Télécharger le fichier PDF la mauresse
Une fille aînée d’immigré se porte au secours de ses parents, de ses frères et soeur.
Acte 1
Scène 1.Scène 1 – Scène 2 – Scène 3
Paris. Commissariat 15° arrondissement. hall d’accueil, ordinateurs, agents, plaignants. Du dehors entre une jeune fille blonde, dont les cheveux tombent sur les épaules, une mèche couvrant le front comme un rideau retenu par une embrasse, vêtue très long d’une ample jupe gris fer descendant jusqu’aux chevilles, d’un chemisier gris fer boutonné étroitement jusqu’au cou , et jusqu’aux poignets, d’un imper kaki entrouvert, descendant jusqu’aux chevilles, – elle a les joues salies par les larmes, les paupières gonflées, les yeux rouges, – la main droite tord un minuscule mouchoir trempé, la main gauche porte à bout de bras un sac ouvert, un sac à main à bandoulière lui pend de l’épaule gauche. Elle s’approche, timidement d’un ordinateur libre.
L’agent.- (apitoyé et galant) Qu’est ce qui vous arrive ? La jeune fille.- (montrant son sac ouvert, fondant en larmes, et qui ne veut pas mentir) Je n’ai plus d’identité.
L’agent.- On vous a volé vos papiers ? (la jeune fille écarte les bras). (galant) Je vous garantis que votre identité vous l’avez toujours, et que bien des jeunes filles vous l’envieraient.
La jeune fille.- (avec un pauvre sourire) Merci.
L’agent. – C’est le petit bout de carton que vous n’avez plus ? Mais il se remplace en trois fois rien de temps. 1e temps : vous déposez plainte contre X, auprès de moi, pour vol de carte d’identité, je vous donne un récépissé, qui vous tiendra lieu de carte d’identité provisoire. 2° temps : par simple lettre vous demandez à la mairie du lieu de votre naissance, un extrait d’acte de naissance, 3° temps : munie de cet extrait, du récépissé du dépôt de plainte, de deux photos, et d’un justificatif de domicile – par exemple la facture d’électricité, – vous allez à la mairie de votre arrondissement et déposez une demande de duplicata. Vous avez votre carte d’identité dans les trois semaines.
La jeune fille.- N’importe qui pourrait emprunter mon identité, louer un logement sous mon nom et faire ces démarches à ma place.
L’agent.- (galant, la montrant à elle-même) Sauf qu’elle ne pourrait pas vous emprunter votre jolie apparence.
La jeune fille.- Sauf qu’aujourd’hui, avec maquillage et postiches, on fait des merveilles.
L’agent.- A vous voir tant d’imagination, on comprend vos angoisses. Savez-vous que l’usurpation d’état-civil est passible de 5 années d’emprisonnement, et 100 000 euros d’amende ?
La jeune fille.- (infiniment soulagée) Ah. L’agent.- Rassérénée ? La jeune fille.- (détendue) Rassérénée. L’agent.- (tout heureux de l’avoir tranquillisée, lui montrant la chaise) Je vous en prie. (ce qu’elle fait) Vos nom et prénom. La jeune fille.- (respirant à fond) Isenach Lisbeth.
2. Bordeaux. Dans une rue adjacente de la place de la Bourse,l’énorme caisse en acier bruni et verre fumé d’une succursale d’une banque nationale. A l’intérieur, le hall d’accueil des clients, vaste cercle, dont la circonférence est occupée par les guichets et les boxes des responsables clientèle. A l’étage, donnant sur le hall d’accueil, un balcon court au-dessus des guichets et des boxes. Donnant sur le balcon, en son milieu, s’ouvre le bureau de la secrétaire du directeur, lequel précède le bureau du directeur. Le directeur, petit, chauve, bronzé, au beau visage féminin, marchant à petits pas pressés, les pieds en dedans, énervé, sort de son bureau, regarde la chaise vide de sa secrétaire, donne un violent coup de pied dedans, s’approche de la balustrade du balcon, s’y accoude, dit à voix haute, d’une voix agacée.
