Acte 5
Le bunker. Explosions sporadiques proches, mitraillades, coups de fusil espacés. Salle radio. Krebs. Entrent Hitler et les 2 SS , qui se placent de part et d’autre de de la porte.
Hitler.-(off) Ne pas laisser leur esprit en repos. (haut) Quel est le général responsable de notre quartier de Berlin ?
Krebs.- Le général Weidling commandant le 56° corps de la IXème armée.
Hitler.- Appelez-le moi.
Le radio.- (après plusieurs essais) Le général Weidling ne répond pas.
Hitler.- (en rage) Lorsque vous aurez quelqu’un, dites-lui que le général Weidling est limogé.
Le radio.-A vos ordres.
Sort Hitler.
Couloir central. Entre le général Weidling, paraît Hitler.
Weidling.- (se présentant, claquant des talons) Général Weidling commandant le 56°corps de la IXème armée. .. .. J’apprends que le Führer m’a destitué de mon commandement ; si tel est l’effet de son bon plaisir, cet effet me plaît. S’il me destitue parce que j’ai déserté, mon honneur ne peut l’accepter. J’avais suspendu mon contact radio, pour porter secours à deux de mes chars en difficulté.. .. Au 56°corps, Führer, nous ne sommes hantés ni par nos familles ni par nous-mêmes, mais par celui seul qui est derrière nous. Celui de nous, qui meurt, est désespéré non parce qu’il perd la vie, mais parce qu’avec lui, le Führer perd un défenseur.
Hitler.- J’ai attenté à votre honneur, général, vous avez droit à réparation. A titre de dommages et intérêts, je vous nomme votre supérieur : je vous nomme défenseur de Berlin. Allez et faites pour le mieux.
Weidling.- A vos ordres.
Sort Weidling.
Hitler.- (off, se frottant les mains) Ca ne marche pas, ça court.
Hitler rentre dans la salle radio, laissant la porte ouverte. Les radios, Krebs.
Hitler.- Que fait Wenck ?
Krebs.- Wenck ne peut plus avancer. Il est encerclé au sud de Postdam.
Hitler.- (au radio) Dites-lui de se presser. Il sera bientôt trop tard.
Le radio.- Führer, impossible de transmettre le message, les transmissions sont coupées.
Hitler.- Essayez encore.
Dans le couloir central, un des deux SS s’approche de l’autre.
Le 1 er SS.- (à voix basse) Wolfgang, on lui propose de transmettre le message pedibus cum jambis, et on se tire. Je n’ai pas l’âge de terminer dans ce mouroir.
Le 2ème SS.- Nous lui avons prêté serment de fidélité.
Le 1er SS.- A l’âge de boys-scouts on fait des promesses de boys-scouts. La BA quotidienne, marcher au pas, chanter, faire des jeux de pistes, chanter autour de feux de camp, tout ça n’a qu’un temps. Laisse les vieux chefs scouts, aux têtes chenues et aux jambes poilues, poursuivre leurs gamineries. Le SS se présente à la porte de la salle radio. (à Hitler) Führer, nous avons entendu que les transmissions sont coupées : nous nous offrons de porter en personne votre message au général Wenck. Ce sera bien le diable, si, au moins l’un de nous deux n’arrive pas à destination.
Hitler.- Fidèles entre les fidèles. J’accepte. Dites à Wenck de se presser. Bonne chance. Ils sortent.
Hitler s’assied sur la canapé du couloir central. Il broie du noir. On entend, en haut dans l’escalier des pas, des rires, des courses d’enfants, qui s’éteignent. Des pas continuent de descendre. Paraît Goebbels.
Goebbels.- (observant Hitler) Vous vous êtes enfermé dans votre chambre, vous avez baissé les volets, et dans le noir, vous broyez du noir.
Hitler.- Que dites-vous, Goebbels, si je vous dis que la guerre est perdue ?
