu veux que je t’enfonce dans ta défonce ? Tu es déjà moribond, tu veux que je te donne en plus l’extrême-onction ? N’attends pas cela de ton frère, ma sœur. .. .. Mais c’est à toi, que je demande de te mettre à ma place. …. .. Cesse de pleurer, tu m’agaces. Il n’y en a qu’un qui a le droit de pleurer sur moi, c’est moi. Karima s’agenouille devant Aziz, et lui prend la main.

Karima.- Que je suis heureuse de vous retrouver tels que je vous ai laissés, Soliman et toi.

Aziz.- En plus, tu nous mords de tes méchants sarcasmes ?

Karima.- Est-ce de mon style ? As-tu jamais souffert de mes traits blessants ? Je vois que vous vous attaquez toujours avec une belle obstination, et que vous vous résistez toujours avec la même opiniâtreté. Je viens à temps pour essayer de me rendre utile.

Aziz.- Pitié, non. Fais-moi plaisir, reviens pas. Ta vue me fait pas de bien. Elle blesse et souligne encore ma déchéance. Réserve ta gentillesse pour toi, à moi elle ne fait pas de bien.

Karima.- A bientôt.

Aziz.- A jamais. A jamais.

Sort Karima, dans le couloir de la cave, elle l’entend crier : à jamais.

Scène 3.

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Passy. Vaste et luxueux hôtel d’aristocrate, dans un parc privé. Vaste salon : portraits d’ancêtres, épées au mur, armoiries « rapace planant sur fond d’azur » « Voult li moïens, qui voult li fin », maquette du château. Debout, Jaufret de St-Junin, en polo et jean,usagés mais propres en voie de partir, la comtesse de St-Junin, pleurant.

Jaufret.- Pour assécher tes pleurs, je ferais bien de t’assécher de ma présence.

La comtesse.- Te voir si maigre. Habillé par ce temps d’habits d’été. Quand je pense à ton étroite mansarde poussiéreuse.

Jaufret.- Qu’est ce que tu as contre ma mansarde ? C’est un paradis. Au-dessus de moi, je n’ai plus que le ciel. Tu pleures de ce que je sois heureux ?

La comtesse.- Tu as été habitué si longtemps à une vie plus douce.

Jaufret.- Je ne supporte plus la vie si douce, tu peux le comprendre ?

Apparaît St-Junin, à la porte du salon.

Jaufret.- (à son père)Papa, ta dernière OPA hostile contre la SOCOUTIN m’a été en plus hostile à moi. Est-ce que tu sais combien ton bénéfice représente de salaires de tes ouvriers et de tes employés licenciés ?

St-Junin.- Lorsqu’une entreprise est obèse, pour qu’elle redevienne alerte et vivante, il faut lui faire faire un régime. C’est une loi économique. .. .. Si je ne l’avais pas fait, un autre l’aurait fait.

Jaufret.- Pourquoi ne pas laisser faire l’autre ?

St-Junin.- Pourquoi ne pas le faire, soi ? .. .. J’aurais plutôt attendu que tu me félicites de l’œuvre entreprise. .. ..Au lieu de quêter bassement auprès de nos anciens serfs et manants des droits d’entrée, des visites guidées, des souvenirs, un spectacle son et lumière de notre château, noblement je me bats sur le nouveau champ de bataille de la Bourse. Et je gagne. Mon fils me fait grief d’avoir rétabli le nom et la race de St-Junin dans sa puissance d’autrefois, et sa mère lui emboîte le pas. Je vous trouve bien ingrats.

Jaufret.- Autrefois, les nobles, défendaient la veuve et les orphelins, aujourd’hui, vous faites des veuves et des orphelins. J’ai téléphoné au chef du personnel. Le premier qui avait été embauché par l’usine, Youssouf Mourad, un Marocain, est de la charrette. Il est atteint d’ un cancer au poumon, en phase terminale. Il est âgé, étranger, jamais il ne retrouvera de travail.

