5
Charles-Antoine arrive à un palier, et s’assied.
Charles-Antoine.- … .. Charles-Antoine. Ton express passe les petites gares, espèce de saucisse, t’ sais pas même à quel étage tu es. .. ..Tu eusses réchléfi, tu eusses pensé : la seule chose, qui purticalise les étages, c’est les paillassons. Or, or, or, le paillasson de la vieille moquette du 3ème a une bordure en tissu : quand tu montes à pied, que t’vois le paillasson avec la bordure en tissu, tu t’dis, t’es chez la vieille moquette du 3ème, t’a pus que deux étages à faire… .. (Il tâte le paillasson de l’étage où il est) Problème : c’ui-là, a pas de bordure. Concusion : t’sais pas où t’es. Morde alère. Faut que tu r’descendes tout en bas, pour faire tous les paillassons l’un après l’aut’. ..(silence, il réfléchit) .. Charles-Antoine, ballot, nigaud, tu bites au 5ème, les mansardes sont au 6ème : au yeu de faire 1 + 1 + 1, fais don 6-1, oison, bécasson. V’là c’qu’tu vas faire : t’vas monter sans réchléfir, jusqu’à ce tu cognes au plafond. Simp, non ? Qu’est ce t’as à te torcher les ménages ?
Il continue à grimper lentement à 4 pattes.
Charles-Antoine.- Qu’est-ce que je m’suis irrigué le vignoble. Qu’est ce que je m’suis tuyauté le système. Qu’est ce que j’ai dans la casquette, Vierge Marie, qui êtes aux cieux.
6
Charles-Antoine arrive à un palier, s’assied.
Charles-Antoine.- Repos dominical. Prions… …. Ch’suis tout pour ma mère, d’accord, mais trop c’est trop. Al a trop vis à vis d’son fils une attitude compulsive sentimentalo-érotique-incestueuse super-agaçante : al m’passe la main dans les cheveux, al m’caresse la joue ; al remonte le col, al rectifie la cravate ; al vous embrasse avec ses gants humides après la vaisselle les essuyant sur votre pull : dès qu’elle le put, elle me tuche… … Elle sait pas comme ça me met la chevelure en brosse.
-Charles-Antoine, tu m’aimes ?
-Tu sais bien.
-Tu peux me le dire.
-Te suffit pas de le savoir ?
-C’est m’aimer deux fois, que dire qu’tu m’aimes.
-Pas d’accord. Pour moi, dire qu’on aime, c’est pour dire qu’on aime pas du tout.
-Charles-Antoine, embrasse-moi.
Ça, c’est le bouquet. Ça me hirsute toute la poilure.
-Pas maintenant. Plus tard. Je suis grand. Tout à l’heure. Une aut’ fois. Pas le matin. Pas l’après-midi. Pas en semaine. Je t’ai déjà embrassé l’autre jour.
J’fais tout pour éviter le sévice.
Et quand elle m’a forcé d’ l’accompagner pour souhaiter les
ans au grand père.
-La bouteille de Vieil Armagnac, s’il te plaît, Charles-Antoine, fais un effort, la casse pas. Je sais, quand tu casses, t’ fais pas exprès. Tu laisses glisser malgré toi : c’est ta façon d’montrer qu’t'es contre. Fais moi plaisir, que tes doigts aient conscience qu’ils tiennent une bouteille, qui est tout de même d’un certain prix. Fais plaisir à ta mère. Elle est la fille de son père.
- Charles-Antoine. Ton grand père te réclamera sans doute un baiser sur sa joue. Quand il a eu 70 ans, t’as refusé, tu lui as dit qu’il était tout plissé dans la figure, tu voulais pas que ça carbone copie sur ta figure à toi. A l’époque il a ri de toutes ses dents, aujourd’hui, il rira plus… …Je sais qu’il est méchant, mais les années ont passé, il a plus qu’sa façon d’être bon qu’est méchante… … C’est mon père, l’oublie pas, c’est grâce à lui que ch’ suis, et que moi étant, qu’t'es, toi, toi, toi.
Je m’esconsole, pensant que c’est vraisemblement sa dernière dizaine d’anniversaire.
Il regarde vers le haut.
Charles-Antoine.- Fin d’la récréation.
Il continue de monter à 4 pattes.
