Acte 3
1.
La maison des Navarre. Le salon. Entre Emeline, tournant le dos, et Ludovic.
Ludovic.- .. ..Ne m’ignore plus, Emeline ! Rappelle-moi de ton exil d’auprès de toi ! Redonne-moi place à ton côté ! Redonne-moi existence!
Emeline.- (lui tournant le dos) Qui s’est banni lui-même de moi ? Qui a abdiqué lui-même de sa place à mon côté ?
Ludovic.- Moi ! Moi ! .. ..Mais je fais amende honorable. Je me convertis à toi ! Je m’inscris à ton parti ! Je prends fait et cause pour toi ! J’épouse tes thèses !.. ..Quelle mère investit dans la jeunesse de son fils, pour que, dans sa vieillesse, la jeunesse de son fils lui apporte une nouvelle jeunesse ? Ayant vécu une première vie comme mère de son fils, en veut-elle vivre une deuxième comme sa femme? En vie et en activité est une génération, en vie et en activité est une autre génération… .. Cette mère, qui demande à son fils des comptes de son placement en études, n’est plus une mère, mais une prêteuse sur gages. En tant que prêteuse sur gages, je ne veux plus faire affaire avec elle. . .De ma vie, je ne franchirai plus le seuil de sa boutique d’usurière, j’en fais le serment.
Emeline.- .. ..(déniant de la tête) On croit son mari semblable à un papier sensible vierge, mais trempé dans le bain révélateur du mariage, l’image latente de la mère se développe bientôt, et apparaît, fixée à jamais. Un fils, si longtemps mêlé et emmêlé de toutes ses branches et de toutes ses racines à sa mère, comme toi, le jour où il s’en arrache, ne peut qu’il n’emporte avec lui de ses branches et de ses racines. .. Un cordon ombilical te rattachera à jamais à ta mère.
Ludovic.- Je l’ai coupé ! Je m’en suis détaché ! Mets-moi à l’épreuve ! Mets-moi à l’essai ! Le potier, en montant la fraîche et humide argile, s’il fait la paroi trop fragile et qu’elle s’affaisse, n’écrase-t-il pas sa glaise en tas, ne remet-il pas tout en boule, et ne monte-t-il pas une nouvelle paroi ? Laisse-moi une dernière chance. .. ..Travailler et gagner, n’importe qui le peut, il suffit d’être bête de somme. Mais dépenser. Et dépenser bien. Faire des dépenses de goût, et avoir le goût des dépenses de goût. N’est-ce pas le comble que se combler de travail et d’argent, et ne pas savoir quoi faire de son travail et de son argent ?.. .. Sauve-moi de mon rien, Emeline. A quoi sert un riche gisement de travail et d’argent, si l’on n’en extrait pas l’or de l’art? Que de la masse informe de mes gains, la beauté naisse entre les doigts fins de ton goût.Donne, par pitié, un sens à ce travail insensé et à ces gains absurdes. ..Tu as rendez-vous avec l’architecte dans 1 heure. Va. Il t’attend. Mais que ce soit lui qui t’obéisse. Trop d’architectes, ayant foi en certains dogmes comme en des vérités indiscutables, conçoivent, pour les autres, des demeures qu’ils n’habiteraient pas eux-mêmes. Renverse la pratique. Qu’il se plie à la loi de ton goût, et non toi aux règles de sa doctrine. Va. (il lui offre les clés de sa voiture) Sois bonne. Fais moi bon à quelque chose. Entre Navarre, en vieux béret poussiéreux, vieux pantalon, vieille chemise rapiécée, vieilles pantoufles trouées avec 4 Monde tout neufs, qu’il tient précieusement sous le bras.Il observe un instant Emeline et Ludovic, puis, quand ils se tournent vers lui, il montre, de la tête, à Emeline, la cuisine.
Navarre.- (à Emeline) Alors ?.. ..Que t’en semble ?.. .. S’en serait-on jamais douté ?.. .. Sage, sérieuse, raisonnable, Dieu sait.
Emeline.- Plus bas, Papa.
Navarre.- (lui faisant signe qu’elle n’a pas à craindre qu’on les écoute) Pendant que la fille fait la mise en plis à sa mère, la mère paie la fille en recettes de cuisine. Elles fonctionnent en circuit fermé. .. .. Tu te souviens du hobereau ? Si chatouilleux sur le chapître de l’honneur? Ver solitaire accroché par sa ventouse dans l’arrière-gorge, se nourrissant de ce dont elle se nourrit, il prolifère, il s’allonge en elle. Un parasite éhonté, voilà ce qu’il est devenu… ..Dans votre équipe à deux, c’est toujours toi qui donnais les consignes, les mots d’ordre. Toute parole tombée de ta bouche était, pour Prisca, parole d’Evangile.