Goebbels.- Je vous réponds que tant qu’on est en vie, rien n’est perdu.. .. Et si nous perdons la guerre, nous aurons gagné tout de même. Etre tués en se battant, c’est être tués invaincus. Vécu victorieux, morts invaincus, nous serons vivants à jamais pour les vivants futurs. Ambitionnons la plus haute ambition humaine, la gloire posthume. Survivons à jamais, Führer : devenons mythe et légende.. .. J’ai décidé que ma femme, mes 6 enfants, et moi, nous vous accompagnerons jusqu’à votre dernière destination. Nous venons d’emménager dans le bunker, à l’étage des gardes.
Hitler.- (off, chantonnant) Il était 6 petits enfants, qui s’en allaient aux champs. (inspirant comme s’il humait un parfum) Aux dieux barbares, on immole les enfants, y a-t-il une fumée, qui plaise plus à leurs narines ?
Hitler serre les deux bras de Goebbels, et va dans son appartement. Goebbels remonte à l’étage supérieur.
Hitler va droit à son bureau, cherc he des yeux par les portes entrouvertes, appelle : Eva. Entre Eva.
Hitler.- .. Eva, deux aérodromes sont encore praticables : Gatow et Staaken. .. .. A Munich, tu as un appartement, un compte en banque. Je veux que tu fasses ta valise, et que tu partes sur le champ. (Il la pousse vers sa chambre)
Eva Braun.- (vivement, se défendant) Tu ne m’a pas commandé de t’aimer, tu ne me commanderas pas de ne plus t’aimer.
Hitler.- Quelqu’un fait un faux pas, il tombe de son haut, et le voilà le derrière par terre, la bouche ouverte comme un imbécile : tout le monde rit, sauf toi.. ..
Eva Braun.- Heureuse chute, te voilà à terre, à côté de moi.
Hitler.- (la poussant) S’il te plaît. Fais ta valise.
Eva Braun.- (se défendant) J’ai été si peu avec toi, maintenant que je peux l’être, ne veuille pas que je ne le sois pas.
Hitler.- Non. Je ne te mérite pas, Eva.
Eva Braun.-Moi, je ne t’ai jamais mérité. (allant vers lui et l’embrassant, lui, restant les bras ballants) Aime-moi assez pour aimer que je t’aime.
Hitler.- Vieux, malade, les cheveux blancs, raté, moribond.
Eva Braun.- Adouci, attendri, bon, humain, c’est ton plus bel âge. Si ce que tu disais est vrai, que je suis jolie, je le suis peut-être encore, mais j’aurais dû me préparer à l’être moins. Tu n’aurais pu ensuite que m’aimer moins. Je ne peux pas vivre sans toi. Si tu n’es plus là, je ne veux plus être non plus, avec toi. Etre tous les deux, et puis ne plus être tous les deux, c’est encore être tous les deux. Monsieur Hitler, voulez-vous m’épouser ?
Hitler.- (l’embrassant) Je croyais te faire honneur en t’aimant malgré ton état, c’est toi qui me fais honneur en t’aimant malgré le mien. (Hitler pleure) Je vois qu’elle aurait pu être ma vie, quand je ne peux plus la vivre.. ..Sauvons ces quelques minutes. Mets ta robe noire à roses rouges (sortant dans le couloir central, appelant) Goebbels. Cherchez moi un officier d’Etat-Civil. Bormann, trouvez-moi deux bagues. Günsche, dites à la cuisine qu’on prépare un repas, et qu’on dresse une table de noces.
Eva Braun rit et applaudit, et va dans sa chambre, Hitler la suit.
Dans le couloir central. Goebbels, Bormann.
Goebbels.—Le Führer vous a demandé de lui trouver 2 bagues.
Bormann.- (montrant sa main) 2 identiques…. J’ai une idée. Le trésor des SS contient les bagues des Juives des camps.
Goebbels.- Ce n’est peut-être pas de très bon goût. A quels doigts n’ont-elles pas été arrachées.
Bormann.- Je vais les faire décaper. Il n’y aura plus une once de crasse, je vous garantis.
Ils sortent.