Charles-Antoine.- Qu’est ce qu’on s’est poivré. Qu’est ce qu’on s’est assaisonné. On était rond comme des barriques… …Rrrah.
7
Charles-Antoine arrive au 6ème étage, où sont les greniers. Il tâte, constate qu’il n’y a plus d’escalier.
Charles-Antoine.- (triomphant) Y a pus rien.
Après bien du travail, le coche arrive au haut.
Riposons-nous, dit la moche aussitôt.
Il s’assied.
Charles-Antoine.- Y a eu Marie-Odile. Ah Marie-Odile J’ai d’abord passé par des aff’, mais après, qu’est ce je me suis tirebouchonné. (riant, se tenant le ventre) J’en avais mal à la bousine.
Marie-Odile, faut pa croire, c’est qu’un béguin. Un simple collage, genre colle blanche de bureau, on colle deux feuilles de plastique, on croit que c’est collé, ça se détache comme rien.. .. .. On se connait que de superficie. Ça va pas au fond, loin de l’orifice. On reste en surface.
Il faut proclamer haut et fort, pour les ligues, Marie-Odile, et je, pour des raisons dépendantes de notre volonté, on est 2 ans plus vieux que nos petits camarades. On est en retard de 2 ans, du point des parents, en avance de deux ans, de notre point de vue à nous. Fin du communiqué.
Y a 15 jours, téléphone, Marie-Odile.
-Charles-Antoine ?
- Ouais ?
-Pierre-Edouard fête le passage du bachot chez lui, le 8. Il invite.
-Ch’ sais.
-P’t-êt bien qu’j'irai.
J’ la laisse mariner.
-P’t-êt bien qu’j'irai aussi, ch’sais pas.
-Donc p’t'êt bien qu’on
J’la laisse macérer.
-P’t'êt bien qu’on. Peut-être.
-Salaud.
-Salaud.
J’ai comme vanité, qu’je viens à nulle, j’attends qu’al vienne à moi. Pour qu’al m’demande si je viens, p’t'êt’ qu’avec le temps elle, la Marie-Odile, al s’est cannabilisée de moi ? Hé hé.
Un silence.
Al et moi, on est les seuls jeunes gens faits : on se réserve toujours l’un à l’autre. Quand on danse, la musique danse pour nous, nous on danse sur place. Je la sentais pas, elle était nerveuse, elle jouxtait pas comme d’habitude.
-Tu crois pas que c’est le moment de quitter la maternelle ? al a dit, en montrant du menton le patafard des mioches. Si on laissait les gosses danser la farandole ? Ch’pourpose qu’on passe du secondaire au supérieur.
Elle m’prend par une main, prend son sac de l’aut’, monte à l’étage, ouv’la première porte.
Un silence.
Horreur, c’était la chambre des parents à Pierre-Edouard. Al est allée s’asseoir sur le lit, nature. Terrifié j’étais : qu’elle aille pas s’imaginer
-Va pas croire, j’y ai dit.
-Qu’est ce j’ dois pas croire ?
Al attendait visiblement que’que chose, je savais pas quoi. Pour pas parler cul, j’ai parlé sentiments.
-Marie-Odile, j’sais pas c’qui m’prend. La rivière souterraine d’mes sentiments fait subite violente résurgence. Leurs eaux sourdent à flots à ma surface. Marie-Odile, mon cœur bat la chamade pour toi. Marie-Odile, j’ai l’honneur de demander ta main.
C’était con, je sais. Mais quand on n’est pas inspiré, on peut que ce qu’on peut.
Un silence de cœur de pierre, qu’elle a fait.
-Tu m’as pas tellement semblé donner dans l’abstrait al a dit. J’ai plutôt senti quelque chose de figuratif… … J’avais pensé que le bachot de français, c’était l’occasion d’ouvrir la primitive forêt vierge à la culture. J’pensais que t’accepterais d’me frayer un chemin.
J’ai éc arquillé les yeux comme un benêt.
Al a insisté.
- Tu voudrais pas ouvrir certain le canal à la navigation.
J’ai ouvert la bouche comme un mongol.
Al a enfoncé le clou.
-On a passé l’épreuve écrite du bachot, tu me ferais passer l’épreuve physique.
J’ai secoué la tête comme un demeuré.
-En deux mots comme en mille, Charles-Antoine, je veux sauter le pas. J’te demande de m’essauter.
