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9. Gagne-pain

 

Acte 4

 

 

Le lendemain matin. Le petit deux-pièces de Loris. Par la deuxième porte entre Micheline, prête à sortir. La suit Loris, qui noue sa cravate.

Loris.- Micheline

Micheline.- Micheline ? Comment pouvez-vous permettre de telles privautés ?

Loris.- Enfin qu’êtes-vous censée avoir fait chez moi, depuis hier soir, où vous êtes venue ?

Micheline.- Selon vous ? Prenez garde. Mâchez bien vos mots, afin qu’ils soient digestes et passent bien.

Loris.- Enfin, rien ne peut faire que ce qui s’est passé ne se soit pas passé.

Micheline.- Que s’est-il passé selon vous ? Voyons si vous aurez le front ?

Loris.- Pour dire vrai, le souvenir m’en échappe. Il faut que ça ait été bien peu matériel, pour laisser si peu de traces.

Micheline.- S’il vous plaît, ne tombez pas dans le défaut inverse.

Loris.- Vous ne voulez pas avouer que ça a été, ou vous ne voulez pas que ça ait été ? Disons que même s’il s’est passé quelque chose, il ne s’est rien passé. Cela vous convient ?

Micheline.- Que vous soulignez les choses d’un crayon gras. Que vous martelez le sol d’un pas pesant. .. ..La tendance que vous avez, Messieurs, de vous attarder sur ce qui n’est plus ou de vous projeter sur ce qui n’est pas encore : ne pouvez-vous, comme nous, être tout entiers dans l’instant ?

Loris.- (s’approchant d’elle et lui baisant la main) Laissons ce qui a été à ce qui a été : il a eu sa propre récompense. Vous avez raison.

Micheline.- (lui baisant la main à son tour) Voilà quelque chose à quoi je souscris.

Loris.- L’heure me chasse. Je vais être en retard.

Micheline.- Je partage votre retard. Votre retard est diminué de moitié. Micheline prend son sac, ils sortent tous les deux.

 

 

 

La Charge, la grande salle du Comité d’Entreprise. Estrade, chaises alignées, buffet. Entrent Barthélémy, Loris de chaque côté d’Hugues.

Hugues.- (à Loris et à Barthélémy) A Paris, autant la vie du corps est riche et nombreuse, autant la vie de l’âme est pauvre et rare. Au dehors, ce ne sont que fêtes et banquets, au-dedans ce n’est que jeûne et abstinence. Tant de foule autour de soi, mais soi, pour soi, comme on est seul. Tant de vie au dehors, si peu de vie en dedans. … Paris est vain et fou comme la jeunesse, comme la jeunesse, il faut que Paris se passe. Je veux être autre chose qu’un public, je retourne en mon privé. Exit Paris, entre la belle Angers aux toits bleus. Désolé, les amis : j’ai donné ma démission à Dru… …Mais si je quitte Paris, je ne vous quitte pas. Chez moi sera à jamais chez vous.

Barthélémy.- Comme chez nous sera à jamais chez toi. Sort de la Présidence, le Président Des Orches, qui va vers Hugues.

Des Orches.- Monsieur Le Bonhomme, un instant, je vous prie.

Hugues.- Monsieur le Président.

Des Orches.- J’apprends que vous nous quittez, j’en sais la raison. .. J’aime, jeune comme vous êtes, que vous vous adonniez à quelque chose de grave comme à un art. Tant de gens passent leur vie à jouer et à s’amuser, il faut que la maladie ou la vieillesse leur survienne, pour qu’ils passent à quelque chose de sérieux. Vous, vous affrontez, jeune, le grave de la la vie, je vous aime d’aimer cela. J’irai voir demain votre exposition. Des Orches serre Hugues dans ses bras, s’éloigne vers Pater et Dru. Camille rejoint Barthélémy, et l’emmène vers le buffet.

Camille.- (montrant des yeux discrètement, à voix basse) Si tu m’écoutes, tu ne te laisseras pas séduire par les couleurs charmeuses de ces charcuteries et pâtisseries : ce sont des maléfiques traîtresses. Les jaunes, roses, rouges, verts, violets, bleus, métallisés si fallacieux de ces pâtés, pâtés en croûte, tartelettes d’abricots, de myrtilles, de framboises, de cerises, de ces pâtes d’amandes, de ces garnitures de salés et de biscuits, de ces jus de fruits s’appellent de leur vrai affreux nom E120 acide carminique, E 124 rouge cochenille, E 127 erythrosine, E 131 bleu patenté, E 340 orthophosphate de potassium, E 450 polyphosphate de potassium, E 220 anhydride sulfureux, E 230 diphényle, E 240 acide borique, E 252 nitrate de potassium. Dru a voulu nous empoisonner à l’économie d’alimentation industrielle. : laissons-le s’empoisonner lui-même. Si j’étais toi, je fixerais mon choix sur ce pain complet au levain de la boulangerie de la rue des Petits Champs, sur ce suprême de foie gras entier du fournisseur du patron, et sur ce champagne brut rosé millésimé de la cave du Patron.