Salle des secrétaires. Traudl Junge à sa machine à écrire. Entre Hitler en grand uniforme.
Hitler.- Prenez, Traudl. « Mon testament politique. Après un combat de 6 ans, qui, malgré les défaites, entrera dans l’histoire comme le témoignage le plus glorieux et le plus courageux de la volonté de vivre d’un peuple, j’ai décidé de ne pas quitter la ville qui est la capitale du Reich et de me donner la mort, dès que je ne serai plus en mesure d’exercer mes fonctions. Ma reconnaissance envers nos soldats sur le front, nos femmes chez elles, nos paysans aux champs, nos ouvriers dans les usines, la jeunesse unique qui porte mon nom, va de pair avec mon désir qu’ils ne renoncent en aucun cas à la lutte. Je prie les chefs de l’armée de terre, de mer, de l’air, de rappeler à nos soldats que le fondateur du parti nazi a préféré la mort à la capitulation. Puissent soldats et officiers mettre leur point d’honneur à ne jamais se rendre, et à leurs chefs de donner l’exemple jusque dans la mort. Je nomme l’amiral Doenitz, président du Reich et chef suprême des armées, le docteur Goebbels Chancelier du Reich, et Martin Bormann Chancelier du Parti. Fait à Berlin, le 29 avril 1945. » Tapez cela.
Traudl Junge commence à taper la sténo qu’elle avait prise. Hitler sort, laissant la porte ouverte.
La voix de Walter Wagner.- Devant moi, Walter Wagner, Conseiller Municipal, Officier d’Etat-Civil, ont comparu, pour se marier ce jour : Adolf Hitler, né en 1889 à Braunau de Hitler Aloys et de Pölzl Klara ; Eva Braun, née en 1912 à Munich de Braun Friedrich et de Krappburger Franziska, les témoins étant le docteur Joseph Goebbels, Ministre du Reich, et Martin Bormann, Reischleiter. Déclarez-vous tous deux être de pure descendance aryenne et n’être pas atteints de maladies héréditaires in compatibles avec le mariage ?
La voix d’Hitler.- Je le déclare.
La voix d’Eva Braun.- Je le déclare.
La voix de Walter Wagner.- Adolf Hitler, acceptez-vous de prendre pour épouse Eva Braun ici présente ?
La voix d’Hitler.- Oui.
La voix de Walter Wagner.- Eva Braun, acceptez-vous de prendre pour époux Adolf Hitler ici présent ?
La voix d’Eva Braun.- Oui.
La voix de Walter Wagner.- En foi de quoi, je vous déclare unis par les liens du mariage. Veuillez échanger vos anneaux.
Entre Goebbels.
Goebbels.- Traudl veuillez ajouter au testament politique du Führer, le codicille suivant. (Traudl prend note en sténo) « Moi, Joseph Goebbels, refuse catégoriquement ma nomination par le Führer de chancelier. Dans le délire de trahison qui entoure le Führer, il doit y avoir au moins une poignée d’hommes qui lui demeurent loyaux inconditionnellement. Avec ma femme et mes enfants, qui, eussent-ils été assez grands pour en juger, y auraient consenti, j’ai pris la résolution de finir, aux côtés du Führer, une vie qui pour moi n’a plus de valeur, si je ne peux plus l’employer au service du Führer, et à ses côtés. » Il sort. Traudl tape le codicille.
On entend déboucher une bouteille de champagne, des bruits de flûtes en cristal. Eva Braun en longue et large robe de taffetas noir, imprimée de larges roses rouges, au poignet un bracelet d’or, une montre sertie de brillants, au cou le pendentif d’une topaze, dans les cheveux une broche, entre, portant deux flûtes de champagne, qu’elle pose à côté des secrétaires. Traudl tape toujours. Entre Hitler.
