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15. Berkman

 

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La prison de Pittsburg. La cellule de Berkman. Bezrkman, assis, est à la dernière page d’un roman, qu’il ferme.

Berkman.- (tendant le livre, pour lui) Merveilleux. Porté par le roman sur le haut de la vague, resté sur la crête de la déferlante, trois heures durant… …Murs, barrières, grilles, fossés, fleuves, mers, j’avais raison de tout ; guet-apens, embûches, pièges, traquenards, embuscades, je déjouais tout ; valeureux ennemis, félonne traîtresse, je triomphais de tout. Rien ne me désarmait, rien de m’abattait. J’avais le dessus de tout et de tous toujours. A moi les honneurs et la gloire… … Fin : en guenille rayée usée et sale, dans une cellule sordide, je me retrouve vaincu par un lit rouillé, une paillasse habitée, un lavabo répugnant, une cuvette immonde… … Lire ? Rêver ? Pour au réveil, tomber du lit, se faire une bosse au front, un bleu à la fesse ? En garçonnets déguisés d’une petite cape, d’un petit chapeau, d’une petite épée, éternellement jouer au mousquetaire ? Lisez, bon peuple, changez vos idées noires, payez-vous des rêves bleus. Buvez cette tisane de confort, elle vous permettra de supporter votre mal. Bénissez votre gouvernement, qui vous paie la culture. Soyez héroïques. Quel est le dernier héroïsme ? Celui de n’être pas héroïque… … Et pourtant, désenchantés lecteurs, si vous raisonniez ? Pourquoi ne sortiriez-vous les héros de leurs livres ? Pourquoi n’écririez-vous pas vos romans vous-mêmes ? Bien sûr, si vous vous voulez historiques, il ne vous faudra pas refuser d’avoir des histoires. Etre mal vus et mal notés, vous ne pourrez pas passer à côté… … Ne sentez-vous pas, comme vous vous mettez à vivre soudain ? (il entend un bruit de pas) L’aumônier. (il se lève, va dans un coin, se met la main sur les yeux)

Passe l’aumônier,qui regarde le courrier qu’il a dans les mains, et passe.

Berkman.- Parions qu’il n’y a pas de lettre d’elle. (Il découvre ses yeux, regarde sur le lit) Gagné, dit-il d’un sourire pincé… .. Pourquoi m’écrirait-elle ? Suis-je une chose positive, qu’on peut griffer, pincer, caresser ? Quelque chose qu’on peut asseoir à la cuisine, coucher dans un lit, promener le dimanche ? Que l’on peut séduire, que l’on peut énerver ? Suis-je un outil, qu’on peut prendre dans la boîte au besoin, pour servir à quoi de droit ? Rien de tout ça : juste un bobard, un ragot, un racontar, qu’on se raconte entre deux portes pour tuer le temps.

Un silence.

Passent La Trinité, menottes aux mains, fers aux pîeds, encadré de deux gardiens, Sergent Angus. Bruits de serrure.

La voix de la Trinité.- Sur 10 prévenus, pourquoi faut-il que ce soit le Noir qui soit soupçonné ? .. .. Messieurs les gardiens, pourquoi faites-vous les sourds, quand un Noir vous parle ? .. .. Pourquoi, Monsieur le Sergent, tournez-vous la tête, quand je parle, et faites-vous semblant de ne pas m’entendre ?.. .. N’utilisons-nous pas le même système d’expression que vous, qu’on appelle langue ? N’utilisons-nous pas vous et moi les mêmes assemblages linguistiques qui font sens ?

La voix de Sergent Angus.- Cesse de pisser contre le vent, Angus, tu salis ton pantalon.

Berkman.-… Monsieur La Trinité… … Savez-vous pourquoi la peau des Blancs est blanche ? Parce qu’elles pâlissent d’envie de votre peau noire. Ne vous rappelez-vous pas avoir vu les Blancs sur les plages rôtir longuement leurs côtelettes, filets, faux-filets, gigots, des deux côtés alternativement, à feu vif ? Leur viande passer tout le spectre des rouges, du rouge écrevisse, au rouge pain brûlé ? Et tout cela au prix d’enflures, de cloques, de brûlures, d’oedèmes, de fièvre, de nausée, de maux de tête ? Quand vous, vous avez cette splendide couleur bronzée de naissance ?

Silence.