Emeline.-Sauf qu’il ne fallait pas que je m’avise de m’immiscer dans ses affaires personnelles. Je pouvais chez elle entrer partout, sauf dans son cabinet secret. Elle ouvrait largement son logis, mais au seuil de sa chambre, c’était un cerbère féroce. Je ne me risquerai pas à lui dire quoi que ce soit. (elle va pour sortir)
Ludovic.- (insistant pour ses clés de voiture) Notre vieille caisse pourrie est juste adaptée aux visites à faire aux malades. Prends la neuve. (Emeline prend les clés de mauvaise grâce) .. Ce n’est pas parce que ma nuit est astreinte que la tienne doit l’être aussi. Dispose de ta nuit. Sort Emeline. Silence.
Navarre.- Gendre docteur ? Vous faites les 3 huit ? (Ludovic fait oui en souriant) Au tarif dimanche et jours fériés avec déplacement ? La lettre K au carré du carré ?.. .. Dites donc, schlang. C’est le jackpot. . .. Le tiroir-caisse doit sonner plus souvent qu’à son tour.
Ludovic.- (souriant) Assez. Oui.
Navarre.- Savez-vous, Ludovic, que vous êtes mon image, point par point ? Gommez de moi ce qui avec l’âge s’est ajouté, ajoutez-moi ce qui, avec l’âge, s’est gommé, et vous m’êtes. Je me retrouve en vous. Jusqu’à nos femmes qui se ressemblent. Aussi futiles toutes les deux que tous les deux nous sommes utiles… .. Que seraient, je vous prie, ces deux belles fleurs odorantes, qui font le charme et la beauté de notre jardin, sans notre sale glèbe grasse, grouillante de vers, qui nourrit leurs racines dans l’obscurité de la terre ? Hein ?..(Il s’assied puis s’allonge sur le transat) .. Excusez-moi. Tous les matins, mon journal (il montre ses 4 Monde tout neufs) me donne rendez-vous, et ça fait 4 matins que je lui fais faux bond. Il faut que je rattrape mon retard. (Il s’assied, puis s’allonge sur le transat)
Ludovic.- Ma famille ne m’étant plus alliée, me permettez-vous d’attendre, au milieu de ma famille d’alliance, mon heure de garde?
Navarre.- A condition que vous ne parliez, ni soupiriez, ni souffliez, ni bougiez, ni vous rappeliez à moi d’aucune manière, je ne trouve rien à redire à votre présence.
Ludovic.- Laissez-moi à moi, au contraire, je vous le demande. Je suis à moi-même un compagnon inconnu. Comme je serai astreint sans doute à me fréquenter de plus en plus, il faut bien que moi et moi fassions connaissance… .. Le vrai monde de chacun, d’ailleurs, n’est-ce pas soi ? Notre premier monde, notre dernier, et celui d’entre les deux ? L’extérieur, je pense, n’est là que pour meubler un peu.
Navarre.- Je suis tout à fait de votre avis. Navarre dispose les Monde sur ses genoux dans l’ordre de leur parution. Ludovic prend une chaise, et pose les pieds de devant de la chaise sur le tapis.
Navarre.- Malheureux ! Vos pieds !.. .. (Ludovic regarde ses pieds) Pas vos pieds ! Ceux qui assurent l’intérim des vôtres. Pensez que sur ces 4 talons-aiguilles sont répartis vos.. ?
Ludovic.- 68 kilos
Navarre.- Vous êtes un gringalet. Mais, avouez, 68 kilos, comme charge, ce n’est pas rien… ..Réfléchissez. 68 par 2, 34, 34 par 2, 17. 17 kilos par talon. Calculez par mm2 ? Transformez la masse en force. Imaginez une tête de clou frappée avec force par une masse, sur 15 ou 20 fils noués de mon vieux Chiraz. Imaginez les dégâts.
Ludovic.- Oh ! Pardon. Où avais-je la tête. Ludovic ôte vivement la chaise du tapis et la pose sur le plancher nu. Navarre déplie le premier journal et commence à le lire.
Navarre.- (tout en lisant) Permettez que je ne vous prête pas non plus un journal. J’aime, quand je lis mes journaux, qu’ils aient été intouchés. J’aime en avoir la primeur. Je me berce de la flatteuse illusion, qu’ils se donnent à moi en premier.
Ludovic.- Je ne suis pas autre.
Navarre.- Quand ils seront déflorés, vous pourrez les besogner tout votre soûl.
Ludovic.- Non. Non. Je vous en prie. Silence. Pendant que Navarre lit, il remue ses orteils par la crevure de ses pantoufles.