Hitler.- Greta. (Greta tape directement) « Mon testament privé. Je ne croyais pas, durant mes années de lutte, pouvoir assumer la responsabilité de fonder une famille. J’ai décidé, à la fin de mon parcours terrestre, d’épouser la jeune fille, qui, après tant d’années de fidèle amitié, a choisi librement de venir partager mon sort, dans une ville assiégée. Quant à mes biens propres, mes habits et mes affaires personnelles, telles qu’agendas, stylos, couteau de poche et objets de ce genre, j’ordonne expressément qu’ils soient détruits. Ce me serait un dernier crève-cœur, que commissaires-priseurs, antiquaires et brocanteurs juifs tirent bénéfice des biens de celui qui n’a cessé d’œuvre à l’extinction de leur race. Cette conclusion sarcastique à l’oeuvre de ma vie me froisserait plus que tout. » Traudl Junge tire la feuille de la machine, la présente à Hitler, qui signe. Greta en fait de même, il signe. Il emporte les deux feuilles. Traudl Junge et Greta Schroeder se lèvent, se saisissent des deux flûtes de champagne et trinquent l’une à l’autre.
Hitler passe dans le couloir central.
Hitler.- (appelant) Günsche. (paraît Günsche) Ordonnez à mon chauffeur Kempe de vous apporter 200 litres d’essence. Lorsque nous ne serons plus, vous répandrez sur nous ces 200 litres, vous nous brûlerez. Veillez à ce que nous brûlions en entier. Vous disperserez nos cendres. Je ne veux pas qu’on me retrouve dans un bocal dans un musée tératologique.
Günsche.- A vos ordres.
Hitler entre dans son bureau, dont les portes sont ouvertes, pose les deux testaments sur le bureau, s’assied, pose ses coudes sur la table, pose sa tête dans ses mains.
Hitler.- (off) Aurai-je le courage ? Tel que je me connais, j’ai peur que non. Je vais me donner du fil à retordre. Je vais opérer des manœuvres de diversion. Je me connais : je vais atermoyer, je vais me filer entre les doigts. Oui, mais sinon ? Sinon ? Par lâcheté, ne faut-il pas que je m’arme au moins de ce courage-là ? Par lâcheté ?
Il se lève, erre de salle en salle.

La salle des cartes, les portes ouvertes. Burgdorf, et Krebs, debout. Passe Hitler, qui fait leur détour.
Burgdorf.- Et si on lui donnait l’exemple, pour l’encourager ?
Krebs.- Ca le froisserait. C’est lui qui est censé donner l’exemple.
Burgdorf allant, venant.
Burgdorf.- Avant qu’on y passe, comment passer le temps ?… .. Je ne vois qu’une chose qui tiendrait le coup, (il montre une étagère haute) le schnaps.. .. .. ..Ca se mesurerait bien avec. Etre ivre-mort présente un avantage, on est pour moitié mort, mais on est pour moitié ivre.
Krebs.- .. .. Ce n’est pas une schnapsidée.
Burgdorf cherche la bouteille, l’offre à Krebs.
Krebs.- Prost.
Il boit, tend la bouteille à Burgdorf.
Burgdorf.- Prost.
Il boit à son tour. Tous deux font trois tournées.
Burgdorf.- (un peu ivre) .. ..Une chose n’a cessé de me choquer. pendant cette guerre. Notre Alexandre, notre César, notre Bonaparte, jamais n’a fait comme Bonaparte, César, Alexandre : jamais il ne s’est battu à la tête de ses troupes. Est-ce qu’il sait ce que c’est qu’avoir peur d’une fenêtre, d’un toit, d’un jardin, d’un bosquet, d’une lucarne, d’un coin de maison, d’un repli de terrain, d’un arbre ? Ce que c’est que cette l’impression que tout ce qui existe autour de soi vous vise ? On aurait attendu de lui qu’il partage avec nous la boue, la glace, la fatigue, la faim, la solitude.. ..Non. Notre Alexandre, notre César, notre Bonaparte était à 15 m. sous terre, à l’abri, au propre, au sec, au chaud, à bavarder avec des demoiselles, devant un chocolat chaud et des viennoiseries : tranquille comme Baptiste. Il faut oser dire ce qui est : le Führer de toutes les Allemagne, a été le 1er planqué, le 1er embusqué de la nation.