Barthélémy.- C’est ce que je ferai.

Des Orches, Pater et Dru vont à la porte à double battant accueillir Mademoiselle Barberine Inzinzac-Ploualmézeau, la saluent, vont avec elle à l’estrade. Les commis prennent place sur les chaises, Camille se plaçant entre Barthélémy et Hugues.

Des Orches.- Mesdames, Messieurs, (il attend silence et attention) tant de chefs d’entreprise, se sacrant eux-mêmes, se déclarant eux-mêmes de droit divin, vivent dans le luxe et la magnificence. Rachetant leur intempérance, dans le laïcat des chefs d’entreprise, Mademoiselle Inzinzac de Ploudalmézeau a fondé un tiers-ordre : reniant le luxe, ses pompes et ses œuvres, elle a fait vœu de frugalité et de sobriété.

Barberine.- (se levant) Permettez, Monsieur le Président, d’annoter en marge votre copie. Si j’ai renoncé au luxe, ce n’est pas par abnégation ni par esprit de sacrifice. Le luxe est trop coûteux en temps, en énergie, en contention d’esprit, pour un profit de vanité maigre. Si j’ai choisi de vivre simplement, c’est par économie. (jetant les yeux sur l’assistance, ses yeux s’arrêtent sur Hugues et ne le quittent pas)

Des Orches.- Dont acte.

Barberine.- (voix off) Sur toute cette brocante de personnel, seul se détache un objet précieux : avant qu’un amateur ne mette la main dessus, il faut que je me le réserve.

Barthélémy.- (se penchant, bas, à Hugues, indiquant du doigt Barberine) Hugues, certaine barbue imberbe a mordu à tes appas.

Hugues.- (bas) Qu’est-ce que tu dis ?

Barthélémy.- (bas, indiquant la direction de Barberine) Certain regard, a, par deux fois, touché ton vif. Elle semble apprécier la succulence de ton asticot. Des Orches, voyant que Barthélémy et Hugues parlent, les regarde et attend.

Hugues.- (bas) Paie-toi ma fiole.

Barthélémy.- (bas) Encore. (Hugues montre à Barthélémy, du pouce l’estrade, et regarde par la fenêtre)

Des Orches.- Et elle en a témoigné par sa personne. Elle nous a reçus chez elle. Sa seule domesticité, ce sont ses meubles anciens, avec passion chinés dans des brocantes poussiéreuses. Le service de sa table, elle se l’assure elle-même, avec cent fois plus de style que le personnel domestique le mieux stylé.

Barberine.- (voix off) De cette mer de visages, combien de regards me fixent, quand le seul que j’aimerais posé sur moi, s’échappe par la fenêtre… … Voilà notre châtiment à nous, chefs d’entreprise : ne se donne à nous que le personnel servile, obéissant ; les êtres libres, souverains, à nous se refusent.

Barthélémy.- (bas) Hugues, ses yeux te questionnent à distance. Réponds-leur.

Hugues.- (bas) Un oiseau des îles, derrière une cage, dans un jardin zoologique, tout ce que je peux faire, c’est lui lancer des cacahuètes. Des Orches regarde Barthélémy et Hugues, attend patiemment qu’ils aient fini de parler.

Barthélémy.- (bas) Encore.

Hugues.- (bas) Qu’est-ce que tu veux que je fasse d’une beauté qui a une tête de plus que moi? Je croirais l’embrasser, j’embrasserais ses mollets. Crois-tu qu’elle pliera les genoux, pour se mettre à ma taille ? C’est moi qui devrais monter sur un tabouret. (Il fait à Barthélémy un signe du pouce vers l’estrade, et pose l’index sur les lèvres)

Des Orches.-(le silence étant revenu) Ses options, dans sa Société, sont tout aussi étonnantes. Elle, la première, dans son bureau est toujours la seconde : il y a toujours chez elle quelqu’un devant qui elle s’efface, ou du personnel ou de la clientèle. Et toute la maison prend exemple sur elle. L’information, par ce principe, ne cesse de circuler entre les services : tout progrès peut ainsi être mis en œuvre sur le champ. Et yout en ne quittant pas de l’œil dans les ateliers le projet en cours, dans son bureau d’études intérieur elle prépare déjà le suivant : tout produit parfait débouche ainsi sur un nouveau produit qu’elle veut aussi parfait que le précédent. Vous comprenez pourquoi, à son introduction, le prix d’une action de sa Société atteint de tels sommets.