Elle a ouvert son sac, elle a sorti son linge de maison.
C’était cru. J’étais cuit.
Terrifié j’étais. Patate, j’m’suis dit, j’sais même pas comment on fait. J’perdrais toute maîtrise de moi, j’donnerais de la tête n’importe u. C’est pas qu’j'me sois jamais exercé avec mon arme. Je la monte et je la démonte les yeux fermés, mais j’ai fait que la manipuler, j’était qu’à la caserne. Ch’suis jamais allé au stand de tir. J’ai jamais tiré un seul coup. Si j’tirais, je me tirerais dans le pied, savate.
Tout à coup je me suis tordboyauté dans mon for de l’intérieur. Je savais quoi lui répond’.
- Marie-Odile, j’y ai dit d’une voix effourachée, j’vais te paraître daté. Je veux m’ réserver à celle qui sera mon épouse devant Dieu et devant les hommes. J’veux m’offrir intact à la future mère de mes enfants. J’veux lui réserver tous les droits de reproduction, de traduction et d’adaptation.
Dans mon étable de l’intérieur, mon cheval hennissait d’une barre à l’autre.
Al me regardait, ne savait pas trop ce qu’elle devait penser.
- Tu me charrierais pas, par hasard ? .. … Je t’sentais pas la tête enfoncée dans les épaules, j’te sentais plutôt la tête haute.
–Erreur, j’y ai répondu comme not’prof. C’était un effet de ton stimulus sur ma zone excitable. C’étaient des mouvements incontrôlés de mon animal-machine. Ma volonté, al y était pour rien.
J’en avais en interne la tôle qui ondulait, tellement je m’tordais.
Et puis quoi, j’m’suis fâché retrospectement. Al me prend pour un mécanicien à vouloir que je rode ses soupapes ? Qu’elle s’adresse à quelqu’un d’autre pour ses travaux de jardinage.
Quand même, quand elle a rangé son linge de maison dans son sac,que je m’désopîlais. Des deux c’était pas moi le plus enchifrené.
Un silence.
Il descend à l’envers à quatre pattes.
Charles-Antoine.- Dieu, tout-puissant. Qu’est ce qu’on s’est macéré le marcassin. Qu’est ce qu’on s’est mariné le maquereau. (se pressant les côtes) J’en ai les côtelettes cuites des deux côtés.
8
Charles-Antoine arrive à son étage.
Charles-Antoine.- Ch’suis devant chez moi. (devant la porte, il hésite) Avant d’passer chez le dentiste, pourquoi qu’tu lirais pas une BD dans la salle d’attente ?
Il s’assied sur la 3ème marche du haut.
Charles-Antoine.- Le bac, on dit épreuve crucifiante. Faux. Le bac, c’est une fête bachique. En biffetonnant, cette année, qu’est-ce je me suis fendu la terrine.
Sujet : Vous êtes un artiste célèbre. Un artiste célèbre. Prémonition. Prémonition, on dit, on dit. Moi, j’y crois dur comme fer, quand al m’est favorab’.. Une animatrice de la télévision vous avait invité à son émission, pour que vous parliez de votre vie privée. Vous aviez refusé. Al a fini par forcer votre porte. A présent, al est chez vous : al vous met en demeure de lui donner les raisons de vot’ refus. Imaginez vot’ dialogue.
J’livre tout pêle-mêle, je me souviens plus de l’ordre.
-Un animateur de télé, j’ai scripturé, c’est le prêtre qui z’officie à l’autel. Ses invités sont ses servants de messe. Y zont juste le droit de faire les répons Amen Amen, et d’tend’ leurs burettes. C’est tout ce qui z’y ont droit. C’est pas t’assez pour moi.
Al répondait pas. J’ai pas voulu qu’al réponde.
-Au bout de la table, j’y ai écrit, l’animateur, c’est le maît’ d’ la parole. Vous aut’, vous arrogez le droit de cuper la parole à des gens qu’ont cent fois plus d’culture que vous. Si vous vous arrogez le droit de me cuper la parole, je m’arroge le même droit, de la cuper aussi à vous.
Al a pas répondu. Ou plutôt j’lui ai pas fait répondre..