Navarre.- Je sais parfaitement que certaines deux extrémités miennes ne respectent pas l’alignement des autres et sortent du rang. Mais vous ne pouvez savoir comme ces pantoufles me sont chères, même si leur amitié n’est plus de la dernière fraîcheur. Il n’y a rien, dans ma vie, qui m’ait été plus soumis, et bien que je les aie tant fait souffrir, qui m’ait témoigné plus douce reconnaissance. Je les ai maltraitées et brutalisées on ne peut plus, avec quelle affection et quelle tendresse, néanmoins, de leur douce empeigne, elles m’étreignent et m’embrassent. Vous ne pouvez savoir le réconfort qu’elles m’apportent.
Ludovic.- Même à moi, elles me sont devenues amies. Je les regarde avec affection.
Navarre.- N’est-ce pas ? .. . On se met martel en tête pour trouver des sujets de conversation, et, voyez, (montrant ses orteils de son journal) il s’en trouve sous vos pas.
Ludovic.- Vos pantoufles ont été la voie royale. Silence. Navarre lit le journal. Entre de Serres, porteur de deux rouleaux de laine de verre..
Navarre.- (Tournant la tête, Navarre aperçoit de Serres. A la hâte, il pose ses journaux et se lève) Monsieur de Serres! Que ma pensée se rappelle à la vôtre m’honore ! (Les présentant l’un à l’autre) Monsieur de Serres. Une homme à toutes mains. Et comme il a des mains d’or, en valeur c’est l’homme le plus riche de la terre. Ludovic, un médecin, mon gendre.
Ludovic.- (allant à de Serres et lui serrant la main) Ma droite, si gauche, s’honore de serrer une droite si adroite.
De Serres.- Mrh ! Ouah !
Navarre.- (montrant le visage courroucé de de Serres) Le front est chargé de nuages noirs, la voix gronde, les yeux lancent des éclairs. Il y a de l’orage dans l’air. Que se passe-t-il ?
De Serres.- Je bous. Je bouillonne. Si vous saviez. Monsieur Seysse, notre nouveau chef d’atelier, nous chauffe à grand feu.
Navarre.- Monsieur Seysse est un petit chef, Monsieur de Serres. Pour n’importe quel poids, il se trouve toujours un levier. Racontez-moi.
De Serres.-Imaginez-vous que Monsieur Seysse s’est mis dans la tête de nous faire travailler pour notre salaire. Vous rendez-vous compte ?.. .. Le premier arrêté qu’il a pris, ç’a été de suspendre tous nos arrêts de travail. Pause crème-croissants de 9 heures ? Halte-apéro de 11 heures de 11 heures ? Arrêt café de 14 heures ? A ces pause, halte, arrêt, il a mis arrêt, halte, pause. Toutes ces pauvres douceurs de nos rudes journées ? Sucrées. Une femme qui ayant horreur de voir son mari ne rien faire, sans cesse l’emploie et l’occupe fût-ce à des riens, attentive à ne jamais le laisser prendre du bon temps, voilà ce qu’est devenu Monsieur Seysse. Il nous veut tellement sans cesse occupés, qu’il est préoccupé, quand il nous voit inoccupés.
Navarre.- Encore un qui vous fait suer le burnous, parce qu’il est monté en grade, et qu’il se croit hors du rang. Eh bien. Il se trompe. Je m’en vais lui faire faire ses classes. S’il déborde d’énergie, je m’en vais la lui tarir. Je m’en vais le dégoûter de vous dégoûter…. ..Dès demain, j’aurai converti cet incroyant. Dès demain, il vous fera ses dévotions, Monsieur de Serres. C’est comme si c’était fait.
De Serres.- Qui vivra verra.
Navarre.- Vous vivrez et vous verrez.
De Serres.- (allant pour sortir, et s’arrêtant) Qu’est-ce que je voulais dire ?
Navarre.- Dites. Veuillez… .. Sollicitez-vous mon aide ? Vous me comblez… .. Rendez-moi service : laissez-moi vous rendre service.
De Serres.- (poursuivant son chemin) Tout compte fait, vous ne pourrez rien.
Navarre.- Savez-vous que j’ai le bras plus long que vous pensez ? (de Serres s’arrête) Si je ne peux rien, que vous coûte-t-il de le dire ?
De Serres.- (se tournant à demi et poursuivant son chemin, grondant) Un lavabo tout neuf, figurez-vous, devait remplacer le lavabo encore en excellent état du cabinet de toilettes des Adjoints du niveau 1.
Navarre.- (hochant la tête) Un lavabo tout neuf devait remplacer un lavabo en excellent état. Qui a pris la décision ?
De Serres.- Monsieur Seysse, justement. A part qu’il est un peu déverni, le lavabo en place n’a pas un pet.
Navarre.- Il faudrait voir à remplacer un lavabo en excellent état, fut-ce au cabinet de toilettes des Adjoints. Autour des Adjoints se presse toute une cour servile, prête à toutes les bassesses pour bien se placer. Ce lavabo neuf qui devait remplacer un lavabo en excellent état est une marque parfaite de la flagornerie qui règne à la Ville. Nous ne réformerons pas le lavabo en excellent état, Monsieur de Serres, nous réformerons le lavabo neuf. Il faudrait voir à être économe des biens communaux… ..Par hasard, nous rendriez-vous service ? Auriez-vous un usage pour ce lavabo neuf inutile ?
