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1. Lélian.- (en courant off) Le ciel t’envoie, mon Ange.
Ange, qui porte un gros livre marqué à la deuxième page d’un signet, sourit en le voyant. Segrées-Lélian, se précipite sur Ange, l’embrasse, approche sa bouche de l’oreille, dit : Je est un autre. La tête de Segrées-Lélian fume une vapeur, un courant de haute tension le traverse, le projette en l’air, rigide, il est pris de convulsions sa dépouille tombe par terre, inanimée.
Lélian.- (off, triomphant) Je suis passé.
La femme d’Ange sort de la haute grille de la propriété, voyant les choses, inquiète, crie : Ange, court à lui, le tient dans ses bras, Ange la réconforte, lui montre la dépouille de Segrées. De son téléphone portable, elle appelle les pompiers.
Lélian.- Epatant. J’assiste à tout comme d’un balcon.
Arrivent pompiers, agent de police qui consulte les papiers de Segrées, puis, déférent, téléphone ; arrive un colonel de gendarmerie, déférent lui aussi, qui téléphone à son tour ; arrivent la limousine avec Mme Segrées, une ambulance de la Clinique de Notre Dame du Bon Secours avec le docteur Paternoster. Les infirmiers portent la dépouille de Segrées dans l’ambulance, puis tout cela disparaît.
La femme d’Ange.- Ange.
Ange.- (la rassérénant) Tout est bien.
Lélian.- (off) Oublié le mal de dos, le corset, le fond de fatigue, les articulations rouillées. Au lieu d’affreux grincements de chaîne
d’un vieux vélo en marche, une chaîne rouillée grince affreusement.
puis d’un vélo neuf, qui croise le précédent, la chaîne, neuve, graissée, fait entendre un joli cliquetis.
Lélian.- (off) Ça, c’est de la bicyclette.
Ange et sa femme s’éloignent en ville.
Lélian.-(off) Ne pas oublier. Saint Jean d’Acre. Lélian Saint Jean d’Acre.
Ange et Eléonore en ville. Ange se regarde en passant dans les vitrines des magasins.
Lélian.- (off) Beauté de visage, de corps, d’habit grège, tu me ravis. Blondeur de pâtre grec, tu m’enchantes. Ange, je suis aux anges.
Dans les rues, Ange attire les regards des jeunes filles, des jeunes femmes
Lélian.- (off) Comme d’encensoirs balancés par des enfants de chœur, ces vapeurs d’encens m’enivrent.
Dans un magasin de produits de beauté, pendant qu’Eléonore fait ses achats, Ange se regarde dans un miroir.
Lélian.- (off) Nulle musique n’est belle sans dissonance, nulle beauté n’est belle sans coquetterie : à mon émerveillement, j’ai un léger strabisme, qui emporte les cœurs.
Dans un grand magasin, pendant qu’Eléonore essaie des jupes, Ange est assis sur un fauteuil, comme sur un trône.
Lélian.- (off) Un bouddha, couché mollement, humant l’encens des bâtonnets. .. … Beauté, tu es la qualité suprême, au-dessus d’intelligence, de talent. .. .. Je vérifie ce que j’ai toujours pensé, que c’est aux femmes de courir après les hommes.
Ange illustrant ce que remarque Lélian.
Lélian.- (off) Sans doute à force d’être nourri, est-il repu. Il n’a pas de goût pour tel ou tel regard timide, qui me plaît à moi, plus que tout autre… …. Attends, mon Ange, quand sonnera mon heure.
Eléonore, en voiture, s’arrête devant une société de produits de beauté, où elle travaille comme chef d’une unité. Ange descend, embrasse Eléonore sur les lèvres, et son livre Cours d’Architecture (qui a un signet à la deuxième page) en main, fait quelques rues, toujours admiré par jeunes filles et jeunes femmes, s’arrête, entre dans une charmante maison biscornue : DICHTER, Cabinet d’architecture
Ange passe le secrétariat, où deux jeunes filles, au passage de son Saint-Sacrement, plient le genou, baissent la tête, font le signe de croix. Lui leur fait un signe de la main, comme de bénédiction, puis va dans son bureau.