Sergent Angus.- (paraissant, et donnant du plat de la main sur la grille de Berkman) Attends que je te bleuisse et jaunisse la tienne. A la première occasion, je te la colore, je le jure sur ta tête d’oeuf. Il sort.

Un silence.

Berkman.- (se coinçant dans un coin) .. .. (montrant le mur, pour lui) Un melon mûr, lourd, plein de jus sucré, à la peau craquelée, si à pleine main on le jette avec force contre le mur, il vole en éclats, il éclabousse le mur, le jus orange ruisselle, la cordée de pépins, par grappes, descend en rappel. Il faut que ou cette prison de chair, ou cette prison de pierre se brise… (Il cogne sa tête des deux côtés contre les murs, puis se coince à nouveau, et mettant ses mains sur la figure, il pleure ; se reprenant) Tu te plains de la prison ? Dans le cabinet noir. Dans la cage. Au placard. Je vais te donner vrai sujet de te plaindre. Tu as le plein usage de tes bras et de tes jambes, je vais te faire devenir invalide. (il s’enferme imaginairement dans une cage, s’accroupit) Un canard, les pieds au dehors, à se dandiner. Un crapaud assis sur son derrière, les genoux en l’air, à coasser lamentablement… Tu vois ce que t’ont rapporté tes plaintes ? De quoi te plaindre cent fois plus… …(Il gémit, se dandine) Tu as contrition parfaite ? Tu as ferme intention de ne plus retomber dans ta faute ? Tu en fais promesse solennelle ? .. Je te libère, sois relâché. … … (Il sort de sa cage imaginaire, se redresse dans sa cellule, déplie ses membres, s’agenouille devant lui-même) Grâces vous soient rendues pour votre grâce, Monsieur le Président.

Arrive par le couloir à la grille, Jérémy, sergent Lilian.

Jérémy.- Berkman, je viens te dire au revoir.

Berkman.- (se levant vivement allant à lui) J’ai appris que tu étais libéré. Heureux pour toi, Jérémy. (Sergent Lilian s’écarte)

Jérémy.- Camarade, en imitation de ce que tu fais pour tous, j’aimerais faire quelque chose d’utile pour tous. Je sors contre la prison la haine affamée, la gueule grande ouverte. Donne-lui quelque chose à se mettre sous la dent.

Berkman.- Est-ce que tu accepterais de porter témoignage aux journaux ?

Jérémy.- Porter témoignage ?

Berkman.- Des anneaux scellés dans le mur, des pitons pour suspendre par les menottes, des matraquages, de la nourriture, des privations de nourriture, du cachot sans chauffage sans air sans lumière, des fous sous camisole de force, des morts suspectes, des suicides.

Jérémy.- (montrant ses poignets) Je porte les preuves sur moi, que personne ne risque de détruire, sauf à me détruire… .. (serrant les mains de Berkman) Tu me donnes l’exacte nourriture qui rassasiera ma faim. Tu entendras bientôt parler de moi.

Sort Jérémy.

Au bout d’un moment, repasse l’aumônier.

L’aumônier.- J’oubliais. Vous avez une lettre de votre soeur, Berkman. (Il jette la lettre sur le lit, sort l’aumônier)

Berkman.- (regardant la lettre de loin) Enseveli sous les cadavres, un de mes bras remue ? On me déterre d’entre les morts, bien que je sente déjà ?.. .. (s’agenouillant de loin devant la lettre, à la lettre) Trop de chair repue ? L’esprit a faim ? La jolie débauche laisse insatisfait ? On est défrisé, la vie ne tombe plus en jolies bouclettes ? (Il saisit la lettre) Que m’écris-tu d’incongru la saugrenue ? (Il ouvre la lettre, sort deux lettres, lit comme s’il traduisait) « Cher Sacha, Déchirure dans ta sombre couverture de nuages noirs, par une écharpe bleue, passe un gai rayon de soleil : la ligue ouvrière unie de Pennsylvanie a voté une motion pour demander ta libération. Les avocats ont été consultés : la multiplication des chefs d’accusation était illégale, la peine maximale n’aurait pas dû excéder 7 ans. Ils ont déposé en ton nom un recours devant le conseil des grâces sur la base d’une condamnation excessive. .. .. Ci-joint la lettre d’une admiratrice, qui te fera chaud au cœur. A toi, Emma. » (dépliant et lisant la deuxième lettre) «  Cher anarchiste, Derrière les murs de pierre d’une sombre prison religieuse, où j’ai été enfermée par mes parents, gardée et surveillée par des chères sœurs à l’âme de fer et des chères mères au cœur de pierre, j’ai appris votre acte de pure charité. Vous ne récitez pas, pour le pauvre peuple, dans la belle chapelle d’un couvent fortifié, des belles prières, ni ne chantez de beaux psaumes, accompagné de l’orgue : pour lui, vous agissez, dans la rue, d’un acte muet. Pour lui, nouveau martyr, dans l’arène vous confessez votre foi anarchiste, pour lui, vous sacrifiez votre vie. Il y a plus chrétien que chrétien : c’est anarchiste. Votre amour sans bornes pour le peuple, me fait vous aimer sans limites. Votre Becky. » (pour lui) Peut-être est-on fou quand on est seul croyant, mais est-on fou, quand on est deux ? Un ne fait qu’un, mais deux ne font-ils pas une foule ?

