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Le jeune Charles-Antoine a fêté toute la nuit le passage du bachot chez Pierre-Edouard. Il est déposé, bourré, au bout de sa rue, à 3 heures et demie du matin. (Cette petite pièce peut faire un sketch pour one man show)
1
Au bout de sa rue. La voiture de Pierre-Edouard se range de long du trottoir, la porte arrière s’ouvre. Charles-Antoine, complètement beurré s’extrait avec peine de la voiture.
Charles-Antoine.- J’ bite à deux pas. Marci. Salaud, salaud.
Il claque la portière, la voiture part, les occupants de la voiture, vitres baissées, le salue une volée d’éclats de rire. Charles-Antoine titube.
Charles-Antoine.- Problème : la terre tourne en pusse que je tourne. Ça fait beaucu.
Il va au mur, s’adosse, les jambes en avant, pour ne pas tomber.
Charles-Antoine.- Qu’est-ce que je suis pinté. Suis compètement brindezingue… ..(Il lève la tête) Etre soûl, ou pas êtes soûl, zat iz ze qwestionne. Avoir une biture or note avoir une biture. Qui a bu boira. J’y pense, donc j’en pisse.
Il essaie d’avancer, n’y arrive pas.
Charles-Antoine.- On dit : dépassez-vous. Ça, on s’est dépassé. On est si bien devant nous, qu’on sait pus où on s’est.
Un silence. Hilare, il sourit d’une oreille à l’autre.
Charles-Antoine.- Qu’est-ce qu’on a nettoyé comme bouteilles. L’Evangile 90 : quelle bonne nouvelle ça été. Le Paradis avant la chute : l’ange, au yeu de nous fiche à la porte, y est venu trinquer avec nous. Le petit Jésus dans sa crèche a souri à l’âne. (il sourit d’un air benêt) Béat bienheureux.
Il lève le doigt.
Charles-Antoine.- Quand on est pas soûl, contre soi comme on est méchant, cruel, on s’inculpe, on s’condamne, on est sans pitié : c’est-y sain, ça ? Par cont’, quand on est soûl, c’est cont’ les autres qu’on est cruel, méchant, sans pitié, on les démolit de A à Z : c’est tout de même pus salubre, non ?
Un silence.
Charles-Antoine.- Pus sur soi cette lucidité aiguë, mais une vue trouble. Que ça fait du bien. On s’passe tout. Mm. Baisse un peu l’abat-jour.
Un silence.
Charles-Antoine.- La Conseillante 82, comme elle nous a bien conseillés. A quoi on reconnaît qu’ l’homme est une spèce supérieure ? A ce qu’il abuse. Qu’est ce qu’on a bu à notre santé. Qu’est-ce on s’en est bien trouvé. Donne-lui tout de même à boire dit mon père… … Qu’est ce qu’on s’est mis dans le bonnet : on avait les 4 poches pleines : des vaches à vin. Plus on buvait, plus on buvait. La soif s’en vient en buvant, heureusement, en buvant, la soif s’est pa allée.
Il essaie de faire deux pas, manque de tomber, revient au mur et avance en se tenant au mur.
Charles-Antoine.- Absence de maîtrise de la quantité absorbée ? Voui. Difficulté d’écolution ? Voui. Cuponlsion à boire ? Voui. Perte d’éliquibre ? Voui. Cu-ur-dination moscolaire perturbée ? Voui. Réflesques moteurs altérés ? Voui. Fucaltés intellectuelles diminuées ? Voui. Fucaltés chipsyques troublées ? Voui. Vision double, trouble ? Voui. R’connaissez-vous que v’z êtes un malade ? Voui. Acceptez-vous d’en parler sans honte ? Voui. Charles-Antoine, vous êtes soûl. Vi, docteur.
Il fait encore deux pas en se tenant au mur.
Charles-Antoine.- Qu’est ce qu’on s’est rempli la cafetière, rasibus le bec. On s’aurait penché un peu, on s’aurait versé sur l’étapis.