De Serres.- J’aurais peut-être un emploi.
Navarre.- Un, deux, trois, adjugé. Il est à vous… .. Grâce à vous, une chose toute neuve, achetée pour rien, trouve un emploi. Vous donnez là une excellente leçon de civisme.
De Serres.- (se tournant, et poursuivant son chemin, quoiqu’à petits pas) Et puis, non. J’y renonce.
Navarre.- Que se passe-t-il ? Monsieur de Serres.
De Serres.- (toujours tourné, marchant) Le transport occasionnerait plus de dégâts que le lavabo rendrait de services.
Navarre.- Croyez-vous qu’il soit de moi de faire les choses à moitié? Que vaut une aide si elle n’est pas totale? (de Serres s’est arrêté) Quelle est la difficulté ?
De Serres.- (arrêté, tourné à demi, grondant) Le coffre de ma voiture n’est pas de plain-pied. Et puis la plaque d’isorel du fond ne supporterait pas le poids du lavabo. Je ne vais tout de même pas détériorer un mien bien privé pour un bien public de la Ville.
Navarre.- Je fais votre souci mien. J’adopte votre préoccupation. Il n’est pas de maison sérieuse, qui n’assure aussi la livraison. Le service fait partie du service… .. Je vous affecte pour le transport de ce lavabo une fourgonnette, et requiers de l’aide pour vous aider à le charger. Cela va de soi. Vous pensez bien .. .. Et même, Monsieur de Serre. Il y a urgence. Accomplissez cette tâche tout de suite.
De Serres.- C’est vous qui commandez.
Navarre.- C’est moi qui commande. Je vous donne ordre, Monsieur de Serres, toutes affaires cessantes, d’aller livrer cet appareil à qui de droit… .. Rendez-vous dans une demi-heure à mon bureau. Je vous donnerai un bon signé et contresigné, avec fausse indication de destination tout ce qu’il y a de plus régulière.. .. Allez. Je vous suis . Sort de Serres, hilare.
Navarre.- (à Ludovic) Il me roule dans la farine, devez-vous penser. Et si le naïf n’était pas celui qu’on pensait ? Plus je lui demande, plus je lui donne, avez-vous remarqué ? Ce qu’il ne sait pas c’est que ma magnanimité est profonde comme la mer. Avec son petit seau, il essaie de me vider. Il s’épuisera, avant qu’il m’épuise. Entre Prisca.
Prisca.- Je m’en vais, papa.
Navarre.- (à Ludovic) Discernant avec sagacité d’après le ton de sa voix, que le beau-père désire s’entretenir avec sa fille aînée en particulier, le gendre s’éclipse avec une discrétion appréciée. Restez donc un peu. Au regret. J’ai à faire. Je me plie à vous.Au revoir.
Ludovic.- (riant) Au revoir. Sort Ludovic.
Navarre.- Prisca ! De ma lancette, j’inciserai droit l’abcès… ..Comment as-tu pu, Prisca ? T’offrir à la première dent venue, quitte à ce qu’il te repose dans le panier, avec la trace des dents bien visible et l’entame brunie ? Quelle bouche nouvelle crois-tu y portera la dent ? Ne s’en écartera-t-elle pas, au contraire, avec dégoût ?.. .. Les façons dont les fiancés en usent l’un vis à vis de l’autre, ne leur en disent-ils pas assez comment ils en useront quand ils seront mariés ? Si au lieu de vivre en conditions réelles, tu t’étais essayée en simulation, en te prêtant en image, est-ce que tu ne te serais pas préservée en réalité ? Pourquoi ne pas t’être bornée à des fiançailles ?
Prisca.- Aimer, est-ce se donner pour de faux, feindre, se contrefaire ? L’amour ne se donne-t-il pas le premier jour tel qu’il sera le deuxième et le dernier ? Les fiançailles ne sont de l’amour que la comédie. Pour l’amour, ne faut-il pas risquer l’amour ?
Navarre.- Ton point de vue serait honnête, Prisca, si celui de l’autre partie l’était aussi… .. Là où la fille est honnête, stricte, scrupuleuse, tient ce qu’elle dit, le garçon, lui, ne cherche qu’à marauder et brigander, et filer, le forfait accompli.. .. La jolie serviette blanche, brodée de jolies initiales entrelacées est joliment pliée à côté de l’assiette : arrive le soulard, qui bâfre et se goinfre tant qu’il peut, s’essuie à pleine bouche, et jette la serviette souillée sur la table. Tu aurais dû laisser ceci aux petites jeunes filles des basses classes, Prisca… .. Si une partie du corps s’infecte, n’est-ce pas tout le corps qui a la fièvre ? Si la gangrène ronge un membre, pour qu’elle ne menace pas le corps, ne faut-il pas couper le membre ? .. .. Si dans le mois qui vient, certaine fille ne légitime pas publiquement par un mariage civil et religieux cet honteux concubinage qu’elle cache sous le manteau, sache-le, je ne reconnaîtrai plus cette fille pour ma fille !