Barberine.- A vous entendre faire mon éloge, Monsieur des Orches, je croirais que vous me voulez du mal. Eloges et louanges sont vin de fort degré, qui rend ivre : on perd ses réflexes, sa clarté d’esprit, l’état de conscience se modifie. On vous loue, vous baissez la garde, l’esprit d’entreprise vous quitte, l’esprit critique vous abandonne : les éloges tarissent en vous ce qui faisait la source même des éloges. Comme je ne m’en laisse pas accroire, pour défigurer votre trop beau portrait, j’avoue un vilain défaut : je donne égale considération à tous les employés qui travaillent dans mon entreprise, qu’ils fassent leur travail avec conscience ou non. La présence dans l’entreprise de ceux qui ne gagnent pas le pain qu’ils mangent est une insulte à ceux qui assurent le travail à leur place. Il est de la dernière injustice de ne pas les licencier, et pourtant, je ne peux pas m’y résoudre. Je tolère des choses intolérables : redescendez-moi de mon socle.

Hugues.- (voix off) Belle et intelligente et sensible, quoi que riche : comment a-t-elle fait ?

Barberine.- (voix off) Quelqu’un qui ne sachant pas que faire de sa vie, fouille avec désespoir dans les librairies, feuillette et feuillette, et ne trouve rien, avec opiniâtreté continue à fouiller et feuilleter, espérant, désespérant, et un beau jour, dans un mince livre inattendu, ouvert par hasard, il trouve enfin ce qu’il cherchait. Il l’ouvre, lit, et il voit que tout y est. Et il va, le mince livre sur son cœur battant, le pied léger, l’esprit en fête. (à Des Orches, qui respecte son aparté) Je proposerais, Monsieur Des Orches, si vous voulez bien, que nous laissions votre personnel achever nos harangues verre en main.

Des Orches.- (riant) Vous ne ferez jamais rien comme tout le monde. Il se lève, tout le monde va au buffet, Des Orches salue Melle Inzinzac et rentre dans son bureau.

Barberine.- (à Pater, faisant un geste vers le personnel) Monsieur Pater, je suppose que votre personnel est quelque chose dans ce que vous faites ? Si vous me le présentiez ?

Pater.- (souriant, présentant) Barthélémy Tatvan, notre ancien… … Je ne dirai pas son âge, vous ne me croirez pas. Il a le corps alerte et l’esprit vif, comme dans sa jeune maturité. Sa femme, a le corps aussi alerte, que son mari, mais chez elle c’est la langue qui est vive.

Barberine.- Je vois dans votre personnel bien des personnes de qualité.

Pater.- (présentant) Hugues Le Bonhomme.

Barberine. -Heureuse de faire votre connaissance.

Hugues.- Moi de même.

Pater.- Ne vous fiez pas en l’air bonhomme de ce Bonhomme. Il a une 2ème vie en plus de celle-ci.

Hugues.- (fâché) Monsieur Pater

Barberine.- (coupant Pater et allant plus loin) Je vous en prie. (voix off, rêvant) Hugues, beau prénom tel que j’en rêvais. Hugues, vous qu’avec impudeur, j’ose nommer, ainsi vous appellent votre père, votre mère, vos frères, vos sœurs, vos amis.

Pater.- (présentant Loris) Un jeune homme d’une famille amie : Loris Ortigueira. Il a interrompu ses études et a pris une année sabbatique pour apprendre Paris. Il se paie son stage de sa poche.

Barberine.- J’ai fait ce que vous avez fait, non par libre cho

Barberine.- (retenant Pater) Dans les visages impénétrables de vos gens, on sent toute une vie qui palpite. Ce jeune homme blond a vivement tiré le rideau sur sa vie privée. Cette vie ne semblait pas si privée, puisque vous y avez eu accès.

Pater.- Figurez-vous que ma femme, férue d’art, me traîne à des expositions de jeunes peintres. Un Samedi, dans une galerie, trois jeunes peintres exposaient. L’un d’eux, c’était lui.

arberine.- Ce jeune homme est peintre ?