Il fait encore deux pas.
Charles-Antoine.- V’là. On s’a fêté le bachot, pas de l’avoir réussi, de l’avoir passé, on eusse été moins. On voulait avoir les cancres avec nous : eux au moins, y sont rigolos.. …. Pierre-Edouard, y avait fait les choses épatamment : les entractes, c’était le solide, pour bien ancrer ; mais l’action de la pièce, elle, c’était le liquide… … Y avait prévu pour d’abord, du léger, Puligny-Montrachet, Meursault, Saint-Aubin, pour d’après du lourd, La Tour Blanche, le Cheval Blanc, La Conseillante, l’Evangile, Saint-Pétrus. Qu’est ce qu’on s’a bien fêté ces saints-là, surtout le Saint-Petrus. . .. Qu’est-ce qu’on s’est baptisé. Qu’est ce qu’on s’est goupillonné. Qu’est ce qu’on s’est absolutionné. Et qu’est ce qu’on était meilleurs…. … Pensées impures : (il souffle) envolées. Chasteté, acquise de basse lutte. Détachés des choses d’ici-bas, des biens d’ce monde, qu’on était. Pas seulement d’amour du prochain on débordait, mais aussi du pas prochain. Pardonnait pas seulement à ceux qui nous avaient offensés, aussi à ceux qui nous avaient pas offensés. Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix. Même, on laissait venir à nous les petits enfants, Dieu sait. Pas soûls, c’est un calvaire d’être de parfaits chrétiens ; soûls, pas du tout, ça coule de bouteille… .. Qu’est ce qu’on s’est pété la gueule. (hilare) Comme on était ronds comme des boutons.
Il s’assied à coupretons.
Charles-Antoine.- Et c’qu’y a de bien, quand on est pété, c’est qu’y a pu de passé : le seul passé, qu’on se souvenait, c’étaient les bouteilles éclusées. Y a pus de futur non pu : le seul futur, qu’on proj’tait c’était de faire attention à pas ramasser de gamelle. On n’a plus de problème d’essence, on vit dans l’existant. C’est y pas philosophique grecque ?
Un silence.
Charles-Antoine.- Y a eu l’François-Ferdinand. Qu’est-ce qu’on s’est ondulé la toiture.(il en pleure de rire, il s’essuie les yeux) Fortifié de cravate, de gilets boutonné jouxte le cou, de poignets jouxte les poignets, y s’est mis en tête d’abattre tout à trac ses fortif, de nous faire un streep. Quand on l’a vu tu nu, qu’est ce qu’on s’est tureluté. Les sauvages ivres de Voltaire, on était. Remarquez, on aurait pu deviner : y a les joues bleues jusqu’aux yeux, la végétation lui pousse dans les oreilles et dans les narines ? Ça, on eusse pu conclusionner. Bon… … D’abord devant sa marguerite, on n’a pas cru nos yeux, et quand on les a crus, on s’est roulé par terre. A part le corporal qui lui cachait le saint-sacrement, il était fourré d’astrakan bouclé noir, des oreilles aux orteils. Velu poilu, comme un chimpanzé anthropoïde d’Afrique Occidentale. Lui, l’premier d’la classe : l’animal pur. Rrah. (Il se tient lm’estomac, de rire) Et les aut’.
(Il change de voix à chaque réplique)
-Sous la fourrure, t’es à poil ? Dessous, t’es tout nu ?
-Impressionnant. Comment peut-on ? al disait, Thérèse-Marie, qui l’ quittait pas des yeux.
-Quelle horreur. al disait Sophie-Charlotte, qui détournait les yeux, en ergardant par en-dessous.
-Le prof des sciences de la vie, y a pas besoin d’faire de grands discours sur l’origine des espèces : il te demande de te mettre à poil.
-L’hiver, économie : t’as pas besoin d’enfiler une petite laine.
