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1.Le Président-Lélian va à la porte, cherche le bouton de sonnette Lélian Saint Jean d’Acre, sonne. A l’interphone :
La voix de sa mère.- Oui ?
Lélian Saint Jean d’Acre.- (off) Maman. (haut) Madame, c’est un ami de votre fils.
Elle lui ouvre. Il pousse sa porte, la retient pour que les deux gardes puissent entrer après lui, monte l’escalier, par-dessus la rampe de son pouce, montre aux deux gardes l’étage.
Au palier, sa mère l’attend, la porte ouverte.
Sa mère.- (En colère) Vous vous croyez partout chez vous ? Allez-vous en. Ici, c’est privé.
Lui entre, elle le ceinture par derrière, il la traîne jusqu’à la chambre à coucher, les deux gardes se précipitent derrière eux.
Le Président-Lélian trouve le corps de Lélian, dans le coma, appareillé de tubes et de seringues. Il se couche sur lui, l’embrasse, approche sa bouche de son oreille : Je est un autre, est pris de vapeurs, [une vapeur visible s'échappe de sa tête]
Lélian.- (off, d’une voix décroissante) Je perds ma vertu.
de rigidité, de convulsions, entre dans lui, comme dans un logement vide. La dépouille du Président glisse, rattrapée par les deux gardes du corps.
Le 1er garde.- (à ma mère) Soyez tranquille. Nous allons vous envoyer un médecin.
Le 2ème garde.- Vous serez dédommagée.
Le 1er garde.- (menaçant de son poing) Pas un mot.
Ils disparaissent, emportant la dépouille du Président.
La figure de Lélian, immobile, comme mort, les yeux mi-clos regardant vers la moulure du plafond..
Lélian.- (off, d’une voix éteinte) Je suis une flamme si bleue, si faible, qu’un souffle peut l’éteindre. J’expire. Heureux, je vais rejoindre mes pères.
La figure de Lélian, immobile, comme mort, les yeux mi-clos regardant vers la moulure du plafond.
Lélian.- (off) Je contemple la moulure du plafond sans me lasser, comme si c’était Dieu lui-même.
Entre la moulure et ses yeux, soudain entre et s’interpose la figure souriante de sa mère.
Lélian.- (off) Maman. J’ai ramassé toute l’énergie que je pouvais, et j’ai crié Maman
On entend : HAN.
La voix de la mère.- (chuchotant, excitée) Roberte. Il a parlé.
Lélian.- (off) Ils vont décommander les pompes funèbres, je peux dormir en paix.
Et il ferme les yeux.
Lélian ouvre les yeux, les garde ouverts. On voit remuer les membres imperceptiblement.
Lélian.- (off, gémissant)) Je me sens moulu à la ceinture scapulaire, aux épaules, aux omoplates, à la ceinture thoracique.
Il gémit, puis s’endort.
Lélian rouvre les yeux. La main légère de Roberte se pose sur sa main, comme par réflexe, Lélian lève un peu sa main.
La voix de Roberte.- (chuchotant, excitée) Madame, il a bougé la main.
Sa main presse doucement celle de Lélian.
Sans bouger la tête, Lélian rouvre les yeux, les bouge, regarde autour de lui.
Lélian.- (off, remuant, comme s’il se palpait de l’intérieur) Je suis entier, quelle chance. Je n’ai pas même rapporté la tourista. Je ne souffre pas même du décalage horaire.
Quand reverrai-je hélas de mon petit village
Fumer la cheminée
Il s’endort, sourire aux lèvres.
Lélian, les yeux ouverts, bouge sa tête, ses membres. La Faculté prend le pouls, ausculte la poitrine, examine l’œil, pose des électrodes ; ôte aiguilles et tubes. Sa mère et Roberte lui apprennent la cuiller. Puis il mange seul. Ensuite, il s’alphabétise. Enfin, il parle.
Lélian prend la main de sa mère.
Lélian.-(portant sa main en tremblant à ses lèvres, parlant lentement en articulant) Tout ce que dans mon enfance et dans ma jeunesse, tu as souffert pour moi, je n’ai pas eu à le souffrir. Je n’aurai jamais envers toi assez de gratitude.
La mère, pleurant, embrasse et baise son fils.
Lélian, au lit, se mouvant, bien.
Paume moite pressant paume moite, longs yeux plongeant dans longs yeux, passe entre Lélian et Roberte un intense courant amoureux.
Le mère de Lélian le remarque, se lève,
La mère.- Pardonne-moi de me reprendre, il faut que j’aille voir dans quel état est mon appartement, l’embrasse.
Lélian.- (à sa mère) N’oublie pas, nous fêtons la Sainte Barbe.
La mère.- La Sainte Barbe ?
Lélian.- La patronne des artilleurs et des pompiers.
Sa mère rit, part.
Roberte ferme la chambre à clé, revient vers Lélian, se penche vers lui, pleurant, reniflant, salivant, l’embrassant sur la bouche, mêlant pleurs et salive, se pressant contre lui.
Larmoyants de pleurs, de sueur, de salive, d’humeurs de tous ordres, Lélian et Roberte se baignent d’un un bain d’amour.
Lélian.- (off) Puis, Roberte s’est alitée à côté de moi, bien qu’elle ne soit pas malade du tout.
Lélian debout, habillé, entre dans sa banque.
Lélian.- (off) Mon angoisse, c’était que Goldberg m’ait licencié.
Goldberg, ouvre les bras à Lélian, lui sourit jusqu’aux oreilles, s’enquiert de sa santé, lui dit sa joie de le compter de nouveau parmi les siens, l’intronise solennellement à son guichet.
Lélian.- Monsieur Goldberg. Au sujet de la somme que vous avez viré sur mon compte, lors de mon accident.
Goldberg.- (regarde avec terreur autour de lui) Vous allez vous taire ? Vous voulez que Monsieur Segrées me jette à la porte ? Je vous supplie, cette somme n’existe plus.
Sur une route de campagne. Derrière eux leurs trois femmes, au devant Lélian et ses deux amis, Lélian étant à gauche. Les trois rient et chahutent, Lélian est le premier à rire et chahuter. Ils se donnent tous les trois des coups de poing, en matière de plaisanterie.
Sur la même route, le couple Roberte Lélian, au-devant des deux autres : Lélian donne le bras à Roberte, Lélian lui parle, l’embrasse amoureusement, Roberte ravie se laisse embrasser.
Lélian.- Sans toi, Dieu sait quel barbare je serais. Tu es ma civilisation.
Roberte.- (se penchant, l’embrassant) Sans château, sans titre,tu es mon Jean sans Terre.
Dans la rue, seul, Lélian rentre chez lui d’un pas dansant, regarde autour de lui, heureux.
Lélian.- .. ..Sans que personne ne vous regarde, pouvoir tout regarder. Plus connu. Plus reconnu. Être à soi, qu’à soi. (explosant, lançant bras et jambes) Libre.
Il entre dans son hôtel, grimpe l’escalier, rentre chez lui.
Il se plaît à faire des yeux le tour de sa chambre, s’appuie sur la table, face à la salle..
Lélian.- Quelle est la tâche ? Faire cette chère obscurité célèbre, tout en restant obscur. Paradoxe. Paradoxe. (Il éclate de rire)
Il va à la fenêtre, qui donne sur la rue, l’ouvre, regarde les passants.
Lélian.- Maintenant va être le temps pour chaque chose.