Le bureau, salle blanche basse de plafond, fenêtres basses en arcade. Table d’architecte, deux lampes d’architecte, rames de papier de grain différent, papier d’épure, crayons, plumes, feutres, tire-ligne, équerre, rapporteur, traçoir,compas, curvigraphe, pantographe.
Ange passe devant la photo de son mariage, la regarde, soupire : Eléonore, en robe blanche et diadème de princesse, le tient au coude, toute fière le présente au monde entier.
Ange.-(off) On dirait qu’elle dit : Voyez ce que j’ai eu les moyens de m’acheter… …Sottement, elle croit que je l’aime. Quand on plaît comme je plais, comment peut-on aimer quelqu’un ?
mais lui, Ange, donne le bras étroitement à Dichter, son beau-père :
Ange : (off) C’est de son père que je suis amoureux, pas d’elle. Je n’avais pas dit oui à la belle idiote, j’avais dit oui à l’architecte.
Ange fait le tour de la galerie des photos des créations de Dichter : dans chaque logement d’immeuble, en décrochage vertical et horizontal, sur différents niveaux, avec des escaliers montants et descendants, il y a tout, grenier, sous-sol, cuisine, cabinets de toilette, cellule de moine, atelier, boudoir, pigeonnier, salle à manger, chambre à coucher, étroits couloirs. Chaque appartement fait un village en soi, et tous ces logements s’imbriquent ingénieusement les uns dans les autres, pour faire un immeuble.
Un silence.
Ange.- (désespéré, off) Comment faire mieux ?
Un silence.
Il s’assied à sa table, trace un rectangle
La voix de Dichter : (off) C’est simple, Ange. Dessinez des lieux que vous aimeriez habiter.
Ange.- (off) Est-ce que je sais seulement ce que j’aimerais habiter ? Est-ce que je sais seulement ce que j’aimerais ? Est-ce que j’aimerais seulement quelque chose ? Tout m’est toujours servi, avant même que je formule un voeu.
Ange prend son livre avec son signet à la 2ème page, un épais Cours d’architecture, l’ouvre à la deuxième page, on le voit lire avec application des lèvres : (off) Du diable si j’y comprends quelque chose.
Il ferme les yeux, s’assoupit 10 minutes, se réveille, ferme son Cours d’Architecture, en mettant le signet à la même 2ème page, froisse la feuille où il avait dessiné son rectangle, la jette au panier, laisse là le Cours d’Architecture, va rejoindre au secrétariat les deux chastes prêtresses chastes, qui entretiennent jour et nuit le feu sacré devant le demi-dieu.
Ange.- (off) Je suis doué pour le plaisir, le plaisir est doué pour moi. Pourquoi je bouderais mon plaisir ?
Ange représente Dichter partout dans le monde. Un carton à dessins DICHTER ARCHITECTE en main, suivi des deux secrétaires, il descend d’avion, est reçu en nombre.
Ange.-(off) Que j’adore m’offrir, en ostensoir, à l’adoration des fidèles… …(une ride plisse son front, baissant son regard sur le DICHTER ARCHITECTE du carton) Bon. Je sais bien que mon ostensoir n’est qu’un vulgaire ustensile de cuisine, et que c’est l’hostie qui est dedans que les gens adorent.. (un sourire chasse la ride) Je me console en constatant que je suis préféré par les femmes, même à Dichter.
a maison des Dichter, qui comporte deux ailes, celle de droite occupée par Eléonore et Ange, celle de gauche par Louise, la sœur cadette d’Eléonore, le corps central par Dichter et sa femme.
Aile Eléonore/Ange. Le matin. Ange au lit, se lève, regarde par la fenêtre, voit Eléonore faire du jogging dans le parc. Il fait sa toilette, s’habille, s’assied, feuillette des magazines. Eléonore entre, fait sa toilette : crayon de couleur blond pour les racines de ses cheveux, fond de teint, mascara, fard pour paupières, faux cils, vernis à ongle, rouge à lèvres, déodorant pour les aisselles, se peigne en prenant garde aux extensions de cheveux, s’habille d’une jupe courte, d’une chemise échancrée, de longues bottes de cuir à hauts talons.
Prête, fringante, Tous deux descendent petit déjeuner.