Il entend des pas, cache la lettre. Passe sergent Lilian, qui sort de dessous sa vareuse des journaux, qu’il jette sur le lit de Berkman. Berkman les prend, et s’adossant au mur qui prolonge la grille pour ne pas être vu, saisit le 1° journal.

Berkman.- (lisant) « Un prisonnier libéré exhibe les sales dessous que cacherait notre prison municipale : il parle d’anneaux de fer scellés dans les murs où sont enchaînés les prisonniers, de pitons où les prisonniers sont pendus par les chaînes de leurs menottes, de passages à tabac, de camisoles de force pour les fous, de morts suspectes, de suicides camouflés, de cachots sans chauffage sans air sans lumière, de soupes faites de viandes avariées et de légumes pourris, de cafés faits avec des épluchures de pommes de terre, de pain fait de châtaignes et d’épluchures de châtaignes… » …(saisissant le 2° journal, lisant) « Que des hors-la-loi en appellent à la loi contre les représentants de la loi, tels sont les excès des démocraties. Et moi je dirais que si des délinquants osent prendre la liberté de se plaindre, c’est qu’on est trop bon avec eux. »  (saisissant le 3° journal, le lisant)    « Quand nos mères et nos femmes, en silence, sans une plainte ni un reproche, prennent à pleines mains le linge que honteusement nous, hommes, avons sali, qu’elles le mettent à tremper et à bouillir, qu’elles le lavent, le frottent, le rincent, est-ce que nous ne nous reconnaissons pas une dette envers elle ? Directeur, gardiens et surveillants de prison exercent une profession ingrate, ne soyons pas ingrats à leur égard. Si la prison ne plaît pas aux prisonniers, c’est qu’elle remplit son office. Elle est faite pour leur déplaire : donnons un satisfecit au directeur. » (saisissant un 4° journal, lisant) «  D’après la loi, la privation de la liberté est le châtiment entier. Par la privation de la liberté, les délinquants expient totalement leurs méfaits. Nul n’a le droit d’ajouter au châtiment prévu par la loi, un châtiment de son propre chef. A l’inhumanité incivique rachetée, nous devons opposer l’humanité du citoyen : c’est la seule façon d’instruire et d’éduquer les délinquants. Qu’il soit donné ordre au Conseil des Oeuvres de Bienfaisance de procéder à une enquête. » (saisissant le dernier journal, le lisant) « Le Président du Conseil des Œuvres de Bienfaisance a décidé de constituer une commission et d’ouvrir une enquête. »

On entend des bruits de brosses qui nettoient à grand eau le sol. Passe un détenu avec un seau d’eau de chaux et un large pinceau.

Le détenu.- (à Berkman) On nettoie les sols à grande eau, on blanchit les murs à la chaux : la Commission a annoncé sa visite.

Berkman.- (sortant de dessous son matelas une feuille, qu’il cache sous sa blouse, mettant ses mains aux barreaux de la grille, appelant) Sergent. Sergent.

Paraît le Sergent Angus.

Berkman.- La Commission va interroger les prisonniers. Je demande à Monsieur le Directeur de m’inscrire en premier sur la liste.

Sergent Angus disparaît, au bout d’un moment revient, ouvre la porte de la cellule, met les menottes à Berkman. Berkman et Sergent Angus sortent.

 

 

 

Le bureau du directeur. Le directeur à son bureau. Entrent Sergent Angus Berkman, deux gardes armés d’une matraque.