-L’été tu te l’ôtes ? Remaque, al doit t’isoler du chaud comme du froid.
-L”hiver tu glisses ta main dessous, comme l’petit tondu ?
-Impressionnant. Comment peut-on ? al disait, Thérèse-Marie, qui l’ quittait pas des yeux.
-Quelle horreur. Al disait Sophie-Charlotte, la lèvre de côté soulevée de dégoût, qui détournait les yeux, tout en ergardant par en-dessous
-Au printemps, tu sarcles, tu arraches les mauvais herbes ?
-Tu les frises au fer à friser, ou tu te mets des bigoudis ?
-Quand tu la secoues par la fenêtre, tu fais attention aux passants ?
-Une chance qu’elle est vivante. Pas la peine de mettre des boules de naphtaline. Elle craint pas les trous de mite. Par cont’ tu dois craindre les poux.
-Le vierge, le bel, le vivace aujourd’hui, ça, c’était le lettré.
-Impressionnant. Comment peut-on ? al disait, Thérèse-Marie, qui l’ quittait pas des yeux.
-Quelle horreur. al disait Sophie-Charlotte, qui détournant les yeux, tout en ergardant par en-dessous
Pendant c’temps-là, le François Ferdinand, pliant les jambes, serrant les genoux, comme pour défendre l’île au trésor, y se bouclait une touffe en accroche-cœur… … Avec ses poils, qu’est ce on se poilait…. … Pierre-Edouard était tellement plié en deux, qu’il a dû se pincer le bout du tuyau, pour pas arroser municipalement le parterre, pendant qu’il courait aux vespasiennes…(Il rit tellement qu’il en pleure) … Et l’François-Régis. Son plein était tellement trop plein, qu’il a dû faire un lâcher d’eau en aval. Y a suspendu son pantalon à sécher dans le jardin : pendant c’temps, y a discouru sur l’être et l’avoir en slip. On était si pleins comme des éponges, qu’à peine on s’effleurait, on fuyait trois gouttes. (Il s’essuie les yeux et se tient le ventre) Rrrah.
Un silence.
Charles-Antoine.- Dis donc, mon cœur, c’est pas tout, il faut y aller.
Il pose des mains de part et d’autre à plat contre le mur, et essaie de se lancer.
Charles-Antoine.- (Il essaie, en vain) Rin à faire : elle veut pas, elle veut pas. Qu’est ce qu’elle a été gâtée.
Il regarde ses pieds.
Charles-Antoine.- …Attends. Je vas t’avoir. Je vas me pencher en avant pour tomber : t’auras un réflesque tu me rattraperas.
Il fait comme il dit, au dernier moment, il se rattrape, et un pas suivant l’autre avance. Il éclate de rire, s’arrête, titube, se relance en avant.
Puis il va vers le caniveau, se penchant en arrière et se freinant, comme s’il descendait.
Charles-Antoine.- (admirant, les mains jointes) Quelle époque. Les inventions poussent autour d’nous comme des champignons. On avait les trottoirs roulants, on a les trottoirs fuyants. Vers l’ caniveau, le trottoir descend raide, (il va vers le mur, se penchant en avant et peinant, comme s’il montait) et vers l’ mur, le trottoir remonte autant qu’il a descendu. Total, l’opération est nulle. Magnefique.
Il va ainsi, zigzagant, jusqu’à sa porte, contre laquelle il s’adosse.