Le directeur.- Schneider est arrivé ? Tous les visages des employés se lèvent vers lui. Le guichetier en chef. – (désolé) Non, Monsieur.
Le directeur retourne dans le bureau de la secrétaire, ouvre l’agenda, le feuillette, redonne un coup de pied à la chaise, revient à la balustrade. La porte arrière du hall d’accueil s’ouvre, paraît Schneider, le garçon de courses.
Le directeur. – (très agacé) Ah Schneider. Elle n’est pas avec vous ?
De la main et de la tête, hilare, Schneider fait signe au directeur qu’il en a une bien bonne à raconter, et commence à monter l’escalier à vis, qui, au fond du hall d’accueil, monte à l’étage.
Le directeur. – (très agacé) Enfin, pour quoi montez-vous à pied ? Schneider.- (hilare) L’aspirateur est en panne. Le directeur.- (corrigeant) L’ascenseur, Schneider. Schneider.- (se corrigeant, manquant une marche, hilare) Je fonconds, Monsieur le Directeur. Le directeur.- Je confonds, Schneider.
Schneider éclate de rire. Le directeur, secoue la tête, fait un geste de la main, va dans son bureau. Schneider le suit.
Le directeur. –Elle est malade ? Schneider.- (hilare) Evanouie. Evaporée. Disparue. Le directeur.- (ébahi) Evanouie évaporée disparue ? Schneider.- (hilare) L’appartement est vide et nu. A la fenêtre, il y a une pancarte l’offrant à la location. Le directeur.- (ébahi) Qu’est ce que vous me chantez ?
Schneider. – (hilare) Samedi matin, Melle Isenach a lavé à fond son appartement, dénoncé son bail à son propriétaire, payé trois mois de préavis, fait un état des lieux, relevé son rasoir électrique.
Le directeur.- Relevé son rasoir électrique ? Schneider.- (hilare, éclatant de rire, se corrigeant) son compteur électrique, fait ses deux valises, est partie en taxi. Personne ne l’a plus revue. Le directeur.- Elle n’a rien laissé ? Schneider.- (hilare, fouillant sa poche) Si. Au mur, ce papier. Il sort de sa poche un papier, qu’il tend au directeur, qui l’examine.
|
Agenda
|
|
LUNDI
|
Bordeaux
|
|
MARDI
|
|
|
MERCREDI
|
|
|
JEUDI
|
|
|
VENDREDI
|
|
|
SAMEDI
|
Le directeur.- Qu’est ce que ça veut dire ? On entend monter quelqu’un à pas pressés. Entre le caissier en chef. Le caissier.- Votre coffre est vide, Monsieur le Directeur. La porte est ouverte. Le directeur.- Quoi ?
A petits pas pressés, les pieds en dedans, suivi de Schneider hilare, il descend l’escalier à vis, puis après un dédale de couloirs, l’escalier qui descend à la salle forte. Le caissier ouvre les trois grilles. Le directeur fonce à son coffre, tout au fond, le voit vide, se penche, n’en croit pas ses yeux, y passe la main, se repenche, repasse la main sur toutes les étagères, s’écarte, examine l’intérieur du coffre, s’en approche de nouveau, repasse la main.
Le directeur.- Criminelle négligence, Goldstein, dont il va falloir répondre. Le caissier.- Mais seuls, vous et Melle Isenach avez les clés et la combinaison. Le directeur.- Qu’est ce que c’est que ce bin’s ? (à Schneider, hilare) Qu’est-ce que vous avez à rire? Schneider.- (hilare) Mais je ris pas. Le directeur.- Mais qu’est ce que c’est que ce bin’s ?
A petits pas pressés, les pieds en dedans, rejoint par le caissier, qui ferme les 3 grilles, il fait le chemin inverse, remonte l’escalier à vis, s’arrête au bureau de sa secrétaire, ouvre l’agenda
Le directeur.- Elle a prévu la réunion de ce matin : (il lit) Produits bancaires : agios, intérêts perçus sur les prêts et les placements, revenus des investissements, droits sur les gestions d’actifs. Il tire le tiroir du milieu. Il en extrait un trousseau de clés.