Prisca.- Vous êtes ma patrie bien-aimée, et tu m’exilerais de vous ? Je serais à deux pas de vous, et je vivrais comme une émigrée sur une terre étrangère ? Tu ferais de moi une orpheline de parents vivants ?
Navarre.- C’est toi qui te dévêts de mes principes, et qui mènes une vie indécente. En quoi es-tu encore la fille de ton père ?
Prisca.- Papa.
Navarre.- Redeviens ma petite fille bien aimée et je redeviendrai ton père aimant. Sort Navarre, puis Prisca, pleurant.
2.
Le 3 pièces de Prisca. Prisca assise, pleurant. Entre du dehors, Henri.
Henri.- .. ..Heureux paternel, capable, par sa seule absence, de faire pleuvoir tant de douce pluie.. ..Pour rivaliser avec lui, devrais-je prendre exemple sur son exemple, être absent à mon tour, et arriver plus tard ?
Prisca.- Essaie un peu d’arriver plus tard. Tu sais où tu me trouveras ? Au lit.
Henri.- Ah. Que j’aimerais. Accueilli à bras ouverts. Je serais partant.
Prisca.- Sauf que je serais dans d’autres doux bras : ceux de Morphée.
Henri.- Qu’avec douceur, du doux pays des songes je te ferai passer au doux pays du Tendre. Des bras de Morphée tendrement dans les miens. D’un rêve rêvé à un rêve éveillé. Ce sera le nouvel Adam et la nouvelle Eve dans le nouveau Paradis.
Prisca.- Essaie un peu de me réveiller. Je te mettrai aux arrêts de 3o jours sur le divan du salon.
Henri.- Si tu fais cela, je déserterai à jamais ton lit. Lorsque tu voudras me retrouver, il te faudra me rejoindre dans mon maquis.
Prisca.- Heureux êtes-vous, vous, forces brutales, qui pouvez donner de la voix et taper du poing sur la table.
Henri.- Plaignez-vous, vous, qui pouvez dissoudre de votre douce eau, les roches les plus dures. Pour quelques femmes corrigées à grand renfort de pleurs, combien d’hommes en silence séquestrés et embastillés.
Prisca.- Protestez contre vos barreaux dorés, pauvres roitelets.
Henri.- (venant à elle et lui baisant la main) Déplorez vos victorieuses faiblesses, pauvres servantes-maîtresses.
Quelques instants plus tard. Prisca et Henri debout.Henri, va à un placard, voit ce qu’il y a, l’ouvre grand.
Henri.- (sortant les vieux habits, ensemble aubergine, redingote violette, tailleur kaki, cape prune de Prisca) Soldat ! Qu’est-ce que c’est que ces tenues de la dernière guerre ? Ne vous avais-je pas dit d’écouler vos effets aux stocks américains ?
Prisca.- Ces habits m’habillent, mon cher mari.
Henri.- T’affublent et te fagotent, ma chère femme.
Prisca.- M’habillaient, quand j’ai eu l’heur de te plaire.
Henri.- Tu m’as plu malgré tes frusques, qu’en pensée, mille pardons, je t’avais impudiquement ôtés. .. ..Tout ça te va, en réalité comme l’as de pique. Ce sont des horreurs épouvantables. Une beauté qui s’enlaidit offense ses proches. Tu es priée de ne plus outrager le pauvre monde. Si tu ne renvoies pas tes troupes dans leurs foyers dans les huit jours, ma commission décrétera leur réforme définitive.
Prisca.- Essaie un peu pour voir.
Henri.- J’essaierai et tu verras. ..(Il lui tire ses cheveux raides) Fin de semaine, de même, ces bouts de ficelle seront changées en aimables volutes, sous la baguette d’un artiste capillaire.
Prisca.- Ces bouts de ficelle resteront telles que les a fabriqués le Créateur.
Henri.- Ne peut-on enluminer la création d’un peu d’art fabriqué par l’homme ? Cette oeuvre divine d’un visage, ne peut-on l’honorer d’un hommage humain ?
Prisca.- Dépenser un coûteux argent en bouclettes et en frisettes est une insulte aux déshérités. Ce que je donne au pouilleux, je ne le lui ôterai pas pour le donner à une coiffeuse… ..Je m’offre telle que ma mère m’a faite.