-Vous êtes, vous, au haut bout de la table, j’y ai dit, boutonnée jusqu’au cou, et vous vous donnez la juissance de nous débraguetter, de dévoiler nos arrières et les avants de nos arrières. J’vous préviens : toute pièce de vêtement que vous me défringuez, je vous défringue la même.
Al a pas répondu. Vous pensez, c’est moi qui écrivais le devoir.
- Sur vous, vous dites mot, vous vous faites énigme : vous laissez les imaginations du public, tisser sur vous les plus jolies tapisseries. Par cont’, de nous vous dévoilez les plus hideuses réalités, vous découvrez nos parties à cru et à nu. C’est pas juste.
Al a toujours pas répondu. Vous pensez bien, je lui ai pas donné la parole.
-Mon oncle y adore chasser, j’y ai dit. Son triomphe, c’est, le soir d’la chasse, aligner son tableau de chasse. Les bêtes abattues sont alignées sur le chemin, rangées par espèces : lapins, faisans, cochons, chevreuil, biche. Vous, c’est pareil : votre tableau d’honneur, c’est notre tableau de chasse. Vous ascensionnez sur nous comme sur des marches, et à chaque pas que vous ascensionnez sur nous, nous, on descensionne.
Al a toujours pas répondu. Vous pensez, c’est moi qui tenais le bic.
-D’ailleurs, vous qu’est ce vous fait paraître à votre âge, déjà, à la télé ? Quelle promotion interne vous a propulecée ? Vous répondez pas ? Vous voulez pas montrer votre cuisine, comment vous faites sauter et revenir vos choses dans la cocotte. Moi, ce que j’ai fait année après année, je l’ai fait au grand jour.
Al est partie, disant qu’elle voulait réchléfir.
Aux examinateurs de dénouer l’intrigue, à eux de décider ce que la fille décidera.
Je serai sans doute recalé comme toujours, mais moi, ce que j’aime, au bac, c’est me fendre la pêche. C’est tout.
Il regarde la porte. Il fait mine de regarder sa montre.
Dis donc. Ta liberté surveillée touche à sa fin : t’a même dépassé l’heure.
Charles-Antoine.- .. ..Bon Dieu, que l’aïeul me coure sur le haricot. C’est pas assez d’être soûl, il faut qu’il me soûle en plus… ..C’est pas passe que les siennes sont à moitié démolies, qu’il doit briser les miennes.
Il se lève et sort ses clés
Charles-Antoine.- Qu’est ce qu’on s’est lichetronné. Et qu’est-ce que je suis paf. (Il souffle) Rrah. Saint Charles, que j’ai recours à vous, priez pour nous.
9
Charles-Antoine tâte sa clé.
Charles-Antoine.- La clé. (Il tâte le haut de sa clé) C’est bon. Les èsdentures se dressent, en haut, comme une chaîne des Alpes : Mont Blanc, pics, dents, aiguilles, tout est là… ..Bien retenir la leçon : pas par le haut, passe qu’au haut y a rien, par le bas, passe que c’est au bas que se passent les choses.
Il essaie d’introduire la clé en bas de la serrure
Charles-Antoine.- Problème : la clé entre pas… … J’ai la clé, j’ai la serrure, j’ai pas la clé de l’énigme. Zot alure. La foutaison de cette foutue clé dans ce foutu trou se foutit pas. (rageur) Encore un coup du patriarche, ch’parie. L’est pas bricoleur pour un sou, mais l’a une telle haine pour l’fils, qu’al en devient ingénieux : l’arrive même à changer une serrure. .. .. Et pervers : même en dormant il me hait, pisse il veut que je sonne et que je le réveille, pour m’offrir à ses sévices. Sadicomasique. Vicelard de viocard. Mon Dieu, qu’il me cousse les cailles….(un silence, il regarde longuement la clé) … Charles-Antoine, obtus, bouché à l’émeri. Faut y qu’tu sois rond comme un ballon ; ta clé est à l’envers, chou-rave… ..Clé, par pitié, bouge pas… …
Il réfléchit.