Le directeur.- Les clés du coffre… … Oh la salope. (rageur, donnant de temps à autre des coups de pied au bureau et à la chaise de la secrétaire, allant et venant, off) ..[on voit en double image Lisbeth Isenach assise pudiquement sur sa chaise de secrétaire] ..Si pudique, si vertueuse, et d’une telle immoralité. .. .. Devant ces paquets d’argent sale, effrayée et admirative à la fois, je l’avais forcée à les toucher,à la faire constater que c’étaient de bels et bons euros. (il se tire l’oreille) Nicodème, va.. .. .. (à voix haute) Goldstein, téléphonez à son école, là où elle a obtenu son BTS de secrétaire de direction, demandez si à l’époque, ils avaient une Lisbeth Isenach.
Ce que fait Goldstein.
Le directeur.- (off) .. .. Enfin, quand on fait des études, qu’on y réussit, comment peut-on être malhonnête ?.. .. Si les employés studieux et consciencieux se mettent à voler comme nous, qu’est-ce qui fera la différence ?
Le caissier.- (haut) Lisbeth Isenach a été une élève excellente. Elle a eu son BTS avec les félicitations du jury.
Le directeur. – (levant les bras au ciel) Avec les félicitations du jury. (au caissier) Hep, sa couleur de cheveux
Le caissier.- (posant la question, écoutant la réponse) Elle est blonde.
Le directeur.- (off) Une nouvelle ère s’ouvre : les employés deviennent aussi malhonnêtes que les directeurs. .. .. Enfin, une secrétaire de direction a une petite vie, de petits besoins, qu’est ce qu’elle peut faire de tout ce pognon ? Aucune banque n’acceptera qu’elle dépose tout cet argent sur un compte, sans aviser la Banque de France.. Je l’aurais prise comme maîtresse, j’aurais pu la loger, elle aurait pu vivre tranquillement dans l’honnêteté. Et elle se perd sans recours dans la malhonnêteté. Son avenir ? La prison.. .. Dieu sait la gymnastique que je vais devoir faire. Au lieu de faire d’un argent sale de l’argent propre, il va falloir faire de l’argent propre de l’argent sale…
Le caissier.- Voulez-vous que j’aille déposer plainte ?
Le directeur.- Voyez-vous nos clients entrer chez nous, les ailes du nez frémissantes, humer cette odeur de pourri ? Les flics éplucher nos comptes ? Où avez-vous la tête ?
Le caissier.- Je n’y avais pas pensé. … La réunion est maintenue ? Le directeur.- La réunion est maintenue. Sort Goldstein
Le directeur donne des coups de pied au bureau et à la chaise de la secrétaire, (à voix haute) Garce. Bandit. Gangster.
Scène 2.
Paris. Commissariat de police du 4° arrondissement. Hall d’accueil, ordinateurs, agents de police, plaignants. Du dehors entre, comme une furie, une jeune femme, avec une incroyable perruque acajou, le visage ultra fardé, paupières vertes, faux cils, chemisier rouge serré très décolleté – on lui voit des seins presque venus à maturité, jupe rouge ultra-courte haut fendue, collants, souliers à très hauts talons, de la main gauche tenant à bout de bras un sac ouvert, un sac à main à bandoulière rouge pendu à l’épaule droite. Tous les sièges étant occupés, elle va et vient, en rage. Tout le commissariat a les yeux tournés vers elle. Un siège se libérant, elle va droit à l’agent libéré, lui tend son sac ouvert.
La jeune femme.- (fort) Et ça ? Et ça ? Mes papiers ? Y avait deux Algériens, à côté de moi : pourquoi ils sont pas au loin sur leurs bourricots ? L’agent de police.- (levé, timide, osant tout de même) Il y a aussi de bons Français, qui volent à la tire. La jeune femme.- Qui va me payer le temps que je vais perdre à faire refaire mes papiers ? Hein ? L’Etat ? Vous ?