Krebs.- Burgdorf.
Burgdorf.- Général.
Krebs.- Depuis que l’histoire est l’histoire, quel homme a été adulé par toute une nation, comme le Führer par l’Allemagne ?
Burgdorf.- Aucun.
Krebs.- (se levant et faisant le salut) Heil Hitler.
Burgdorf.- (l’imitant) Heil Hitler.
Krebs.- Honneur et gloire au plus grand Allemand de tous les temps.
Burgdorf.- Honneur et gloire au plus grand Allemand de tous les temps.
Burgdorf offre la bouteille à Krebs.
Burgdorf.- Mauvaise santé.
Puis Krebs à Burgdorf.
Krebs.- Mauvaise santé. Ils s’affalent à nouveau sur leur canapé.
Passe Hitler par-dessus leurs jambes.
Hitler.- (off). Combien de milliers de soldats ne m’ont pas ouvert la voie, pourtant ? Oui, maisvoilà, eux, étaient pleins de moi : ils avaient quelqu’un au nom de qui aller où ils allaient. Comme eux, j’ai moi, mais tandis qu’eux, en plus d’eux, ont moi, moi, en plus de moi, je n’ai que moi. Et mon moi est très réticent d’aller où ils sont allés, au nom de moi.
Passe Hitler.
Burgdorf.-(affalé) Qu’est-ce qu’on a pu se saouler. Qu’est-ce qu’on a pu biberonner. Qu’est-ce qu’on s’est laissé aller. Inhibitions, timidités, dépressions, complexes, comme on s’est guéri de tout ça. Les 7 péchés capitaux, colère, orgueil, luxure, avarice, envie, paresse, gourmandise, sur lesquels on se retenait tant, comme on leur a donné libre cours. Qu’est-ce qu’on s’est lâché.
Krebs.- C’est clair.
La radio. Avec un arrière-fond de mitraillade et d’explosions.
La voix du général Weidling. (forte)- (haletant) Urgent. Général Weidling au Führer : les Russes auront investi le bunker dans une demi-heure. Urgent. Général Weidling au Führer : les Russes aurons investi le bunker dans une demi-heure.
Hitler dans son bureau, devant son miroir.
Hitler.- (off) La boucle est bouclée. De rien à caporal, de caporal à chancelier, et puis de chancelier à caporal, et de caporal à rien. Adieu, toi. .. .. Courage. Quand on perd l’esprit, on n’a plus l’esprit pour savoir qu’on perd l’esprit. (appelant) Eva (Entre Eva).
Hitler.- Le temps nous est compte. C’est l’heure. (expliquant à Eva Braun) .. La règle : ne pas réfléchir. Se faire machine. La suite du programme sera dans l’ordre : saluer le monde, prévenir Günsche, entrer chez nous, fermer la porte, nous embrasser, nous asseoir sur le canapé, toi, ôter l’ampoule de l’étui, casser un bout, la mettre en bouche, casser l’autre bout, avaler. Moi, ôter l’ampoule de l’étui, casser un bout, armer le pistolet, mettre l’ampoule en bouche, casser l’autre bout, mettre le canon en bouche, avaler, appuyer sur la détente. Entendu ?
Eva Braun.-Entendu.
Hitler.- Rappel : ne pas réfléchir. Nous enclenchons le mécanisme ?
Eva.- Nous enclenchons.
Hitler.- (à haute voix) Mesdames, Messieurs, pardonnez-nous, il est temps pour nous, Eva et moi, de partir. Nous nous sommes que trop éternisés. (se rassemblent Günsche, Bormann, Goebbels, Burgdorf, Krebs, Traudl Junge, Greta Schroder) (Il donne une poignée de main aux premiers, Eva à sa suite, s’arrête à ses deux secrétaires, dont il saisit à chacune un bras de ses deux mains) C’est avec vous, que dans mon dernier âge, j’ai pu jouir de la même douce égalité dont j’ai joui dans mon premier. Grâce à vous j’ai vécu de dernières heures aussi belles que les premières. (Il les embrasse, Eva les embrasse aussi) Günsche, dans 10 minutes, nous serons à vous.