Pater.- Pire que peintre, fou de peinture. En plein Paris, ce jeune homme est entré en art comme en religion, et se cloître dans son atelier comme dans une cellule. C’est un peintre d’avenir. Je lui acheté cinq toiles… … Savez-vous qu’il est d’Angers comme vous. Mais alors, que vous vous en venez à Paris, il s’en retourne à Angers. Il a demandé son congé. Je le regrette.

Barberine.- Si proches étions-nous, et nous ne nous connaissions pas. (voix off) ..Si la femme, de par sa situation est placée plus haut que lui, est-ce que l’homme, renversant la tête, osera s’adresser à elle ? N’est-ce pas à elle, baissant la sienne, de s’adresser à lui ? Mais s’il se dérobe ? Ne serait-ce pas affreuse humiliation ? Ne pas aller et risquer de le perdre ? (à Pater) Permettez.

Pater.- Je vous en prie.

Hugues.- (voix off) La comète chevelue s’en vient frôler ma petite planète. Emplissons-nous les yeux, pendant qu’elle passe, avant qu’elle disparaisse.

Barberine.- (abordant Hugues) Monsieur, me feriez-vous sacrifice d’un peu de votre temps ? (Hugues, surpris, fait un geste pour lui dire qu’il écoute) M’accorderez l’honneur de me dégrader de mes galons, et de me traiter en deuxième classe ? (Hugues fait un geste. Elle poursuit, les yeux au sol) Recueillez, Monsieur, cet aveu tremblant de mon cœur : je me suis éprise d’amour pour vous. La flamme de votre regard sur moi a causé un petit départ de feu ; sèche et aride comme je suis, je suis en proie à un incendie qui fait rage.

Hugues.- A votre aveu je réponds par le mien. Je vous avoue, que moi aussi, j’ai osé commencer de vous aimer, sans votre aveu, de ma place obscure, confusément… … Nous roulons au hasard, Mademoiselle, accordez-moi de nous arrêter sur le bas côté, afin que nous étudiions la carte. (Barberine fait signe de la tête qu’elle écoute) … Comme de la terre glaise, nos vies quotidiennes nous façonnent, et le four de la vie nous cuit et recuit. Moi, je mène une vie comptée. Calculant mes besoins, j’adapte sans cesse mes besoins à mes gains. Je mène une vie serrée qui m’est d’autant plus chère que je la paie cher. Vous, en temps et en forces, vous avez des fortunes que vous pouvez dilapider à toutes les fantaisies imaginables. Chacun, sur terre, est si certain que sa façon de vivre est la meilleure, qu’il ne comprend pas pourquoi l’autre n’adopte pas la sienne. Vous vivez dans une telle aisance d’argent que vous n’auriez que mépris pour les petites économies dont je suis si fier. Sans moyens, je suis économe, vous me traiterez d’avare, avec vos moyens, vous êtes généreuse, je vous taxerai de dépensière Nous serions une heure ensemble, que l’heure suivante nous ne le serions plus… Il faut être sage, vivre ce court roman comme un rêve, puis nous réveiller, du bout du pied chercher nos mules, et reprendre à tâtons chacun notre vie quotidienne.

Barberine.- Telles seraient les choses, si je n’étais pas tombée amoureuse non seulement de vous, mais aussi de votre vie. J’ai toujours senti ma façon de vivre de riche comme pécheresse. Je postule à entrer dans votre couvent de la stricte observance. Je réclame d’être votre novice en votre monastère, père abbé.

Hugues.- La pauvreté est involontaire, elle se subit, mais ne se choisit pas.

Barberine.- Je suis prête à vous donner tous les gages que vous voudrez. A quelles dures conditions devrais-je me plier ?

Hugues.- Je gagne peu, je vis de peu : je ne peux ni ne veux gagner plus que ce peu. Il faudrait, chose inimaginable, que vous qui gagnez beaucoup, ayez à vouloir gagner moins, jusqu’à ne plus gagner que ce peu que je gagne.

Barberine.- Je veux être avec vous, et rien qu’avec vous, et que rien ne me distraie de vous. Si la seule façon est de partager la paie, je la partagerai.

Hugues.- Comment ferez-vous pour gagner moins ?

Barberine.- Mon Conseil d’Administration entérine toutes mes décisions. C’est moi qui fixe mon salaire : je hacherai dans le mien.

Hugues.- Vous ne supporterez pas de la gêne l’hiver glacial. Vous n’êtes pas née dans nos régions. Vous êtes de constitution trop délicate pour d’aussi rudes saisons.

Barberine.- La gêne vous est dure aussi.

Hugues.- Elle m’est douce, à cause de l’art qu’elle me paie.