L’agent de police.- Je vous donne ma parole de ne pas vous retenir plus qu’il ne faut. (lui montrant la chaise) Si vous voulez être assez aimable pour prendre place
La jeune femme.- Si je m’asseois, vous allez me faire attendre. Vous vous prenez pour un dentiste ?(du pied elle pousse la chaise, et se plante debout devant l’agent)
L’agent de police.- Vous voulez bien me dire vos nom et prénom. La jeune femme.- Et puis, qui encore ? L’agent de police.- Sinon, comment voulez-vous La jeune femme.- (agacée) Orpin, Evangéline. O R P I N.
2. Marseille. Zone desservie par une bretelle de l’autoroute vers Aubagne. Une entreprise de BTP, sur un grand terrain. Au-devant une grille à deux battants ouverte. Une vaste cour : à gauche, une haute, longue, profonde remise, qui abrite bétonnières, camions-bennes, fourgonnettes, camionnettes, balivaux, boulins et plates-formes d’échafaudages ; au milieu, au fond, un large et profond hangar à matériaux, sable, galets, sacs de ciment, parpaings, tuiles, poutres de charpente, poutres de métal, caissons ; à droite, image du savoir faire de l’entreprise, une tour carrée de 15 étages en verre et métal sur piliers de métal : en bas, entre les piliers, 4×4 du directeur, petits bus, places réservées aux clients, au dernier étage, le bureau du directeur, lequel est à une de ses fenêtres, penché sur la cour, grand, fort, le visage taillé à coups de serpe de quelqu’un habitué à commander.
Le directeur.- (gueulant) Que fait Gordes bon sang ? … Villemain, presse-les. Egouts, eau, gaz, électricité, téléphone, la viabilisation doit être terminée dans 4 jours. … Vaillauquès , presse les architectes : les ventes sur plan doivent commencer lundi prochain. … …Forcalquier, le Jardin des Roses, vois pour cette fuite, il nous menace d’un procès…. … Sénanque, le Pré aux Marguerites, dis aux sous-traitant que j’aimerais voir s’élever les fondations. … Pressons les enfants, nous perdons de l’argent. .. .. Mais que fout Gordes, nom de Dieu ? (off) Aujourd’hui, j’oserai, c’est dit. …. De si charmants balcons côté rue, une si jolie terrasse côté jardin : qui est plus richement pourvue qu’elle, et pourtant, c’est comme si ça n’était pas à elle. Elle a tous les présentoirs qu’il faut, pour exposer ses merveilles, elle expose tout ce qu’elle a avec impudeur, et elle regarde les petits oiseaux…On la dirait ignorante d’elle, comme si elle était impubère, alors que si quelqu’un est pubère, c’est bien elle, nom de Dieu. Eh bien, je vais te faire grandir, Evangéline … … Ma vie familiale est si affreusement rectiligne : une autoroute, glissière à gauche, bande d’arrêt d’urgence à droite, étonnez-vous qu’on s’endorme au volant. .. .. Au lieu qu’Evangéline. Evangéline Si sérieuse, et si faite pour ne pas l’être. Le soir, elle rentre droit chez elle étudier je ne sais quoi : elle ne sort jamais, même pour aller au cinéma. A-t-elle une vie ? On en doute. Nous avons tant de beaux jeunes gens : pas un regard sur aucun. Le seul sur lequel ses yeux semblent traîner un peu, c’est moi, et encore, est-ce que c’est si sûr ? Quand elle s’en va le soir, qu’elle me montre son bas de dos, [on voit, en deuxième image, Evangéline Orpin s’éloignant] je vois bien qu’elle ne pense plus à moi : le malheur, c’est que moins elle pense à moi, plus je pense à elle… … …Il n’y a qu’une explication : elle attend que quelqu’un s’impose, que quelqu’un la brusque. Ce quelqu’un sera moi. … Mais que fait Gordes, bon sang de pipe.
En bas dans la cour, un petit bus entre, sort Gordes, qui lève les yeux vers le directeur. Gordes.- (fort, faisant de larges signes de dénégation de la main) Elle n’est plus chez elle, patron.