Réchléfissons. Pour que la clé qui est à l’envers se mette à l’endroit, il faut que moi qui la tiens, qui suis à l’endroit, je me mette à l’envers, simp’, non ? (il essaie de se mettre à l’envers) Problème : j’ai pas appris à marcher au plafond. .. …On peut essayer une chose, mais c’est chringue ferbotin : en violentant la clé, on peut la forcer de tourner de force. C’est violer les lois de la nature, qu’y dit. Mais personne te voit Charles-Antoine .. .. (il lève les yeux au ciel) Bon Dieu, si vous êtes Dieu, et si vous êtes bon, venez au secours d’un d’un pauvre pécheur. Faites qu’la clé casse pas. Je jure sur ma tête que j’ ferai un pèlerinage à Chart’ en auto-stop…. …(Il ferme les yeux, et tourne, en forçant la clé, et en gémissant hein hein) Hourrah, il y a un bon Dieu, la clé est entrée, je peux la tourner, je peux entrer, j’peux me tourner.
Il ouvre la porte, retire la clé de la serrure, entre, ferme silencieusement.
Charles-Antoine.- Règlement. Interdit d’allumer la lampe pour pas se signaler aux escadrilles ennemies. Entrer dans l’ombre, comme une ombre. S’glisser dans le noir, entre deux caches de noir.
Il avance.
Il s’arrête, ouvre son blouson.
Charles-Antoine.- Qu’est ce qu’on cuit. Non seulement on cuit en dedans, mais on cuit en plus au dehors. Cuire en plus de la cuite, c’est imbuvable… .. (Il tâte) Ah. Une fenêtre, là. C’est nouveau. Mm. On met son melon à rafraîchir.
Il ouvre la fenêtre, on entend un très léger grincement de battant.
Charles-Antoine.- Fff. Un peu d’air… … C’te municipalité, depuis qu’elle a changé de bord. L’éclairage public éclairait t’t à l’heure c’ qu’il fallait pas, maintenant, il éclaire pus rien du tout. La panne touche tous les quartiers : y a pas une seule lumière dans toute la ville. Fait noir comme dans un four. .. .. Et ça pue, pardon. C’te municipalité, depuis qu’elle a changé de bord : mêm’ le service de nettoiement. Les détritus, pardon. Ça sent le camembert au lait cru…. Qu’a même un certain âge…(un silence, il réfléchit) …Charles-Antoine, oison, bécasson. Son que je cuis. On n’a pas d’fenêtre dans l’entrée. C’est l’armoire aux chaussures, s’pèce de rave, c’est mes chaussures de montagne.
Il ferme la porte de l’armoire un peu violemment, il essaie de la retenir : trop tard..
Charles-Antoine.- Morde alère. L’père.
Une porte s’ouvre, au fond, sur le salon éclairé : on voit une silhouette se dessiner : celle de son père, qui tient un livre ouvert dans sa main gauche.
10
Le père allume dans l’entrée, l’éclairage subit éblouit Charles-Antoine, qui met sa main devant ses yeux.
Charles-Antoine.- T’as vu le paquet de lumière qu’ tu me claques dans la figure ? Quelle brute. Tes éclats de lumière al me coupent les yeux.
Le père, vivement éteint la lumière.
Le père.- Pardon. Je ne voulais pas te blesser.
Charles-Antoine.- T’es pas malade d’être encore debout à cet’heure ?
Un silence.
Le père.- Charles-Antoine. Je t’avais demandé de ne pas rentrer après minuit.
Charles-Antoine.- Je reconnais. Tu vois. Je suis franc.
Un silence.
Le père.- Tu sais quelle heure il est ?
Charles-Antoine.- L’est pas tard. Si je consulte mon horloge biologique, l’est plutôt tôt, tôt tôt.
Le père.- Il est 4 heures.
Charles-Antoine.- Tu railles. J’vois trouble, mais pas au point que j’ voie pas qu’y fait pas jour. Y fait nuit, p’pa.
Le père.- Il est 4 heures du matin.
Charles-Antoine.- Sans blague. J’en tube sur le con.
Le père.- Tu as bu plus que de raison, Charles-Antoine. Tu ne peux pas savoir comme ça m’attriste.
Charles-Antoine.- Pas moi. Moi, ça m’ ajouit. … ..Si ça t’attriste, pourquoi tu restes pas à dormir ? Tu ferais de beaux rêves.
Le père.- Si je pouvais faire dormir mes pensées, je dormirais. Mais vouloir faire endormir mes pensées, c’est penser encore… …Je te savais dehors, je me doutais de l’état, dans lequel tu étais, et de celui qui devait te raccompagner… .. J ’étais dévoré d’inquiétude.