Hitler et Eva Braun rentrent chez eux et ferment la porte.
Tous ont les yeux fixés sur la porte. Silence tendu. Immobilité parfaite. Au bout d’un Bormann, timidement, regarde Günsche, qui, discrètement, regarde sa montre.
Günsche.- Dix minutes sont passées.
Goebbels.- (objectant) On n’a rien entendu.
Günsche entre dans la chambre, Bormann à sa suite, laissant la porte ouverte. Goebbels s’approche de l’ouverture de la porte, penche la tête, horrifié se détourne. Günsche rentre, devant tous sort du bureau, monte vers l’étage supérieur, revient avec deux couvertures et deux SS, rentre à nouveau dans la chambre. Ressortent de la chambre les 2 SS portant dans une couverture le corps de Hitler, (à l’arrière de la tête, du sang imprègne la couverture) suivis de Günsche, et de Bormann portant dans une couverture le corps d’Eva Braun. Suivent le cortège funèbre Goebbels, Krebs, Burgdorf, tous montent par l’escalier vers la surface. Au bout d’un instant, en même temps qu’on entend un vraoum, la vive lueur d’une énorme flamme éclaire l’esalier.
Etage supérieur des gardes. Sort de la chambre des Goebbels Helga, poursuivie par Magda Goebbels, et par le docteur Kuntz, qui la rattrapent, la maintiennent. Le docteur Kuntz tient en main un cachet, qu’il essaie de mettre dans la bouche d’Helga. Helga se défend comme un beau diable,détourne désespérément la bouche.
Helga.-(se débattant) Tu mens. Où sont les valises ?
Magda Goebbels.- (essayant avec force de la maintenir) On ne veut s’encombrer de rien. On trouvera tout de l’autre côté. On veut juste vous endormir. On veut passer les lignes sans alerter personne.
Helga.-(idem) Tu me hais. Qu’est-ce que tu as encore inventé ?
Magda Goebbels.-(idem) Tu es une ingrate. Si quelqu’un au monde vous a aimés, c’est moi.
Helga.-(idem) C’est faux. Tu n’as aimé qu’un seul : l’oncle Aldi. Sans cesse, tu nous chapitrais, tu nous disais de mettre les mains sur la table, de ne pas parler la bouche pleine. Tu ne nous embrassais que quand l’oncle Aldi était là, et fort, que quand il te regardait.
Magda Goebbels.-(idem) Et toi ? Tu as vu comme tu te conduisais avec lui ? Tu lui tirais sa moustache, sa mèche. Tu me faisais honte.
Helga.- (idem) Tu crois que je ne voyais pas ton manège ?.. .. Pour l’oncle Aldi, tu te coiffais, tu te fardais, tu te mettais du rouge à lèvres, tu mettais tes plus jolies robes. Tu faisais des mines, tu faisais la romantique, la rêveuse.
Magda Goebbels.- (idem) Veux-tu une fois dans ta vie, faire ce que je te dis ?
Helga.-(se défendant furieusement, hurlant) Non. Non. Non. Au secours.
Magda Goebbels.-Pour une fois dans ta vie, tu vas obéir ?(elle lui pince le nez d’une main, de l’autre elle lui presse les joues, pour la forcer à ouvrir la bouche, au docteur Kuntz, furieuse) Allez-y donc.
Le docteur Kuntz parvient à mettre le cachet dans la bouche, il presse sa main devant la bouche d’Helga, pour qu’elle ne le crache pas. Magda presse de deux doigts le long du cou de Magda, comme on fait quand on gave les oies. Helga sombre dans l’inconscience.
Magda.- Avec le caractère qu’elle avait, elle aurait été malheureuse toute sa vie.
Tous deux portent Helga inconsciente dans la chambre des Goebbels, dont ils ferment la porte.