St-Junin.- Respecte le principe de réalité, Jaufret. Mourir du cancer est une mort comme une autre. Il indique qu’on n’est plus à sa place sur terre.

Jaufret.- Tu as un caillou à la place du cœur.

St-Junin.- Je te signale que toutes ces nobles idées, tu les as acquises dans les écoles privées, que je t’ai fait fréquenter à grand coût. Tout ce capital de faux humanisme que tu t’es constitué, et au nom duquel tu me renies, c’est à mon argent que tu le dois.

Jaufret.- Tant que je n’étais pas fait, j’étais de toi, ma vie était à toi. A présent que je me suis fait, ma vie est mienne. Permets que j’en dispose.

St-Junin.- N’empêche, tes idées contre moi, c’est à moi, par l’éducation que je t’ai payée, que tu les dois.

Jaufret.- Si je me démarque de toi, c’est donc à toi que je le dois. Tu n’as à t’en plaindre qu’à toi. .. ..Tu n’es plus une bonne fréquentation, Papa. Salut.

Il sort, suivi de la comtesse, qui pleure.

Scène 4.

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Paris. SRPJ. La salle de briefing, porte ouverte. Le commandant Tetras, le capitaine Egletons, le lieutenant Karima Mourad. On entend de la rue des motards, une voiture arriver, deux portières de voiture claquer, dans le hall d’accueil des talons claquer. Entre le Préfet, son chef de cabinet, un Colonel de CRS.

Le Préfet.- (à Tétras) Commandant, bonjour. Tétras.- (rectifiant sa tenue) Monsieur le Préfet. Le Préfet.- (à Egletons) Capitaine. Egletons.- (idem) Monsieur le Préfet. Le Préfet.- (à Karima Mourad) Lieutenant. Karima.- (idem) Monsieur le Préfet. Le préfet, allant en tête de table, fait signe à tous de s’asseoir.

Le Préfet.- Commandant, capitaine, lieutenant, nous avons voulu nous joindre à vous sur votre terrain, afin que tout le monde sache que nous agissons tous de concert. Cette malheureuse mort par overdose de ces deux jeune filles de la cité nous interroge au premier chef. Le public et la presse attendent de nous que nous y répondions. …Contre les causes de la toxicomanie, nous ne pouvons rien : la réflexion même sur ce sujet n’est pas de notre ressort. Ses effets seuls sont de notre tâche… …Veuillez nous faire part, commandant, de votre action contre les effets de ce fléau.

Tétras.- A la suite d’une campagne de surveillance de 3 semaines, nous avons pu repérer et identifier dans la cité 5 dealers. Le Préfet.- Est-ce vous en personne, commandant, qui avez assuré cette surveillance ? Tétras.- (un peu désarçonné) Je l’ai commandée. Le Préfet.- Qui l’a faite ? Tétras.-Le capitaine Egletons et le lieutenant Mourad.

Le Préfet.- Permettez, commandant, j’aimerais le récit non du poste de commandement, mais du soldat. Capitaine Egletons.

Egletons.- Comme l’a dit le commandant, nous avons repéré et identifié de façon sûre, au bas de deux tours et de trois barres de la cité, 5 dealers. Le Préfet.- Quelles sont vos intentions ? Les arrêter ?