2
Charles-Antoine.- Qu’est ce qu’on a lampé. On était si pleins comme des boudins, on s’aurait piqué une fourchette dedans, tout le jus s’en aurait sorti par les trous. .. .. Et le beau Lucien-Marie. L’beau Lucien-Marie. Qu’est-ce qu’on s’est tire-bouchonné. Pierre-Edouard, l’avait déposé devant chez lui. Mais le beau Lucien-Marie, y avait perdu ses clés. Il a peur de son vieux, qu’est une brute. Alors il a voulu passer par le soupirail. (il se tient le ventre, en soufflant : Rrrah) Il a ben passé la tête, il a ben passé les bras, il a ben passé le torse, mais les hanches, al ont pas voulu passer… …. Le Lucien-Marie, il est trop beau, par chance il est gras. L’a aux hanches ce qu’est nominé des poignées d’amour. L’est trop beau comme tout, heureusement l’est joufflu, charnu, ventru, fessu. L’a pus pu passer. Z’auriez dû voir ses jambes gigoter du soupirail comme des pattes de grenouille. On était morts de rire. . .. .. A la fin, le Pierre-Edouard, bon et con, y est sorti de la voiture, y a craché dans ses mains, y a empoigné les chevilles de Lucien-Marie, comme si c’était une brouette, y a penché la brouette à droite en secouant.
-Qu’est-ce tu fais, papate, j’y ai dit.
-Be vide la brouette.
.
-Qu’est-ce que t’as à vouloir pour lui ? J’y ai dit. C’est à lui de vouloir. Faut vous y apprenez l’autonomie, a dit la prof.
-C’est vrai, qu’y a dit.
Y a posé la brouette. Ses jambes, au beau Lucien-Marie, soupiraient du soupirail comme des pattes de poulet, à qui on a cupé le cu. Qu’est ce qu’on se fendait la truche.
C’est pas tout. Su le trajet, y a eu le Pierre-Edouard soi-même. Le Pierre-Edouard, il a l’habitude, y conduit à con la fesse, tout d’un coup, y a conduit avec une prudence de malade.
-Pierre-Edouard, j’y ai dit. Tu joues à la tortue. Tu veux pondre des œufs.
Y conduisait si pudemment à droite qu’il a cogné le trottoir, et que les enjoliveurs, vexés, ont claqué la porte, et ont suivi leur chemin de leur côté… ….Rrah. (il se plie en deux en se tenant le ventre) .. ..Aut’ chose. A 100 mètres, y avait un feu rouge, qu’on voyait comme le nez au milieu de la figure. Y a approché les yeux du pare-brise, y a ralenti 50 mètres avant, s’est arrêté à 20 mètres du feu. J’rigolais en tordboyau.
-Ch’sous pas suis. Be joue la prudence, espace de cratin.
Qu’est-ce qu’on se fendait la margoulette. Dèze ma courte vie, j’ai jamais autant ri.
Il regarde la porte.
C’est pas tout. Sérieux. La fin du commencement est finie, faut commencer la fin de la fin.
Il sort ses clés.
3
Charles-Antoine cherche des doigts la serrure.
Charles-Antoine.- C’te municipalité, depuis qu’elle a changé de bord : l’éclairage public éclaire les rues pour éclairer personne, et laisse dans l’oscurité les serrures qu’on voit pa, ça c’t'est futé…. …
Il essaie d’entrer la clé dans le haut de la serrure.
Charles-Antoine.- Problème : la clé, elle entre pas. ..(il s’acharne) Enfin. ..Quand un bouton m’a sauté, que, pour proclamer mon indépendance vis à vis la métropole maternelle, je l’ recouds, que j’essaie d’enfiler le fil dans l’ chas, que je mouille le bout, que je le coupe pour que son bord soit franc, j’y arrive bien par Jupiter. Là pas…. …Conard de pêne qui veut pas rentrer dans la connasse de gâche… .. Les ch’vaux arrivent bien à enfiler leur gros machin dans l’étroite chose de leur épouse, et ils ont moins de visibilité que moi. Comme un bourricot, j’arrive pas à foutre cette foutue clé dans cette foutue serrure.
En essayant, par hasard, il arrive.
Charles-Antoine.- (riant) Charles-Antoine. Débile mental. Dégénéré physique. La fente commence en haut, mais le trou est en bas. Son que je cuis. Eh bé, ça promet pour plus tard.
Il ouvre la serrure, pousse la porte, entre.