Corps du bâtiment, la salle à manger. Dichter et sa femme, Eleonore et Ange, Louise prennent place et petit-déjeunent. Eléonore est le centre de l’attention de tous. Lorsque Louise dit un mot ou deux à Ange, elle regarde au-devant de lui, avec un geste vague vers lui.
Ange- (off) Dieu sait qu’Eléonore ne mérite pas l’attention que tous lui octroient : de nature elle est laide, fardée, réparée, comme une idiote me porte au pinacle. La sœur cadette, Louise,
On voit Louise
Ange.- (off) jolie de nature, bien faite, elle est une fille intelligente. Elle me jauge selon mes capacités, qui sont nulles. Elle me méprise comme du pipi de chat. Elle mériterait bien mieux que sa sœur l’affection de son père et de sa mère.
Le soir, Eléonore et Ange sortent.
Lélian.- (off) Théâtre, concert, opéra, Ange raffole, sauf que ce dont il raffole, ce n’est pas de ce qui se donne sur la scène, mais de ce qui se passe dans la salle.
Eléonore est appliquée, un peu penchée en avant, à suivre ce qui se donne sur la scène, tandis qu’assis à côté d’elle, en retrait, Ange échange avec de belles jeunes femmes et de beaux jeunes hommes de l’assistance, des œillades non équivoques.
Lélian.- (off) Faire timide connaissance d’un clin d’oeil, lentement dévêtir les yeux, les offrir nu à nu, à la barbe des maris et des femmes, c’est pour Ange une volupté incomparable.
Puis au moment où Ange et une jeune femme se font les yeux doux, Eléonore se tourne vers Ange
Lélian.- (off) Malheur, si Eléonore, se tournant vers lui, le surprenait, franchissant la ligne blanche.
Sur une route en côte, une voiture, qui en suit une autre, klaxonne, agacée, la double en franchissant la ligne blanche, la dépasse, se rabat, mais en haut de la côte, un gendarme, qui a vu l’infraction, siffle et demande à la voiture de se ranger sur le côté. Le conducteur, Ange, descend de la voiture, et se place derrière le gendarme, obséquieux.
Lélian.- (off) Le visage souffrant d’Eléonore disait assez combien elle allait le faire souffrir en retour. Ange multipliait les actes d’allégeance
On voit Ange, les yeux baissés, très attentif à Eléonore
Lélian.- (off) jusqu’à ce qu’assiégée par tant de preuves d’amour, elle lui accorde l’absolution, moyennant quoi il se remettait à pécher, à tire larigot.
Fin de soirée. Chez eux. Dans le salon, Ange feuillette des magazines. Paraît Eléonore en déshabillé.
Lélian.- (off) Fins dernières de l’amour, hélas. Ange avait droit à la formule :
Eléonore.- Tu sais qu’il faut se lever tôt, demain matin.
Lélian.- (off) Ça veut dire : on couche.
Ange.- Je viens.
Au lit, Eléonore se rapproche d’Ange, qui se laisse faire.
Lélian.- (off) Eléonore ne faisait pas une bonne joueuse de belote. Elle ne jouait qu’en fonction de sa main, ne passait jamais la main à son partenaire,
Le salon des Dichter. Une table de belote, où sont assis face à face Dichter et sa femme, Eléonore et Ange. Eléonore pose une carte, Ange lève imperceptiblement les yeux au ciel, en hochant la tête, et soupirant, Dichter ramasse le pli.
qui, lui, était, aussi souvent qu’elle, en mesure d’encaisser le pli. Ce qui faisait qu’invariablement ils perdaient la partie … … Eléonore avait complètement dégoûté Ange de jouer à la belote. Pourtant, à l’origine, il aurait bien aimé.
Un silence.
Lélian.- (off) Eléonore défendait absolument à Ange de la toucher, parce qu’elle avait subi pas mal d’opérations de chirurgie esthétique.
Dimanche matin. Au petit déjeuner.
Dichter.- Louise, j’aimerais cet après-midi, que nous allions voir ta villa gallo-romaine.
Louise.- (gênée) Ça ne t’apprendra pas grand chose. Il ne reste plus que les fondations.
Dichter.- Les fondations, l’épaisseur des murs, les proportions, la situation des pièces, la situation de la villa dans le paysage, tout m’intéresse.