Le directeur.- Qu’est ce que tu racontes. (il lui fait signe violent de monter) A la porte du bureau du directeur, le directeur attend Gordes, qui sort de l’ascenseur, tout en levant un peu le bras, comme s’il craignait de recevoir des coups.
ordes.- J’y suis pour rien patron. Elle est plus là. Le directeur.- Comment, elle est plus là ?
Gordes.- J’avais klaxonné pour qu’elle descende. Elle descendait pas. J’suis allé la sonner. Elle a pas répondu. J’suis allé sonner la propriétaire. Samedi, Melle Orpin a dénoncé le bail, fait ses valises, vidé les lieux. La propriétaire croyait que vous le saviez. J’suis allé voir son appartement pour plus de sûreté. Vide, lavé, net, propre. Y avait ça au mur.
|
Agenda
|
|
LUNDI
|
B
|
|
MARDI
|
Marseille
|
|
MERCREDI
|
|
|
JEUDI
|
|
|
VENDREDI
|
|
|
SAMEDI
|
Le directeur.- (allant dans le bureau de sa secrétaire, ouvrant l’agenda) Enfin, on devait aller voir ce matin l’Adjoint au Maire. Entre le caissier. Le caissier.- Patron, dans le coffre, votre caisse est ouverte et vide.
Le directeur.- (allant vers lui les poings en avant, le caissier levant le bras pour se protéger))T’as oublié de la fermer, tête en l’air.
Le caissier.- Y a que vous et Melle Orpin qui avez les clés.
Le directeur.- (réalisant) Oh la garce. Elle a volé le pot-de-vin pour l’Adjoint au Maire. (off) La putain. Voilà pourquoi. Elle travaille pour un mec. Il l’avait envoyée au turbin. La péripatéticienne.
Le caissier.- On dépose plainte ?
Le directeur.- Cet argent figure dans notre comptabilité ? Tu veux qu’ils nous épluchent tout ? Tu es demeuré, ou quoi ? (off) Son énigme, je rêvais. C’était l’argent, Bien sûr… …Simplet. (Il se donne une claque) (au caissier) Débrouille-toi, il me faut d’autre argent pour ce pot de vin. Ils sortent.
Scène 3.
Paris. Commissariat du 9°arrondissement. Hall d’accueil. Ordinateurs, agents de police, plaignants. Entre du dehors, une jolie jeune fille, chevelure bouclée châtain, qui lui tombe naturellement sur le front, chemisier blanc, jupe bleue, souliers bas, l’air simple et modeste, dont on tomberait amoureux. Elle porte à bout de bras, à la main gauche un sac ouvert, à l’épaule droite pend un sac à main, marine. Elle s’approche d’un agent sans plaignant.
L’agent de police.- (qui fait tout pour lui plaire, souriant, s’inclinant) Mademoiselle. Que me vaut le plaisir ?
La jeune fille.- (comme si elle se mordait les doigts, montrant son sac ouvert) Mes papiers. C’est moi la coupable. J’avais mis mes papiers dans mon sac, j’avais laissé mon sac ouvert. C’est de ma faute.
L’agent de police.- Pardonnez-moi, en principe, la faute est au voleur. La jeune fille.- Je l’ai induit en tentation. L’agent de police.- Vous serez vite pardonnée. Quelques formalités, et la faute sera effacée. a jeune fille.- Je prends la ferme résolution de ne plus pécher à l’avenir.
L’agent de police.- (souriant, l’invitant de la main) Si tous les plaignants pouvaient être comme vous. Voulez-vous prendre place ?
La jeune fille s’assied. L’agent de police.- S’il vous plaît, vos nom et prénom. La jeune fille.- Tres Cruces Maria. L’agent de police .- Tres Cruces Maria.