Egletons.- Avec votre permission, non, Monsieur le Préfet, pour deux raisons. La première, c’est qu’il est impossible de les prendre en flagrant délit. Pour vendre leurs doses, les cinq procèdent de la même façon : [on voit en moitié d’image la scène décrite] si un acheteur se présente, il se fait d’abord connaître ou reconnaître ; ensuite, s’ils conviennent de faire affaire, ils se serrent la main : nous pensons qu’alors l’argent change de main ; le dealer parle à l’oreille de l’acheteur, s’éloigne ; ensuite, l’acheteur va se servir de sa dose, là où le dealer l’a cachée : dans un trou de mur, collée sous une balustrade, sous une boîte à lettres, l’endroit change tout le temps. Il n’est pas possible d’arrêter le dealer en flagrant délit ?.. .. La deuxième raison et que le lieutenant Mourad et moi, nous avons le projet de remonter la filière et d’arrêter plus gros… … Un progrès a déjà été réalisé dans ce sens. Le lieutenant Mourad a eu l’idée d’acheter à chacun de ces 5 dealers une dose. Elle a envoyé les 5 doses au labo pour analyse : le labo a certifié que les 5 doses contenaient exactement le même mélange de poudre, soit 3 parties de mannitol pour 2 parties d’héroïne. Nous en avons conclu que les 5 dealers se fournissaient chez le même demi-grossiste, et qu’il nous semblait, en conséquence, que nous n’avions plus à surveiller qu’un seul des 5 dealers. Voilà où nous en sommes.

Le Préfet.- Parfait. Excellent. Continuez, vous êtes sur la bonne voie. .. .. A l’autre bout de la chaîne, avez-vous des projets, concernant les toxicomanes, commandant ?

Tétras.- Le lieutenant Mourad est en train de dresser une liste des toxicomanes, susceptibles de mettre leur vie en danger, ceux qui résident dans les sous-sols des immeubles.

Le Préfet.- (se levant,aux trois) Tout cela me plaît on ne peut plus. (à Tétras) Commandant : ne vous laissez pas intimider par les médias : la poursuite des trafiquants est une œuvre de longue haleine… … (à Egletons et à Karima) Capitaine, lieutenant, à partir de maintenant, outre le rapport que vous devez à votre Commandant, je veux que vous m’envoyiez, sur-le—champ, directement, le double. Je veux être informé, sans perdre une seconde, de votre main, de ce que vous faites à la fois contre les trafiquants et contre les toxicomanes.

Egletons.- A vos ordres, Monsieur le Préfet. Le Préfet.- Commandant, capitaine, lieutenant. (eux claquent des talons) Le Préfet sort, suivi de son chef de cabinet. Dans le hall, claquements de talons. La voiture démarre, puis les motards.

Tétras.- J’oserai dire tout haut, ce que, dans votre peur de la hiérarchie vous n’osez dire tout bas. Je suis pour la vente libre de l’héroïne. Si les Arabes veulent s’empoisonner, qu’ils s’empoisonnent et bon débarras. Que ces déchets se jettent eux-mêmes à la décharge publique, ils feront œuvre de salubrité publique. Qu’ils s’élèvent vers les cieux dans leur char de feu, comme Elie, qu’ils y restent et n’en descendent plus. La poudre est le meilleur des insecticides, qu’ils se l’administrent et qu’ils meurent comme des punaises, toute la France vivra mieux. Vive l’héroïne démocratique, à la portée de toutes les bourses… … (Egletons et Karima se taisant) Voulez-vous que je vous dise ? Vous avez peur du Préfet. Vous êtes des lavettes. .. .. A vos trous à rats.

Tous sortent.

Scène 5.

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Dans le sous-sol d’une barre, par un soupirail empoussiéré, Egletons observe le dealer de l’autre côté de la rue. Karima surveille le couloir du sous-sol. Egletons sort de la poche intérieure de son blouson une carte postale avec une vue du rocher du Bock, et la montre à Karima.

Egletons.- Karima. On vous remercie de votre carte du Luxembourg. Karima.- J’ai été si contente de mon séjour, que j’ai voulu partager avec quelqu’un mon contentement.

Egletons.- Nous avons partagé. … …(observant le dealer) Ah. Quelque chose de nouveau. Karima va à la fenêtre. Tous deux voient un client avec un paquet dans les mains, aller venir devant le dealer, regarder autour de lui, l’aborder enfin. Palabre : le dealer regarde le paquet, semble très réticent. Le client s’éloigne avec le paquet, le dealer le rappelle, prend le paquet, parle à l’oreille au client, va plus loin. Le client va droit au soupirail d’Egletons. Egletons et Karima s’écartent vivement. Le client décolle une dose dans un sachet en plastique collé sur le rebord du soupirail, et s’en va.