Berkman.- Je viens vous signifier mon intention de témoigner devant la Commission. Je demande à être le premier à être entendu. (il sort de dessous sa blouse la feuille) Ci-joint la liste des 17 prisonniers, qui veulent témoigner. J’ai le double des témoignages.

Le directeur.- Si vous me permettez, Mr Berkman, je vous conseille un peu de pudeur. Remontant des conséquences, la prison, à la cause, le crime, je vous rappelle que, commettant un attentat contre un haut personnage de la société civile, vous avez porté atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. Je vous déconseille une telle débauche. (Il regarde les deux gardes, qui s’approchent de Berkman, matraque à la main)

Berkman,.- Ils sont l’outil, vous la main. Un seul coup de l’outil, je tiendrai la main pour responsable.

Le directeur.- Les menaces contre une personne investie de fonctions par les autorités constituent un acte de violence sanctionnée par la loi.

Berkman.- Dehors, il n’y a pas seulement vos amis, il y a aussi les miens et mes amis sont plus mes amis que les vôtres sont les vôtres. Une violence injuste ne restera pas impunie.

Le directeur regarde les deux gardes, qui reculent jusqu’à la porte.

Le directeur.- On avait retourné tout le jardin, on croyait avoir éradiqué toutes les mauvaises herbes, et on s’aperçoit que, dans la plate-bande nette et bien ratissée, perce la liane délicate du liseron redoutable. Apparemment votre peine de prison, au lieu de vous débiliter, vous ragaillardit. … … Je sais comment vous vous conduisez. Vous ne cessez de braver les interdits, vous ne cessez de parler aux détenus.

Berkman.- Si parler est un délit, je ne suis pas seul à le commettre.

Le directeur.- Aux détenus ordinaires, la parole sert pour leur petit commerce de détail, vous, vous l’employez pour votre marché de gros. Eux, ne sont dangereux que pour eux, vous, vous êtes dangereux pour tous. De votre cellule de l’Aile Nord, je sais comme vous tissez votre toile, à laquelle vous vous êtes relié par un fil avertisseur. Rien ne se passe dans la prison, et dehors, que vous n’en soyez averti. J’en tire les conséquences : je vous ôte de l’Aile Nord et vous mets dans l’Aile Sud.

Berkman.- Je veux rester dans l’Aile Nord.

Le directeur.- Voilà bien pourquoi vous n’y resterez pas.

Berkman.- Je resterai où je suis.

Le directeur.- Vous irez où je veux. Sergent, exécutez mes ordres.

Sortent Berkman, les deux gardes, Sergent Angus.

 

 

 

Le sous-sol. Le panier. Le bruit des pas s’approche, la porte est ouverte, Berkman est poussé dedans, la porte est refermée, le bruit des pas s’éloigne.

Berkman.- (se frappant les côtes de ses bras, piétinant) Double hiver : hiver et pas de chauffage. Non seulement prisonnier, mais prisonnier en plus du froid. Double prison : prison, et prison dans la prison : le froid. Dieu, qu’il fait froid. (Il va et vient) Je suis enveloppé d’un drap de froid. J’ai la blouse, le pantalon plaqués de froid. Je me suspendrais à une corde à linge pour m’égoutter, si le froid pouvait s’égoutter. (Il s’assied dans un coin, plie ses genoux contre lui, embrasse ses jambes de ses bras qu’il serre, coince son visage entre ses genoux) .. Il n’y a pas un pouce de chair, qui n’ait froid. Le froid saisit jusqu’à mon esprit, le froid ne me fait plus penser qu’à lui. Envahi dans mes moindres recoins par le froid, je n’ai plus de place pour autre chose. Je ne suis plus moi, je suis froid ; je n’ai plus de nom, mon nom est : froid… On ne peut former qu’un voeu, : avoir un petit peu moins froid. On ne peut former qu’une prière : que le froid, s’il lui plaît, veuille relâcher son étreinte. Je dois être bleu, vert, blanc, gris, violet. .. .. S’il vous plaît, Dieu, Diable, qui que vous soyez, qui avez un peu de pouvoir sur le froid, s’il vous plaît, qu’il fasse un tout petit peu moins froid. (Il pose sa main sur ses genoux) Je pose ma main sur mon genou, ma main ne sent pas mon genou : ma main est une cuiller en bois, que je pousse au hasard. (Il essaie de se mettre debout et de marcher, se tient au mur pour ne pas tomber) Je ne sens plus mes jambes sont de bois, ce sont des échasses. (Il s’accroupit) Je suis nu sur un boulevard nu, où souffle une bise glaciale. Un squelette d’arbre en plein hiver, moitié vivant, moitié mort, qui attend un printemps qui ne vient pas, voilà ce que je suis. …. Bakounine, va te faire voir par les Grecs. Anarchie, va voir ailleurs si je s’y suis. …… Je m’assoupis, je me réveille sans savoir combien de temps je me suis assoupi, si c’est dix minutes ou dix heures. On m’apporte une boule de pain, que je dévore, une assiette de soupe, que je lappe à même la gamelle et qui me coule à moitié hors de la bouche : de somnolence en pain et soupe, de pain et soupe en somnolence, de somnolence à trembler et grelotter, je ne sais pas combien de temps il s’est passé… Dieu que j’ai froid.