2. A la limite de Villeurbanne, vers Vaulx-en-Velin. La fabrique La Naissance d’Aphrodite salles de bains, et cabinets de toilette. A l’étage, un gigantesque bureau, qui par une verrière, donne sur le hall d’exposition de la fabrique. Entrent Mr Fils, petit, velu,poilu, le nez en pied de marmite, en costume blanc de marié, chemise, cravate et souliers blancs, et son témoin, un beau jeune homme, habillé avec goût
Mr Fils.- Enfin. Je tiens ma revanche. (montrant par la verrière le hall d’exposition) D’abord mon père me laisse sa chaîne de La Naissance d’Aphrodite Salles de bain & Cabinet de toilettes, ensuite je me marie avec une beauté : je ne vais plus être Mr Fils, mais Mr Père. J’ai tenu Luc, à ce que tu sois témoin de l’un et de l’autre.
Le témoin.- Qu’est-ce qu’elle te trouve ?
Mr Fils.- (se pavanant) Malin. (il va s’asseoir à son bureau) Maria est d’une famille portugaise un peu arriérée, à principes.. Elle m’a dit que ce dont elle rêve, c’est de fonder une famille.
Le témoin.- Elle a dit : avec toi ?
Mr Fils.- Pourquoi me l’aurait-elle dit, si ce n’était pas avec moi. Tu ne peux pas savoir comme elle est sensible, sérieuse, fière : c’est la pure Portugaise. .. ..(racontant) Elle était trois mois ma secrétaire, quand, voyant que j’étais prêt à tomber amoureux d’elle, [on voit, en deuxième image, Maria Tres Cruces, à sa table de secrétaire, le visage tourné vers Mr Fils, baisser les paupières, au bout d’un instant les relever, au bout d’un autre instant les rebaisser] elle a fait quelques avances, elle a eu quelques regards plus longs, elle s’attardait dans mon bureau plus que nécessaire ; puis, elle a semblé réfléchir, elle m’a évité.
Le témoin.- Elle t’avait vu de près.
Mr Fils.- Pas du tout. Elle s’était vue elle, de près. Pour lui montrer que j’avais de bonnes intentions, j’ai brusqué les choses, je l’ai demandée en mariage. Elle a refusé net. .. .. J’ai insisté, je lui ai dit qu’il m’avait semblé, qu’elle m’avait donné l’impression… Elle m’a dit que les bons mariages se font entre des personnes d’égale condition, et non entre deux personnes, dont l’une doit tout à l’autre. Je lui ai dit que sa richesse en beauté valait plus que ma richesse en biens.
Le témoin.- Vrai.
Mr Fils.- Qu’à cela ne tienne, je lui ai dit : pour que dans deux vases l’eau soit de même niveau, il suffit qu’ils communiquent
Le témoin.- Cochon.
Mr Fils.- Tu as toujours l’esprit aussi mal tourné. Tu m’attristes… .. Sans mot dire, je l’ai emmenée à la banque, devant le directeur, je lui ai signé une procuration sur mes comptes en banque, en précisant au directeur que je donnais à Melle Maria Tres Cruces tout pouvoir d’acheter, vendre tous bons et titres, et retirer toutes espèces qu’elle voudrait, sans que soit demandé mon accord. Tu sais ce qu’elle a dit ? – Vous imaginez-vous que j’oserais jamais retirer de votre compte un seul sou ? Et elle a déchiré la procuration. Le témoin.- Noble geste. Mr Fils.- Je n’ai pas voulu abandonner. Aurais-je jamais, de a vie, trouvé une beauté pareille ? Le témoin.- (catégorique) Jamais. Mr Fils.- J’ai vendu la moitié de mes bons, titres, devises, puis retiré l’argent correspondant, ainsi que la moitié des espèces, de tous mes comptes, j’ai mis tout l’argent dans une mallette. Je suis allé chez elle, j’ai posé la mallette dans son entrée, je lui ai dit que la moitié de ma fortune était à elle, et qu’elle pouvait s’ouvrir un compte dans n’importe quelle banque de son choix. J’ai ajouté que comme j’avais partagé ma condition en deux, nous avions à présent tous les deux une condition égale, qu’en conséquence, il n’y avait plus d’empêchement à mariage. J’ai donc réitéré ma demande.
Le témoin.- Demande riche.