Egletons.- Il le paie en nature. .. ..Est-ce qu’il va monter le paquet chez lui ?… … Le dealer s’éloigne par le milieu de la rue.

Egletons.- Karima, le scooter, il faut le suivre. (Karima court, Egletons courant après elle) Il prend le chemin entre les deux usines désaffectées. Prends-le à la sortie du chemin.

Karima sort du sous-sol par l’arrière de la barre, va à un scooter parqué parmi d’autres, ouvre le coffre, met le casque, fait démarrer le scooter, file. On la voit arriver à l’arrière d’un immeuble, guetter la sortie du chemin entre les deux usines désaffectées. Au bout d’un moment arrive le dealer porteur du paquet, qui se tourne pour voir s’il est suivi. Karima le suit, parallèlement. Enfin le dealer, passant par derrière arrive à un entrepôt DEPOT-VENTE CHOUCAS. Devant le dépôt-vente, vaste parking avec les voitures et les camionnettes des clients. De loin, d’entre les voitures, Karima voit le dealer entrer ; le comptoir étant près de l’entrée, Karima voit le dealer poser le paquet, un homme assez petit, chauve, tout en chair et en muscles, qui fait turc, ouvrir le paquet, l’examiner, taper les références sur son ordinateur, questionner le dealer, taper à nouveau, pour finir donner une fiche au dealer, qui sort. Karima reste un moment en observation, dit : Tiens tiens, un des quatre autres, voit un des quatre autres dealers entrer, les mains vides, s’arrêter devant le comptoir ; sans mot dire, l’homme qui fait turc s’enfonce dans le magasin, le dealer le suit, ils disparaissent. Peu de temps après, le dealer réapparaît, une main dans la poche, sort du dépôt-vente, l’homme qui fait turc retourne à son comptoir. Karima démarre va plus loin, prend son téléphone portable.

Karima.- (téléphonant) Egletons. Nous avons le demi-grossiste. .. ..Ne pensez-vous pas que nous devrions taire la découverte au commandant ? Egletons.- (riant) Je propose que nous leur offrions le paquet ficelé. Tous deux rient.

Scène 6.

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Au dernier étage d’un entrepôt délabré, assez éloigné du Depôt-Vente, par le trou d’un épais carreau de vitre, Egletons, armé de fortes jumelles, observe l’entrée du dépôt-vente, le comptoir, les clients. Deux des dealers entrer, disparaître avec l’homme qui fait turc souk, ressortir la main dans la poche. Apparaît aux jumelles, une SDF, longs cheveux blonds, piercing, pantalon commando, polo sale, couverture en travers de l’épaule comme les soldats de 14, chien loup en laisse, porteuse d’un paquet.

Egletons.- (marmonnant) Quel malheur. A cet âge.

La fille entre, un peu à l’écart, regarde avec méfiance le comptoir. L’homme souk prend d’un client un tableau et une console, entre les deux articles dans l’ordinateur, donne au client sa fiche, range derrière lui les deux articles dans une petite remise, observe la SDF, l’invite. Il coupe les liens du paquet avec un cutter, défait le paquet, c’est une télévision portative neuve, sans discussion entre les références, donne la fiche à la SDF. La SDF s’enfonce dans le magasin. Au bout de longues minutes, elle réapparaît avec son chien, sort. L’homme qui fait turc sort derrière elle, la suit des yeux.. La SDF se dirige vers les usines désaffectées. L’homme qui fait turc, tranquillisé rentre. Au bout d’un certain temps, Egletons jumelles aux yeux, entend un bruit en bas, dans son entrepôt. Il se cache. Des pas se rapprochent. Apparaît la SDF, sans le chien.

Egletons.- (en colère) Qu’est ce que tu traînes n’importe où ? Retourne chez tes parents. La SDF.- (sur un ton de reproche) Egletons. Egletons va à elle. Elle ôte perruque, piercing, de la couverture sort un rouleau de papier, dont elle arrache des sections, dont elle se nettoie le visage. Apparaît Karima. Egletons.- (n’en revenant pas, en faisant le tour, regardant attentivement son visage) Ca, alors. Où tu as appris ça ?