Henri.- En cuisine, offres-tu aussi tes légumes tels que la terre les a faits, terreux, véreux, crus ? N’as-tu pas à honneur de faire de ta cuisine un art ? Mais, lorsqu’il s’agit d’assouvir notre faim de beauté, autrement nécessaire, tu ne lèverais pas le petit doigt ?.. .. Il faut que tu apprennes à surmonter ton égoïsme monstrueux, et avec civilité respecter autrui. Tu ne peux plus lui infliger un tel spectacle négligé et relâché… .. J’ai dit que tu iras chez le coiffeur et tu iras chez le coiffeur. Je ne te le répèterai pas deux fois.
Quelques instants plus tard, Henri, Prisca tout deux assis, Henri lisant, Prisca consultant le Vidal et prenant des notes.. Prisca.- ( après un instant) Comme je comprends que tu t’attardes à ton centre. J’ai pu le constater à midi. T’y retient la plus jolie vue du monde.
Henri.- C’est un trou à rats. C’est l’environnement le plus hideux qui soit. On y a vue que sur du béton et de l’asphalte.
Prisca.- Je n’ai pourtant pas eu la berlue. J’y ai vu, à midi, le plus merveilleux des paysages polaires : visage blanc comme neige, cheveux d’argent comme givre, yeux bleus comme glace. J’en ai eu les yeux saisis rien qu’à le voir.
Henri.- (riant) Tu parles d’Albane.
Prisca.- Elle s’appelle Albane ? Enchantée. Moi, c’est Prisca.
Henri.- Un visage enfariné comme Baptiste, devrais-tu dire. Elle a le visage plus criblé de crevasses que l’astre de la nuit. Si on lui raclait la farine, ce serait une vraie rape à fromage !
Prisca.- Tu as beau tendre un filet de camouflage. Je l’ai très bien vue. Son visage est une dangereuse artillerie qui doit mettre à mal bien des positions adverses.
Henri.- A ton goût à toi. Et si ce qui est beau à tes yeux, était laid aux miens ?
Prisca.- Et par quelle magie, un être serait-il autre de tes yeux aux miens? Henri.- Te plaît-il ce qui me plaît? Me plaît-il ce qui te plaît ? Heureux pour notre descendance que nous ayons des goûts différents… ..Sois sans crainte, Albane me ressemble bien trop pour me plaire… ..Avais-tu d’ailleurs tellement de crainte que ça ?
Prisca.- (souriant) Si j’en avais un peu trop, il m’en reste maintenant juste assez. Un peu plus tard. Prisca dépose son Vidal. Henri se lève.
Henri.- Tu t’es levée tôt. Tu dois être épuisée.
Prisca.- Non. Toi. Tes nuits sont trop courtes. Tu dois avoir hâte de prendre du repos.
Henri.- Tu ne m’inclines pas spécialement au sommeil.
Prisca.- Serais-je fatiguée, ta veille me tiendrait plutôt en éveil.
Henri.- .. ..Te sentirais-tu par hasard, en veine d’un débat contradictoire ?
Prisca.- .. ..Si tu argumentes, comment ne te donnerai-je pas la réplique ?
Henri.- Ainsi, tu serais disposée à faire valoir tes aperçus ?
Prisca.- Pas moins que tu l’es à exposer tes démonstrations. Se lève en souriant Prisca, qui sort, puis derrière elle sort Henri.
Un autre soir. Même lieu. Prisca, bellement coiffée, mais toujours vêtue à la diable attend à la fenêtre, se retire. Entre du dehors Henri.
Henri.- (s’asseyant, pleurant) Fat. Avantageux. Bouffi. Gras d’une graisse vantarde… .. Une pointe d’épingle, et du ballon enflé, il ne reste plus qu’un chiffon de caoutchouc qui pend… .. Ne me fais plus l’honneur de m’attendre. C’est un honneur indu… .. Que suis-je pour te mériter ? Je suis indigne de toi.. .. Aime n’importe qui. Il sera plus digne de toi que moi.
Prisca.- Qu’est-ce qui se passe, Henri ?.. Henri.
Henri.- (pleurant, passant son mouchoir sur les yeux) J’ai passé mon travail au banc d’essai. L’échec est total. Tout est à recommencer à zéro.
Prisca.- (allant à lui) .. ..Heureuse mauvaise nouvelle, mon chéri ! Heureuse défaite qui te fait désarmé ! Heureuse mauvaise froide saison, qui te serre contre moi ! Heureuse blessure qui te fait si sensible ! Blessé à côté de blessée et demie, nous voilà d’égal à égal!.. .. Je sais hélas que cet heureux échec n’aura qu’un temps. Que bientôt nouvelle ardeur et nouvel allant t’éloigneront vers de nouveaux travaux.
Henri.- (se mettant à genoux devant Prisca, prenant ses mains et les mettant contre ses joues) Que de douce douceur. Que de bonne bonté. (Prisca relève Henri et l’embrasse, Henri s’essuie les yeux) Je vide les arçons, et tu me remets en selle : quel ami en ferait autant ? (Prisca lui baise la main)
Quelques instants plus tard. Henri ouvre grand le placard, découvre les vieux habits de Prisca.