Mr Fils.- Elle n’a rien dit, mais elle n’a pas refusé la mallette. J’ai considéré qu’elle acceptait ma demande. J’ai fixé la date du mariage, le repas, le voyage de noces. Mon père, en cadeau de noces, m’a offert sa chaîne La Naissance d’Aphrodite Salles de bains et Cabinets de toilettes. J’ai commandé la robe de mariage, je la lui ai fait livrer samedi. Et tout à l’heure, nous nous marions.
Le témoin.- Si je comprends, tu ne lui avais pas offert assez Ah, ces vertueuses épouses catholiques.
Mr Fils.- Pourquoi lui jeter la pierre ? Ce qui plaît à une femme, c’est la virilité du mari, et la virilité du mari, c’est sa fortune.
Le témoin.- La nuit, au lit, tu es tout nu. Mr Fils.- On éteint la lumière. Le témoin.- Les mains ne sont pas aveugles. Dans le noir, elles parviennent très bien à tâter la fourrure. Mr Fils.- Nombre de femmes aiment caresser les chats. Le témoin.- Les chats, pas les sangliers. Mr Fils.- Tu es toujours envers moi le même excellent camarade. Le témoin.- Heureux propriétaire. Sacré Mr Fils. Ce soir, jus utendi et abutendi. (il le tape sur l’épaule) Mr Fils.- (vain) Hein. On entend un klaxon. Mr Fils : La voilà ! Entre son chauffeur, porteur d’une feuille. Le chauffeur.- Melle Tres Cruces a déjà déménagé, Monsieur. (Mr Fils le regarde avec incompréhension) Elle a dénoncé son bail, payé ce qu’elle devait, fait ses valises, et pris un taxi samedi soir. Mr Fils.- (au témoin) Tu vois sa hâte. Elle doit être chez Maman, ou dans notre maison. A moins qu’elle soit déjà à l’église Le chauffeur.- Monsieur. … … Elle a laissé sa robe de mariage sur le matelas, et cette feuille épinglée au mur. Il lui tend la feuille qu’il a en main.
|
Agenda
|
|
LUNDI
|
B
|
|
MARDI
|
M
|
|
MERCREDI
|
S
|
|
JEUDI
|
R
|
|
VENDREDI
|
L
|
|
SAMEDI
|
LYON
|
Mr Fils s’écarte, et passe trois coups de fil. Le témoin.- Alors ? Mr Fils.- Elle n’est ni chez mes parents, ni dans notre maison, ni à l’église.
Le témoin commence à éclater de rire, en se tapant les cuisses, sans qu’il puisse s’arrêter, essuyant même les larmes au coin de ses yeux.
Le témoin.- Téléphone à son école de formation, s’ils ont eu une fille de son nom comme élève… … Des cheveux châtain. Mr Fils cherche un dossier, téléphone. Au bout d’un moment. Mr Fils.- Ils l’ont eu comme élève. Une élève excellente.
Le témoin.- En plus, en plus. J’aime, j’aime. L’histoire a changé de sens. Ce n’est plus la traite des blanches, c’est la traite des blancs. (il pouffe) Le pire, si tu veux porter plainte, tu ne peux porter plainte que contre toi. (il continue de pouffer) D’un riche mariage, elle fait part à deux, elle te laisse le mariage, et prend le riche. Remarque, elle a été honnête : elle n’a jamais dit qu’elle acceptait ta demande en mariage. (il continue de pouffer)
Mr Fils.- Que peut-elle gagner en fin de compte ? Une réputation de voleuse ? Fatalement, elle sera prise un jour la main dans le sac. La Sécurité Sociale, le fisc vont la suivre à la trace. Avec moi, elle aurait gagné un beau et riche mariage, une belle vie, une belle renommée.
Le témoin.- Le philosophe avait raison : on commence par l’amour et on finit par l’ambition. On commence par une belle jeune fille, et on finit par La naissance D’Aphrodite Salles de bain et cabinets de toilettes …(il se tape les cuisses) …(agitant la feuille AGENDA) Le bouquet : tu as été le dernier pigeon. Mr Fils.- Toi, je vais te casser la gueule. Depuis le temps que j’en rêve. Il court après Luc, qui s’enfuit.
Entracte
Choeur