Au bord du chantier de fouilles, Mme Dichter, Dichter, Eléonore, entre Eléonore et Dichter, mais un peu en arrière, Ange. Au fond du chantier, Louise, en bottes et en tenue de travail, de la truelle et de la brosse, dégage un squelette.
Eléonore.- Faute de peloter des vivants, elle pelote des morts, au moins eux se laissent faire.
Dichter.- Eléonore, s’il te plaît.
Lélian.- (off) C’est alors que je me suis aperçu qu’Eléonore, dans sa jalousie, voyait juste. Louise, tout en renseignant son père, n’avait d’yeux que pour Ange. Ses yeux baissés ne voyaient que lui. Son silence lui parlait mieux que la parole… … En fin de compte, l’attention que Dichter portait à Eléonore était l’attention portée à une malade : Louise, saine, solide, n’avait pas besoin de lui, mais c’était elle visiblement qu’il préférait.
On voit dans une fleur, un gros bourdon velu se poser.
Lélian.- (off) Eléonore est un gros bourdon velu, qui sans gêne pénètre au cœur de la fleur et se barbouille de pollen,
On voit sur une fleur poser un papillon
tandis que Louise, léger papillon, à peine posé, déjà s’envole.
J’ai trouvé que ça suffisait comme ça. Le bel Ange passait à côté de trop de choses.
2. Le cabinet d’architecture. Ange, son Cours d’Architecture, ouvert à la deuxième page, somnole.
Lélian.- (off) Je n’ai eu aucun effort à faire pour m’imposer.
Ange est violemment secoué, puis se redresse, et sourit, triomphant.
Aucune difficulté de faire de ce mollusque, un vertébré.
Ange-Lélian.- (off) Manhattan, de loin est admirable : ses tours sont des colonnes qui soutiennent le ciel.
On voit Manhatten d’en face, de l’autre rive.
Mais de près,
On voit entre ces géants, Ange-Lélian, comme un nain renverser la tête pour voir le ciel.
il faut se décrocher la tête pour apercevoir un tout petit bout de ciel. En bas de ces sommets, l’homme n’est qu’une fourmi.
Ange-Lélian, d’une démarche autre, un peu plus pesante, frappe à la porte du cabinet de Dichter. Dichter, grommelle : Entrez, le crayon en l’air.
Ange-Lélian.- Monsieur. Pouvez-vous me donner un rendez-vous. J’ai à vous parler.
Dichter.- (pose son crayon et se tourne vers Ange) Quand je travaille, je n’aime pas être travaillé par autre chose.
Ange-Lélian.- (gêné) Je vous prie d’accepter que je quitte votre cabinet.
Dichter.- ( se tournant vers Ange)Qu’est ce qui vous chasse ? Ange-Lélian.- Sauf votre respect, vous, Monsieur. .. ..Vous êtes trop partout l’unique soleil. Votre lumière dévore trop toute lumière. Votre chaleur dévore trop toute chaleur. … … Je veux prendre exemple sur vous. Vous disiez que vous étiez parti de rien. Encore faut-il qu’il y ait rien.
Un silence.
Dichter.- La rivière était souterraine ; la résurgence est inattendue. Je vous mésestimais…(un silence) … En attendant, de quoi vivrez vous ?
Ange-Lélian.- Mon extérieur si vain me servira au moins à quelque chose : à trouver, dans la publicité, un gagne-pain peu prenant.
Dichter.- Me voilà presque envieux, Ange. … …. Vous avez parlé à Eléonore ?
Ange-Lélian.- Je vous parle, maintenant, en tant que stagiaire, je parlerai le moment venu à Eléonore, en tant que mari.
Dichter.-Vous vous décolonisez. Vous accédez à l’indépendance. C’est bien.
Le matin. Pendant qu’Eléonore fait son jogging, Ange fait sa valise. Elle rentre, en s’épongeant, va vers le cabinet de toilette.
Ange-Lélian.- Eléonore, il faut que je te dise
Eléonore a si peu l’habitude de l’écouter, qu’elle entre dans le cabinet de toilette.
Ange-Lélian.- J’ai donné mes huit jours à ton père.
Stupéfaite, Eléonore revient sur ses pas.