Goebbels, descendant de la surface, suivi de 4 SS de la garde du bunker, qui attendent près de l’escalier, puis de Günsche, qui monte de l’escalier inférieur.
Goebbels.- (off) Un jeune homme qui a lu tard un roman policier, regarde l’heure, pressé de se coucher, il jette pantalon et chemise par terre : pantalon et chemise gardent à terre une vague forme de ses cuisses, de sa poitrine. C’est ce qui reste de moi. Une dépouille.
Sort de la chambre des Goebbels Magda Goebbels, qui fait signe aux 4 SS, qui entrent dans la chambre des Goebbels, en sortent, portant à deux deux caisses, contenant les deux fois trois enfants. Ils montent l’escalier vers la surface. Les suit, comme un cortège funèbre, Magda Goebbels, que suit Goebbels, que suit Günsche. Au bout d’un certain moment, on entend deux coups de pistolet, séparés. Puis on entend un vraoum, la vie lumière d’ une flamme éclaire l’escalier. Redescend Günsche, seul, qui redescend à l’étage inférieur.
Radio. Musique funèbre.
La voix de l’amiral Doenitz.- « L’amiral Doenitz, président du Reich, annonce à l’Allemagne la mort héroïque, ce jour, de son Führer Adolf Hitler. Notre Führer Adolphe Hitler vient de tomber dans l’honneur, à la tête des derniers défenseurs de la capitale. Vive le III° Reich. »
Musique funèbre.
Radio.
La voix de l’amiral Doenitz.- « L’Amiral Doenitz, président du Reich annonce au peuple allemand qu’aujourd’hui, 8 mai 1945, le traité de capitulation générale de l’Allemagne a été signé à Karlshorst, dans la banlieue de Berlin, par l’Allemagne, l’URSS, les Etats-Unis, l’Angleterre, la France. Sur son ordre, la Wehrmacht a cessé le combat, qui était devenu désespéré. Le conflit, qui a duré 6 ans est maintenant terminé. »
Les explosions, les mitraillades, les coups de fusil cessent peu à peu.
Dans la salle des cartes. Krebs et Burgdorf.
Burgdorf.- (se levant) Eh bien ?
Krebs.- (se levant aussi) Sauf à être malhonnête
Burgdorf.- Il faut tirer la conclusion.
Krebs.- C’est clair.
Burgdorf.- Nous avions fait serment d’obéir au Führer seul, de ne prêter l’oreille ni à nos familles, ni à notre éducation, ni à notre conscience. C’est en vertu de ce serment que nous avons fait tout ce que nous avons fait. Si celui à qui nous avions fait serment n’est plus, il est évident qu’il faut que nous ne soyons plus non plus.
Krebs.- C’est clair.
Burgdorf.- Il faut être logique.
Ils sortent leurs pistolets de leur étui.
Krebs.- Heil Hitler.
Burgdorf.- Heil Hitler.
Ils placent le canon sur leur tempe, appuient sur la détente, et tombent.
Silence de mort.
Traudl Junge, qui sort timidement de la salle des secrétaires, dans le couloir central, suivi de Gûnsche.
Traudl Junge.- Il n’est vraiment plus ?
Günsche.- Il n’est vraiment plus.
Traudl Junge.- Je veux vérifier.
Günsche.- Il est parti en fumée. Même sa fumée s’est dissipée. Traudl Junge passe par l’antichambre du bureau, dont la porte est ouverte, dans le bureau de Hitler, en ressort.
Traudl Junge.- Il n’est vraiment plus. .. .. (de ses deux poings, elle appuie sur son cœur) .. .. Comme mon cœur bondit. C’est comme si au-dessus de moi était ôté un lourd couvercle.. ..Depuis tant d’années, sous l’œil du gardien, nous étions à nous demander si nous agissions bien, si nous nous conduisions bien, si nous parlions comme il faut, si nous pensions comme il faut, tout d’un coup, on trouve la porte de la cellule grande ouverte.