Barberine.- Elle me sera douce, à cause de vous qu’elle me paiera.

Hugues.- Sur l’heure, la pénurie vous piquera comme un jeu, mais l’heure ne tardera pas, où le jeu plaisant se fera nécessité dure et insupportable.

Barberine.- Combien supportent cette médiocrité par force et avec haine. Je ne la supporterai pas par choix et avec amour ?

Hugues.- Je suis un gain trop chiche pour une mise aussi importante. Vous vous estimerez à la longue mal payée.

Barberine.- Je vois que vous vous illusionnez sur les riches. Vous ne savez pas combien ce qui les comble les comble peu, combien satisfaire tous leurs désirs les laisse insatisfaits. La richesse manque trop de ce sérieux, qui seul est nécessaire à la vie, et cela les torture. Vous m’offrez une occasion sérieuse, de vivre une vie sérieuse.

Hugues.- Sur votre honneur, vous nous voterez pas d’augmentations aux fins de mois difficiles ? Lorsque nos crédits seront épuisés, vous ne nous voterez pas un collectif budgétaire?

Barberine.- Sur mon honneur. Je vous donne ma parole. ..(court silence)..Est-ce que je vous ai donné assez de gages ? Me laisserez-vous vous aimer ?

Hugues.- Je vois déjà moins d’obstacles.

Barberine.- Que vous me plaisiez s’est déjà tout seul fait.

Hugues.- Que vous me plaisiez, bien peu reste à faire.

Barberine.- (montrant l’escalier) Me laisserez-vous vous attendre ? Me permettez-vous de vous accompagner tout à l’heure un bout de chemin ?

Hugues.- Où que j’aille ?

Barberine.- Où que vous alliez.

Hugues.- Dans un lieu incongru ?

Barberine.- Dans un lieu incongru.

Hugues.- Vous ne vous récrierez pas, vous ne direz pas : vraiment ? Vous ne ferez pas de mine étonnée ou admirative ?

Barberine.- Non.

Hugues.- Je peins. Je vais à mon atelier. Un silence.

Barberine.- Me laisserez-vous monter et voir ce que vous faites ?

Hugues.- Lorsque vous verrez ce que je fais, que direz-vous ?

Barberine.- Je dirai ce que je pense, comme je le pense.

ugues.- Si ce que je fais vous déplaît ?

arberine.- Je le dirai sans hésiter.

Hugues.-Si ce que je fais vous laisse indifférente ?

Barberine.- Je le dirai sans état d’âme.

Hugues.- Si ce que je fais vous plaît plutôt ?

Barberine.- Je ne le cacherai pas, vous pensez.

Hugues.- C’est bien ce que je craignais. Cela ne fait pas mon affaire. J’attends de ceux que j’aime, pour ce que je fais, l’admiration la plus frénétique, l’enthousiasme le plus délirant. La moindre réticence de votre part, m’abîmerait dans des gouffres de désespoir vertigineux. Il n’est pas du tout de notre intérêt que vous vous intéressiez à ce que je fais.

Barberine.- A mon regret, je m’en désintéresserai donc. .. ..A tout de suite, tout de même ?

Hugues.- A tout de suite. (sortent Barberine et Hugues de deux côtés différents)Barthélémy, Camille, sortant.

Camille.- Je ne te l’ai pas dit. J’ai invité mon frère Méthode et sa femme pour demain soir. Inutile de pousser les hauts cris : je te donne le dimanche en échange.

Barthélémy.- Entendez-moi ce faux jeton. Tu échanges des biens dont l’un n’est pas négociable. Tu sais que le dimanche est sacré : je te l’ai réservé.

Camille.- Tu veux bien ?

Barthélémy.- En bougonnant.

Camille.- Plutôt ne pas recevoir que mal recevoir.

Barthélémy.- Tu voudrais que je saute de joie ? Que ton frère, profession libérale, dîne chez moi, syndicaliste pur et dur, que je l’entende se vanter des appartements qu’il achète pour placer son argent, de ses délits d’initié, de ses cerfs des Vosges, de ses rennes de Suède, de ses phacochères du Burkina-Faso, de ses pigeons, de la fiente de ses pigeons, de ses tomates, décrier le gouvernement de gauche, dénigrer les immigrés de toute race, et je devrais hurler d’allégresse ?… … J’accuse le coup, tu permets ? Tu sais bien que, le moment venu, il n’y aura pas plus hypocrite que moi, et que ton fasciste de frère ne trouvera pas plus chaud supporter que ton mari. Camille embrasse Barthélémy. Elle met son bras sous le sien et le serre contre elle.


  

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