Eléonore.- …. ..Tu as donné tes huit jours ? Qu’est ce que ça veut dire ?
Elle revient, voit la valise.
Ange-Lélian.- J’ouvre un cabinet d’architecture.
Elle ricane, tourne de la main à sa tempe.
Eléonore.- Tu pousses ta crise ?
Ange-Lélian.- (s’inclinant, souriant) D’épilepsie.
Un silence.
Eléonore.- Parce que les projecteurs sont braqués sur mon père, tu t’imagines une lumière ? Tu es bien beau, Ange, mais tu es bien nul… … En plus d’être un imbécile, ne fais pas l’intelligent, ton imbécillité ressortira encore plus.
Ange-Lélian se lève, s’approche d’Eléonore, et lui donne une gifle à toute volée. Eléonore, interdite, titubant comme un boxeur sonné, sort du salon.
Dehors, Ange-Lélian se fait déposer par taxi sur le chantier des fouilles de la villa gallo-romaine. D’en haut du chantier, il aperçoit Louise en bas, qui lève la tête, saisie, regarde Ange-Lélian.
Ange-Lélian.- Louise. Vous voulez-vous bien de moi ? (Il fait un pas pour descendre dans le chantier, s’offrant)
Louise.- (joignant les mains, suppliant)S’il vous plaît. Je vous en supplie. Par pitié, Ange, si vous m’aimez, ne m’aimez pas.
Ange-Lélian.- (s’agenouillant) A genoux l’étranger vous supplie. Le miséreux d’amour quête votre aumône.
Louise.- Non, Ange. Je ne penserais plus qu’à vous. Je vous aimerais trop. Ce serait trop dimanche et fête tous les jours. Que valent mes trois sous, pour acheter nos richesses ? Vous êtes un tel trésor que je tremblerais trop qu’on vous vole. S’il vous plaît, ayez compassion. Vous me mettriez trop sens dessus sens dessous. Vous sèmeriez trop la guerre civile en moi. Je ne serais plus apte à rien.
Ange-Lélian pleure.
Louise.- Et comment accepterais-je de vous voler à ma sœur ? Comment accepterais-je d’être votre receleuse ?
Louise s’agenouille et joint les mains. Ange-Lélian tourne le dos, s’en va, les larmes coulant sur ses joues. Louise met ses mains sur son visage et pleure.
Chez lui. Ange-Lélian prend sa valise, sort. En passant, par une porte entrouverte, il voit la famille Dichter en pleurs embrassant une Eléonore sanglotante.
Musée Unterlinden de Colmar. La crucifixion de Grünewald : le Christ en vert, Jean et la Mère du Christ souffrant à gauche, Madeleine pleurant au pied de la croix, Saint Jean-Baptiste à gauche pointant du doigt le Christ.
Ange-Lélian.- (off) Je veux sauver, et je crucifie.
Dans la rue.
Ange-Lélian.- (off, se regardant dans une vitrine)Beauté, c’est perfection, perfection c’est plénitude. (un silence) C’est d’imperfection que naît action, c’est de manque que naît volonté. Si je veux faire quelque chose dans la vie, beauté, il faut hélas que je fasse ton deuil.
Dans les rues CRS, gendarmes barrent les rues adjacentes, libèrent l’avenue, retenant la foule des badauds sur les trottoirs, derrière les barrières.
Ange-Lélian.- (off, soulagé) Ah, du monde.
Ange-Lélian va de jeunes fille en jeunes fille. Celles qui s’offrent, il s’en écarte avec peur.
Ange-Lélian.- (off) Elles n’aspirent qu’à une chose : mettre la main sur vous.
Celles à qui il s’offre se détournent avec pudeur. Désespéré, il va de l’une à l’autre, mais toutes s’écartent de lui..
Ange-Lélian.- (off, désespéré)) Quitterai-je jamais ma prison dorée.
Les têtes se tournent, les pîeds se dressent. D’un hôtel , sort une escorte, et la tête de l’escorte, le Président [Ange-Lélian.- Lui ] qui, se détachant, va vers la foule, entouré d’une ceinture de policiers, serrer des mains.
Ange-Lélian.- (off, riant, allant vers lui) Oui. Lui.
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