Henri.- Ne t’avais-je pas accordé le dernier sursis ? Tu récidives? .. .. Excuse-moi, le sursis tombe. (il cherche de grands ciseaux, sort une jupe-culotte aubergine) Désolé. L’idée m’en déchire.
Prisca.- (criant) Henri ! Non !
Henri.- (la singeant) Prisca ! Si !
Prisca.- (essayant de le lui arracher) Pas mon ensemble aubergine ! C’est le premier habit que je me suis acheté.
Henri.- Le premier. Il y a longtemps. (Il le découpe et le déchire, puis sort une redingote violette) Que je regrette. Cela me fend le coeur.
Prisca.- (essayant de la lui arracher) Pas ma redingote violette ! La mode est en train d’en revenir.
Henri.- J’en doute. Je ne pense pas qu’elle y ait jamais été. (Il la découpe et la déchire, puis prend un tailleur kaki) Ca me désole. Ca me détruit le moral.
Prisca.- (essayant de le lui arracher) Pas mon tailleur kaki ! C’est un cadeau de Maman, pour mon anniversaire.
Henri.- Un vieil anniversaire. Il y en a eu pas mal de jeunes depuis. (il le découpe et le déchire, puis sort une cape prune) Au désespoir. Ca me l’esprit en capilotade.
Prisca.- (essayant de la lui arracher) Henri ! Je l’avais achetée en solde ! Elle était neuve ! C’était une affaire ! Je ne l’ai jamais portée !
Henri.- Neuve, achetée en solde, et jamais portée ? Etait-ce une si bonne affaire ? (il la découpe et la déchire, et fourre le tout au fond du placard)
Prisca.- (pleurant de rage) J’avais choisi tous ces habits. Tu fais fi de mon choix.
Henri.-Eux, t’avaient-ils choisie ? Les avais-tu consultés, eux? N’aurais-tu pas pu leur demander leur avis ? Toi, tu pouvais te permettre de les ignorer, tu n’abaissais pas les yeux sur eux. Mais, eux, ne pouvaient faire l’impasse sur toi, il t’exhibaient. ..Je veux qu’à la fin de la semaine, une belle garde-robe présente au monde ses compliments.
Prisca.- On en reparlera.
Henri.- C’est tout dit.
Quelques instants plus tard. Prisca, lisant, Henri, recousant un bouton à son imper, tous deux assis.
Henri.- Ce matin, mes yeux ont-ils bien vu ? Cet homme qui t’accompagnait, m’a paru rose porcelet, bedonnant. L’est-il vraiment, ou me suis-je trompé ?
Prisca.- (riant) Tu veux parler de Jeannot ?
Henri.- Qu’il s’appelle Jeannot, Pierrot, Jacquot, Charlot, cela m’est assez indifférent, ce n’est pas tellement au nom que j’en ai. Je voulais simplement te faire remarquer, que si tu as du goût pour lui, ce goût ne me semble pas très sûr.
Prisca.- C’est Jeannot Chapelain. Un camarade.
Henri.- Ecoute. Qu’il soit chapelain, aumônier aux armées, archiprêtre, doyen, curé, bedeau, sacristain ou catéchiste, ce n’est pas chez moi une préoccupation majeure. Je trouve simplement qu’avec lui, tu es mal ficelée. Je te le signale en passant.
Prisca.- Jeannot Chapelain est un interne de notre service.
Henri.- Ecoute. Qu’il soit interne, pensionnaire, demi-pen-sionnaire, externe, externe surveillé, externe libre, qu’il ait ou non un correspondant pour le sortir le dimanche, ça ne me cause pas un tel souci. Simplement, avec lui, je te trouve mal fagotée. Je tenais à te le dire.
Prisca.- Nous nous sommes retrouvés devant la porte. C’est un pur hasard si nous sommes sortis ensemble.
Henri.- De loin, d’où je vous ai vus, vous m’avez paru assez intimes. Lui promenait son ventre, en pleine nef, comme un saint sacrement, et toi tu courais, sur les bas-côtés, dans les galeries latérales, tendais la tête vers lui, et, hilare riais comme une baleine. Tu étais rouge écrevisse. Tu flambais.
Prisca.- Tu ne sais pas qui est Jeannot Chapelain ? Jeannot Chapelain est le clown de service. C’est le pince-sans rire de la clinique. Quand il allume sa mèche, c’est partout, des salves de fous-rires, des explosions d’hilarité. Le personnel se tient les côtes, les malades se plient en deux. C’est l’Auguste de l’hôpital.
Henri.- Je ne dis plus rien. Pardonne mes soupçons injurieux. Un amour qui suspecte est suspect. Désormais, je serai lucide. Je t’aimerai en aveugle. Quelques instants plus tard. Henri, ayant fini sa couture reste assis, Prisca se lève.