Günsche.- Il n’y a plus personne là-haut. Qu’allons-nous devenir ? Qui nous dira quoi faire ?
Traudl Junge.- Cette subite liberté m’enivre. Ah, Günsche, l’idée que je suis à moi me saoule.
Günsche.- Avant, quelqu’un réfléchissait pour nous : maintenant on est obligé de réfléchir par nous-mêmes. On ne sait pas. On ne nous a pas appris.
Traudl Junge.- Un grand fils, qui quitte sa famille pour habiter seul, parce qu’il n’a jamais fait la cuisine, est-ce qu’il mourra de faim ?
Günsche.- Je ne m’estime pas assez. Je n’ai pas une assez bonne opinion de moi.
Traudl Junge.- Adolescent, vous n’aviez pas rêvé de faire quelque chose ? Ne pouvez-vous vous reprendre à cet âge-là ?
Günsche.- C’est vrai qu’autrefois
Traudl Junge.- Et si la patience, l’énergie, les capacités que vous utilisiez à son service, vous les utilisiez au vôtre ?
Günsche.- Avec toutes ces foules ? A quoi bon ?
Traudl Junge.- (montrant la surface, et tout autour d’elle) Et à quoi bon, lui ?
Günsche.- Je n’ai pas le choix. Il faudra bien que j’essaie.
Traudl Junge.-.. .. Que j’ai faim d’être moi. Des idées en foule se pressent à mon portillon. Vivement que je vive à mon idée.
Günsche.- Je crains que ce ne soit les femmes qui seront désormais nos institutrices.
Greta Schroeder très salie, descend, en frottant avec force ses vêtements, de la surface.
Greta Schroeder.- (à Traudl Junge) Dernier cri de l’évolution humaine : la civilisation allemande. Vous devriez voir là-haut. Les seigneurs de l’Europe, des ingénieurs et des médecins, en haillons, avec un couteau ébréché, dépècent un cadavre de cheval et mangent la chair crue. Des hommes de la pierre taillée, vivant de chasse et de pêche.
Bormann descend l’escalier de l’étage supérieur.
Bormann.- Günsche, l’officier et les soldats du corps de garde vont tenter une sortie.
Traudl Junge.- Nous venons.
Bormann.- Je suis opposé à ce que les femmes nous accompagnent. Leurs jupes vont se prendre dans les rayons de nos roues.
Greta Schroeder.- Nous avons dit que nous venons, Bormann. Traudl Junge et Greta Schroeder vont dans leur chambre, reviennent avec un sac.
Bormann.- (s’absentant dans un réduit, et revenant avec deux uniformes et deux casques) Mettez un uniforme sur vos jupes et un casque sur vos cheveux. Nous n’allons pas nous faire la cible de ces sauvages, parce que ces dames les auront mis en appétit… …(Les deux femmes s’en revêtent) Et détruisez vos papiers. (Il le fait des siens)
Greta Schroeder.- Vous avez honte de votre identité de Reichsleiter ?
Bormann.- Craignez, vous, pour votre ancienne fonction de secrétaire. Les secrétaires finissent de s’habiller.
Bormann.- Nous passerons par les jardins jusqu’à la station de métro de Kaiserhofstation. Nous suivrons le tunnel du métro jusqu’à la gare de Friedrichstrasse.. .. Pendant le trajet en surface, ayez un mouchoir blanc en main, soyez toujours prêtes à le lever et à vous rendre.
Greta Schroeder.- Le Gauleiter des Gauleiters à la main de fer s’apprête à agiter un drapeau blanc de sa main molle?
Bormann.- Je veux sauver le nazisme. Je veux rallier des partisans, mener une guerre de l’ombre.
Greta Schroeder.- (montrant tout autour d’elle) Vous n’avez pas assez montré ce que vous saviez faire ? Vous ne voyez pas que l’Allemagne en a assez ? Qu’elle a envie de rentrer à la maison ? (à Traudl Junge et Günsche) Ah. Laissons-le.
Tous trois sortent, puis Bormann.