Charles-Antoine.- Minuit dernier délai, a dit le vieillard. Il est trois heures et demie. Charles-Antoine, attends-toi qu’il te sauce’au’piment le bifteck.
Il va vers la minuterie.
Charles-Antoine.- Minutons, minutons pas ? Ascensons, ascensons pas ? Malheureux, t’ veux donner un bal avec lanternes vénitiennes et musique à tous les étages ? Allumer le gyrophare et déclencher la sirène, pour que la France entièretourne la tête et te regarde l’œil sourcilleux ?.. ..
Il avance en bas, dans l’entrée de l’immeuble, avec précaution, en tâtant du pied.
Charles-Antoine.- Là, j’ai pu le sol. … … Problème : je crois toucher l’sol, et y s’barre… … Solution : l’attraper, poser vite dessus ferme. (triomphant, riant) J’ l’ai. (il pose vite l’autre pied) Tout à fait….. … Curieux. Quand j’suis pas soûl, je marche sans regarder, comme une andouille, comme s’y était certain que le sol, je l’trouve, d’office, à chaque pas. Et quand je suis soûl, comme un sage, je doute. Quand ch’suis pas soûl, je crois comme un crétin, quand ch’suis soûl, je doute, et si je doute, je pense, et si je pense, je suis. Que sais-je ? Soûl, je suis philosophique, pas soûl, ch’suis Tartempion.
Il avance à tâtons.
Charles-Antoine.- Ah. Du nouveau. Il m’semblait qu’il y avait là une marche. Au lieu d’ la marche que je croyais trouver, l’y a une porte. Je croyais qu’y avait une marche, y en a pas ; je croyais qu’y avait pas de porte, y en a une. C’est un sujet merveilleusement vain, divers, et ondoyant que l’homme.
Il ouvre la porte. Avec prudence, il avance le pied.
Charles-Antoine.- Ess’y a une marche ? Pas. Plus haut ? Plus haut non pu. Descendons. Ah ha. Il y a une marche, mais où on l’attendait pas : pas en bosse, en creux. C’est comme si l’escalier était à l’envers…(un silence, il réfléchit) ..Charles-Antoine. Arriéré intellectuel. Insuffisant thyroïdien. Un escalier monte dans un sens, y descend dans l’autre. Ici, il a choisi de descendre, c’est son droit, non ?… … La preuve, y a une deuxième marche en bas… … (Il hume) J’ai déjà senti c’te odeur quéqu’part. Ça sent les champignons de Paris. L”enivrante humide odeur des feuilles pourrissantes, dans la forêt…(un silence, il réfléchit) .. . Stop. Charles-Antoine. Empaillé. Gourde. Courge. Là, tu descends à la cave.
Il revient en arrière, en tâtant, trouve la balustre de l’escalier.
Charles-Antoine.- Voui. Là est le vrai h’escalier… (il s’arrête, regarde en l’air)… Quelle muraille. L’à pic. Ah la vache. .. .. Heureux qu’au lieu de monter les pieds en haut et le dos en bas, on peut lui tourner le dos, à l’escalier, et s’asseoir dessus… … (il se plie pour s’asseoir, en se pressant la braguette) Il faut qu’je fasse attention. J’ai tellement l’éponge imbibée, qu’à peine je la touche qu’y a trois gouttes qui fuient. (il s’assied)
Charles-Antoine.- (soufflant) Fouh. Riposons-nous, dit la moche aussitôt.
4
Charles-Antoine est assis sur la troisième marche, les coudes sur la quatrième, les pieds sur la première.
Charles-Antoine.- Minuit dernier délai, a dit l’antique et solennel. Il est 3 heures et demie. Qu’est-ce qu’il va m’essuyer le pare-brise, le chef pompiste. ..
Un silence.