Charles-Antoine.- A mon âge, tu m’ demandes encore de te tenir la main. Tu peux pas me laisser travers la rue tout seul ?
Le père.- Je ne veux pas te froisser, mais tu n’es pas encore tout à fait un homme. Mon devoir est de t’assister et de te défendre, jusqu’à ce que tu le sois. Désolé de t’offenser. (se détournant, portant sa main à sa poche, s’essuyant les yeux) Pardonne-moi de te donner l’impression d’abuser de mon autorité.
Charles-Antoine.- (rageur, venant vers son père le poing en avant, mais s’arrêtant à longueur d’un bras) T’as pas fini de pleurer comme an’ fillette ? Tu crois que ça m’ suffit pas d’avoir une femme dans mes deux parents, tu crois que j’ai envie d’en avoir deux ? … … T’sais ce que je ferais à ta place, avec un fils comme moi ? Je m’ visserais à fond, contre-écrou contre écrou, jusse qu’à c’y ait pus d’jeu chez moi.
Un silence.
Le père.- Qu’est ce que je devrais faire ?
Charles-Antoine.- T’obéissais à ta mère, toi ?
Le père.- Oh non.
Charles-Antoine.- Qu’est ce al’te faisait, quand tu désébobo, quand tu dosobébé
Le père.- Elle me donnait de la ceinture.
Charles-Antoine.- Où ça ?
Le père.- Sur le dos.
Charles-Antoine.- Fort ?
Lez père.- Assez. J’ai toujours voulu t’épargner cela.
Charles-Antoine.-Ça t’a nui ? T’es pas si mal, tu sais. (en titubant va au mur, s’y appuie de ses deux mains, présente son dos) J’réclame la même sauce poivre. Qu’est ce t’attends ? Plus fort que sur toi, ch’suis pus coriace.
Le père se défait de sa ceinture, la plie, lui donne un coup, fort.
Charles-Antoine.- (se tournant, en rage, défiant son père) Suffit. Pour qui tu t’prends ?
Le père.- (désarmé, pleurant, essuyant ses larmes) Tu viens de me dire, Charles-Antoine
Charles-Antoine.- Vois quelle chiffe tu es. J’ te pique d’une épingle, tu t’dégonfles… ..Le premier ennemi d’un fils, c’lui auquel l’doit le premier se mesurer, cont’ lequel il doit faire ses premières armes, c’est son père : de la force de c’ combat dépendra la force de tous ses combats à l’avenir. Encore faut-y que le père s’y prête… … Tu peux pas être un homme, pour que j’en devienne un, bordel de Dieu.
Le père.- Comme tu voudras. .. ..Ma mère ne souffrait pas que je jure, je ne le souffrirai pas non plus. (se mettant derrière Charles-Antoine, et lui donnant trois coups, très forts)
Charles-Antoine.- (se retournant, pleurant) Tu profites que tu sois mon père, pour m’abreuver d’hum, d’humi, d’humili.
Le père.- (désarmé) Enfin, qu’est ce que tu m’as dit ?
Charles-Antoine.- (se tournant, en rage) Tu peux pas tenir ton rôle, à la fin ? Tu crois qu’c'est amusant pour moi, qu’de sauter de moi à toi, comme une navette ? Tu peux pas avoir un peu de constance ?
Le père.- Je serai constant, je te donne ma parole.
Charles-Antoine.- Demain, je serai pus soûl, tu sais ça ?
Le père.-(ferme) Je sais. (Il va au fond de l’entrée, ouvre la porte de la chambre de Charles-Antoine) Va te coucher. Tu as une nuit à rattraper.
Charles-Antoine.- Je veux petitdéjeuner avec toi demain matin.
Le père.- (ferme) Il n’en est pas question. Je veux que tu récupères le sommeil perdu. .. .. Si jamais tu t’enivres une deuxième fois, je te préviens, je sévirai (Charles-Antoine le regarde pour voir s’il doit le prendre au sérieux) (le père avance vers Charles-Antoine en faisant claquer la ceinture).
Charles-Antoine.- (courant à sa porte) Ben, ben.
Le père.- Bonne nuit.
Charles-Antoine.- Bonne nuit, papa.
Charles-Antoine va dans sa chambre, son père ferme sa porte, essuie ses larmes, rentre au salon, ferme la porte.
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