Karima.- J’ai fait du théâtre autrefois. .. .. L’homme du comptoir est le patron, Choucas. [en demi-image on voit ce qu’elle décrit]Il vend de tout, du meuble démodé au téléphone portable. Il a à son service deux déménageurs, un géant blond qui a du ventre, un maigre au visage triste. Lorsque nos deux dealers se sont amenés, Choucas a disparu avec eux dans l’entrepôt, je n’ai pas pu en voir plus… .. A propos, tu as vu le client qui me précédait ? Le tableau et la console, qu’il déposait au dépôt-vente, qui me semblaient de valeur, Choucas les a entreposés, derrière lui dans un réduit, parmi d’autres objets d’art et d’autres beaux meubles, comme s’il les réservait… … Ma télé portative était toute neuve, fermée dans son emballage fermé. Il prend tous les articles, même ceux qui sont susceptibles d’être volés.

Egletons.- Nous montons d’une échelon. Nous planquerons ici. Je serai aux jumelles, toi, tu seras à la station d’essence, avec le scooter. Tu attendras mon coup de fil. Nous progressons, Karima.

Ils sortent.

Scène 7.

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Dans l’entrepôt, Egletons à son poste, jumelles aux yeux. Il assiste à la fermeture du Dépôt-Vente. Les derniers clients s’en vont, le parking se vide. Choucas branche l’alarme,les deux déménageurs tirent les volets de fer, suivent Choucas jusqu’à une fourgonnette délabrée au fond du parking, tous trois montent dans la fourgonnette, s’en vont du côté de la cité. Egletons s’en va.

Scène 8.

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Dans l’entrepôt, Egletons à son poste, jumelles aux yeux. Il assiste à la fermeture du Dépôt-Vente. Les derniers clients s’en vont, le parking se vide. Les deux déménageurs tirent les volets de fer, mais au lieu d’aller à la fourgonnette, s’asseoient sur un banc, à côté d’une petite porte en fer. Choucas va à la fourgonnette, la conduit jusqu’à la petite porte, descend, ouvre la double porte à l’arrière, un des deux déménageurs ouvre la petite porte du Dépôt-Vente, sort avec un fauteuil, qu’il monte dans la fourgonnette, redescend, ferme la double porte, va se rasseoir sur le banc. Choucas remonte dans la fourgonnette, démarre.

Egletons.- (au téléphone) Karima ? Karima ?

La voix de Karima.- Egletons ? Egletons.- Choucas dans la fourgonnette prend la direction Ouest. Le rétroviseur droit est tordu, roule à droite. La voix de Karima.- Entendu.

Egletons pose ses jumelles, et attend. Karima, sur le scooter, un casque de moto et sa visière couvrant son visage,sa perruque blonde flottant et dépassant du casque jusque sur les épaules, suit la fourgonnette, bien sagement, comme une conductrice qui suit ponctuellement le code de la route, bien à droite, – d’elle on voit le rétroviseur droit tordu de la fourgonnette, – laissant deux voitures et deux scooters entre elle et la fourgonnette. Au bout d’un certain trajet, la fourgonnette prend une bretelle, et va se garer sur l’énorme parking d’un hypermarché, et attend. Karima la suit, et se parque parmi d’autres scooters. Au bout d’un moment, entre sur le parking un monstrueux 4×4 noir, aux vitres noires, qui se gare très loin de la fourgonnette. En descend, un bel homme, portant lunettes de soleil high-tech, grand, blond frisé, au visage bronzé, pommettes rouge mangue, chaussures chevreau blond, ensemble blond-jaune. Il fait un tour très compliqué vers la fourgonnette, dont Choucas a ouvert la double porte. Le grossium, les yeux partout, passe derrière la fourgonnette, et la porte le cachant, entre à l’arrière. La fourgonnette démarre, pour faire le chemin inverse. Karima met son casque, redémarre elle aussi, passe derrière le 4×4, écrit le n° d’immatriculation.