Charles-Antoine.- .. …C’ qu’il y a d’embêtant avec un père, c’est quand le fils regarde l’avenir, qu’est ce qu’y voit devant lui ? Son père. Le père, y tient à être devant, il veut pas en démordre. On voudrait le dépasser, pas moyen, il occupe la largeur de la route. On klaxonne, et on l’voit dans l’rétroviseur, qui ricane…. … Y a plus brute que mon père, c’est vrai, mais y a mieux que mon père, c’est pas d’père du tout. Le fils et le père, c’est toujours la même histoire : des deux, y en a un trop : devine lequel, papa… … … …. La guerre, je suis pas contre : pas pour les jeunes, pour les vieux. Ils mourraient pour la patrie. On serait fier d’eux, on verserait un pleur mais la nature aurait repris ses droits : dans le for de l’intérieur, on s’éclaterait…. …Le tabac, non plus, je suis pas contre : mais l’ancêtre a arrêté de fumer. Le diabète aussi a du bon, mais l’aïeul fait du régime. Il veut asolument se conserver à nous. Qui est-ce lui demande quelque chose ?.. .. .. Le contredictoire, c’est qu’il dit m’aimer. La meilleure preuve d’amour qu’y pourrait me donner, ça serait-y pas qu’y débarrasse le plancher et nous laisse son salaire à maman et à moi. Je laisserais pas le salaire à maman, bien sûr, elle est trop dépensière. … ….Nan. Pas la plus petite sensibilité, est un égoïste de première : il sent absolument pas, qu’il est de trop… … Il devrait comprend’. La seule adoration, la seule adulation, la seule idolâtrie, de la femme, d’moment que la femme est mère d’un fils, c’est pour son fils, voyons. Ça aveugle même les non-voyants… …Vivent les sultans ottomans. Les Sélim, les Mehmet, sans état d’âme, y assassinaient tous ceux de leur famille qui z’étaient entre leur Divan et eux. Les peuples jeunes osent ; nous autres, peuples vieux, nous sommes pusillana, pusallini.
Il soupire. Il se tourne vers l’escalier.
Charles-Antoine.- L’à-pic, ah la vache. (il tâte les marches) Quel génie pour l’époque, le Cromignon : divisant cartésialiquement chacune des difficultés en autant de parcelles qu’y serait requis pour les mieux résoudre, y a divisé le grand à-pic en une foule de petits à-pics. Comme ça, l’homme peut pas marcher qu’horizontalement, il peut aussi marcher verticalement. On pense jamais à c’qu’on lui doit, au Cromignon. … …Sérieux. Réchléfissons. Une marche, fait (il écarte ses doigts et mesure la contremarche) un empan, 2o cm. Suffit de compter le nombre de marches par étage, d’multiplier par le nombre d’étages, on a la hauteur de l’à pic.
A quatre pattes, avec difficulté, il monte jusqu’au premier étage en comptant 1, 2, 3… . ..puis 18, 19, 20.
Charles-Antoine.- (redescendant, glissant, déboulant le reste) Pratique, la grivatation : quand on descend, on descend tout seul… .. 20, j’ai dit 20. 29, j’ai dit 20. Culcalons : 20 cm multiplié par 20, ça fait : 20 multiplié par 10, 200, multiplié par 2, 4oo cm, 40 mètres. (il regarde en haut) Morde alère. La vache. (Il saisit la rambarde) Reusement, qu’ils ont inventé un garde-fou : on risque pas de tomber dans l’abîme… …(il se lève, fait face à l’escalier, commence à monter, s’arrête).. .. .. Charles-Antoine arriéré mental, débile profond : t’avais déjà grimpé un étage, v’là que t’as à l’regrimper. …Buse suis-je ..
Il commence à monter les marches à quatre pattes les mains en haut ouvrant la voie aux pieds en bas.
Charles-Antoine. Qu’est ce qu’on s’est rincé la dalle. Qu’est ce qu’on s’est humidifié l’atmosphère. Les parents y boivent pas, mais qu’est ce que les enfants trinquent.
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