Prisca.- As-tu prévu quelque chose pour ta soirée ? Henri.- Ma soirée est à toi. Ta soirée est ma soirée.
Prisca.- Qu’est-ce que tu aimerais ? Qu’on bavarde ? Qu’on se taise?
Henri.- Je veux ce que tu veux. Je choisis ce que tu choisis.
Prisca.- ..Je trouverais le silence une assez belle occupation.
Henri.- Pour l’expliquer, peut-être faudrait-il le rompre ?
Prisca.- Un silence rompu est-il encore le silence ?
Henri.- Si de ton silence tu me renvoies au mien, je n’en sais guère plus.
Prisca.- Mais si de ton silence, tu me renvoies au mien, voilà le mien tout embarrassé.
Henri.- .. .. Si je comprends, tu te vouerais volontiers à un silence nu ? Prisca.- Si tu étais enclin à te mesurer avec certaines réalités muettes. Henri se lève, sourit, sort, puis Prisca.
Même lieu, un autre jour. Henri guette à la fenêtre, nerveux. Entre du dehors Prisca, bellement coiffée, bellement vêtue.
Prisca.- .. .. Signe de la santé la plus excellente. Je ne me suis jamais mieux portée… ..(Henri la regarde, incompréhensif) Nous ne sommes plus seuls. Il y a du monde qui vient.
Henri.- Non ?
Prisca.- Si.
Henri.- Aïe. Outche. .. .. Ca ne pouvait arriver qu’à moi. C’est bien ma chance… .. Tu ne crois pas qu’il aurait pu prendre un numéro et attendre dans la file ?
Prisca.- C’est nous qui avons lancé l’ invitation, Henri.
Henri.- Fallait-il à tout prix qu’il devance l’appel ? Ne pouvait-il pas demander un sursis et continuer ses études ? .. .. S’il avait eu tant soit peu de bonnes manières, il aurait pu se faire désirer. S’introduire sans crier gare dénote un manque total de savoir-vivre.
Prisca.- Nous ne lui avions pas fermé la porte, que je sache.
Henri.- Une chose est de faire le généreux, et une chose est de mettre la main à la poche… .. Flûte alors. Le fléau d’Egypte. Si tu refuses de laisser partir mon peuple, pharaon, j’infesterai de grenouilles ton territoire. Tu auras de la grenouille partout, dans les jambes, sur la tête, sur les épaules, dans les bras. Sur le parquet, la chaise, la baignoire, le lit, debout, assis couché, à une, deux, trois, quatre pattes, hurlant de tous ses poings, bavant de toutes ses gencives, le jour, la nuit, le matin, l’après-midi, 20 ans 30 ans 40 ans. De 20, 30, 40 ans, nous ne serons plus ni toi à moi, ni moi à toi, mais nous à lui et lui à nous. ..Il n’aura pas le temps de me soumettre, je te garantis.
Prisca.- Ne m’alarme pas, Henri.
Henri.- Je ferai ma soumission avant. Ils virent l’enfant avec sa mère, et se prosternant à genoux l’adorèrent… ..Poussez-vous, les anciens ! Faites place ! Nous arrivons ! Un âge passe, un âge arrive! Fin du 3ième acte, début du 4ième !.. .. N’ôte pas ton manteau, Prisca, nous allons chez ton père lui demander la seule chose de toi que je n’ai pas.
Prisca.- Quoi donc ?
Henri.- Ta douce main, Prisca.
Prisca.- Tu ne la lui demanderas pas, Henri.
Henri.- Le couple qu’a uni la nature, ne veux-tu pas que Dieu et la loi l’unissent à leur tour ?
Prisca.- Tourner en dure astreinte et loi de fer et joug pesant, ce qui est doux consentement et gentille complaisance ? Se marier pour divorcer dans 3 mois, c’est à cela que tu aspires ?
Henri.- Tu veux faire de ce petit un enfant de la balle ? Un coucheur de belle étoile ? Un jouet de circonstances ? Tu veux qu’il reconnaisse un de ses parents avec gêne, et avec honte nie l’autre? Du petit de deux vagabonds, tu veux en faire un troisième?.. .. Pourquoi, Prisca, ne pas faire reconnaissance publique de ce fruit de deux amours privés ? Le petit est notre oeuvre commune : refuses-tu de la signer avec moi? .. .. Ne veux-tu pas greffer notre rameau sur la souche, afin qu’il continue l’arbre ? Notre descendance assurée, ne veux-tu pas que nous nous assurions à présent de l’ascendance, afin que soit assurée la suite des générations ?.. .. Prisca. Reconnaissons que nous ne sommes qu’un chaînon d’une chaîne ! Humilions-nous devant l’ascendant, comme nous nous humilions devant le descendant ! Henri va vers la porte, se retourne, puis Prisca le suit.