Karima.- (téléphonant) Egletons. Egletons. La voix d’Egletons.- Karima ? Karima.- Choucas revient avec un grossium. La voix d’Egletons.- Entendu. Karima.- Sauf contrordre, je me gare à la station d’essence. Terminé.

Karima suit la fourgonnette. Dans l’entrepôt, Egletons les jumelles aux yeux. Il voit la fourgonnette arriver, se ranger juste devant la petite porte, les deux déménageurs se lever, déférents, la double porte arrière de la fourgonnette s’ouvrant laisser sortir le grossium, qui salue rapidement les deux déménageurs, qui s’inclinent, entre par la petite porte, suivi par Choucas ; les deux déménageurs s’écarter et surveiller les alentours ; au bout d’un instant assez long, le grossium sortir par la petite porte, en mains un tableau en mains et une statuette en bronze, remonter dans la fourgonnette ; la fourgonnette repartir.

Egletons.- (au téléphone portable) Karima. Karima. Karima.- Egletons ? Egletons.- Le grossium repart dans la fourgonnette, avec un tableau et une statuette. Ils repartent par où ils sont venus. Karima.- Je les suis. Terminé.

Sur la route, la fourgonnette est suivie trois voitures et un scooter plus loin, par Karima. Elle prend la même bretelle, va se parquer dans le même immense parking, cette fois, à côté de la 4×4. Choucas, tout en regardant partout, ouvre le coffre de la 4×4, puis la double porte de la fourgonnette, déménage le tableau et la statuette, referme le coffre de la 4×4. Le grossium descend rapidement, se cache derrière la 4×4, Choucas ferme la double porte de la fourgonnette, s’en va. Le grossium monte dans son 4×4, et lentement quitte le parking. Karima, ses cheveux blonds dépassant son casque, roule sagement comme une conductrice modèle, loin derrière le 4×4. A un moment, la 4×4 quitte la route, s’engage dans un chemin de terre. Karima le laisse disparaître, puis s’engage à son tour. Le chemin montant sur une butte, elle s’arrête au sommet derrière un arbre. Elle voit plus bas le 4×4 s’arrêter à la grille d’un beau pavillon de chasse, en belles pierres blondes : quelqu’un de l’intérieur ouvrir la grille, le 4×4 entrer et se garer sous un vaste écurie ouverte, à côté d’un camion, d’une camionnette, d’un pick-up. le grossium sortir du 4×4 le tableau et la statuette de bronze, et entrer dans le corps droit du bâtiment.

Karima.- (off) Ton amour de l’art t’aura perdu, Apollon. Elle fait demi-tour, à l’embranchement de la route et du chemin s’arrête, note les coordonnées des panonceaux, et repart.

Scène 9.

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SRPJ. Le bureau d’Egletons. Egletons, assis, les notes de Karima devant lui, téléphone, du téléphone fixe, écrit sous la dictée. Noté, merci, raccroche. Le téléphone sonne à nouveau, Oui ?, écrit sous la dictée, Noté, merci. Entre Karima, une carte en mains. Egletons lui fait signe de fermer la porte.

Egletons.- (en baissant la voix) Les deux déménageurs de Choucas sont inscrits à la Sécurité Sociale. Ils s’appellent Michel Kurnonski, et Gabriel Mazara. Ils ont été tous les deux en villégiature dans nos établissements. Ils ont été jugés et condamnés à 5 ans de prison, pour vol à main armée en bande organisée. Ils travaillent pour Choucas depuis 4 ans. D’après le n° d’immatriculation de la 4×4, le grossium s’appelle Baronnies, il est antiquaire. Outre le pavillon de chasse, il possède un magasin d’antiquités et un appartement dans le Marais.

Karima.- (étalant sa carte) Voilà où se trouve le pavillon de chasse. Je note si j’en crois mes yeux, que sur une butte, qui le surplombe, il y a un château d’eau désaffecté, qui pourrait faire un poste de guet, ce serait à vérifier.

A l’interphone, soudain, la voix de Tétras : Egletons, Mourad, dans mon bureau. Le Préfet veut nous parler.

Sortent Egletons et Mourad.

Scène 10.

Scène 1Scène 2Scène 3Scène 4Scène 5Scène 6Scène 7Scène 8Scène 9Scène 10 Dans le bureau de Tétras, autour du téléphone, Tétras, Egletons, Karima. La voix du Préfet.- Commandant Tetras ? Tétras.- Présent. La voix du Préfet.- Capitaine Egletons ? Egletons.- Présent. a voix du Préfet.- Lieutenant Mourad ? Karima.- Présente.

La voix du Préfet.- Ce soir, à 21 heures, ordre de cueillir manu militari les toxicomanes, dont la liste a été établie par le lieutenant Mourad, dans les sous-sols indiqués. Le Colonel Joyeux de la CRS, viendra à la SRPJ, à 19 heures, établir avec le commandant Tetras, le plan de l’opération. Sa famille habitant la cité, le lieutenant Mourad est consignée jusqu’à demain huit heures à son domicile. Compris, commandant ?

Tétras.- Oui, Mr le Préfet. La voix du Préfet.- Capitaine ? Egletons.- Oui, Mr le Préfet. La voix du Préfet.- Lieutenant ? Karima.- Oui, Mr le Préfet.

La voix du Préfet.- Faites pour le mieux. Commandant, vous me téléphonerez, l’opération achevée.

On entend le Préfet raccrocher. Tétras met rapidement son blouson civil.

Tetras.- (à la porte) Egletons, sandwiches et bière. Prévenez ma femme et la vôtre que nous sommes d’astreinte ce soir. Karima, à mon retour, je ne veux plus te voir. Je reviens.

Il sort.

Egletons.- Où il va ? Il prend sa voiture personnelle. Il ne va pas prévenir sa femme, puisque c’est moi qui dois le faire. Et pour ses coups de téléphone privés, il téléphone toujours de son bureau. Karima, le scooter, suis-le… …

A travers la fenêtre, on voit Tétras monter dans une voiture jaune, démarrer, puis un scooter le suivre. 10 Sur la grande couronne,au milieu d’un flot intense de voitures, Karima suit de loin la voiture jaune, la voit sortir, se ranger sur un parking, tout à côté d’un édicule de trois cabines téléphoniques publiques. Karima s’arrête assez loin derrière une voiture, observe Tétras. Tétras entre dans une cabine, compose une numéro,écoute, parle, lève le doigt vers le haut de la cabine, suit du doigt quelque chose, le lit,parle, raccroche, sort, attend, appuyant son dos sur la porte ouverte. Au bout d’un temps assez long, le téléphone sonne dans la cabine, Tetras saisit le combiné, change d’attitude, fait comme une courbette, parle, écoute, raccroche. Puis il monte en voiture, sort du parking, remonte dans la grande couronne, et fait le trajet en sens inverse. Karima, en scooter, va à la cabine, regarde au haut, à l’endroit que regardait Tetras, et voit qu’il s’agit du n° de la cabine.

Karima.- (téléphonant sur son portable) Egletons ? Egletons ? La voix d’Egletons.- Karima ?

Karima.- Tetras a téléphoné d’une cabine publique. Il a fait un numéro, a eu quelqu’un, lui a dicté le numéro de la cabine, a raccroché. Au bout d’un moment, quelqu’un l’a appelé, Tetras a eu l’air très déférent, a parlé, et puis a raccroché.

Un moment passe. La voix d’Egletons.- Je le vois, il revient. Il a l’air gai comme un pinson. Bon travail. Terminé. Karima s’éloigne à scooter. Scène 1Scène 2Scène 3Scène 4Scène 5Scène 6Scène 7Scène 8Scène 9Scène 10

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