Bruit de pas. La porte s’ouvre. Paraît Sergent Angus, sarcastique.

Sergent Angus.- Ton temps est fait.

Berkman.- (off, se levant difficilement, marchant comme sur des échasses, se tenant aux murs) Ce ne peut être déjà : il ricane. Ce n’est qu’une farce qu’il te joue. Ne croyons que ce que nous voyons.

Ils sortent, Sergent Angus, riant, ferme la porte. Le bruit de leurs pas s’éloigne lentement.

 

 

 

L’ancienne cellule de Berkman. Paraissent Sergent Angus, Berkman, marchant avec autant de peine. Sergent Angus ouvre la porte, Berkman entre, Sergent Angus ferme la porte, et s’en va en éclatant de rire.

Berkman.- (se massant doucement, pour lui) Douce chaleur, dégèle-moi doucement. Dégourdis lentement mains et pieds, qu’ils puissent de nouveau sentir. Dégèle mon esprit, qu’il puisse à nouveau penser.

Paraît Bill, avec balayette, balai, pelle.

Bill.- Berk.

Berkman.- (l’arrêtant de la main) S’il te plaît, un moment. … … Voilà, je suis à toi… … De quoi s’agit-il ? Rappelle-moi.

Bill.- La campagne de presse.. La commission d’enquête sur la prison.

Berkman.- J’y suis.

Bill.- Tu ne vas pas en croire tes oreilles. La pièce qui s’est jouée a été une machinerie parfaite.

Berkman.- J’écoute.

Bill.- Lever de rideau. Acte I. Pour le jour de la visite de la Commission, le directeur cache dans un cachot le causeur de la cause, le pousseur de témoins : Berkman. Dénouement de l’Acte : Berkman passe à la trappe. Acte II. Le secrétaire de la Commission du Conseil des Œuvres de Bienfaisance, un nommé Torrance, ami intime du directeur, offre aux membres de la Commission de les représenter et d’inspecter la prison pour eux, ce que tous acceptent avec soulagement. Dénouement de l’Acte : la Commission n’est plus qu’un : Torrance. Acte III. Torrance arrive à la prison, convoque un par un les prisonniers qui se sont portés témoins et procède à leur interrogatoire, c’est à dire que leur refusant la parole, il leur pose à chacun la même unique question : quel est, parmi les prisonniers, l’incitateur de la campagne de presse. Trois des témoins craquent et dénoncent l’incitateur, Berkman. De ces trois seuls, le témoignage est retenu, le témoignage des autres est jugé peu crédible. A la suite de quoi, le directeur invite Le dit Torrance à déjeuner. Dénouement de l’acte : les basses accusations contre le directeur ne sont que l’aboutissement des manœuvres souterraines de l’anarchiste Berkman. Dénouement de la pièce : le directeur coupable est déclaré innocent, et l’anarchiste innocent est déclaré coupable. Est-ce que ce n’est pas beau comme tout ? N’y a-t-il pas là de quoi nourrir un atroce scepticisme?.. … Tu ne dis rien ?

Berkman.- Que peut dire celui qui ne peut rien ?

Bill.- La vérité m’oblige à dire que ça n’a pas été un coup pour rien. Le directeur a entendu siffler les balles à ses oreilles. Les gardiens nous tombent moins dessus. Ton action n’a pas été inutile.

Berkman.- Merci, Bill.

Bill sort.

Berkman.- (pour lui) Penser, agir, quand ni la pensée, ni l’action n’ont d’objet? L’être qui ne pense, ni n’agit est-il encore un être ? Il n’est plus qu’une chose. (se regardant) Soit donc une chose, (se tapant du plat de la main, de tous côtés) limitée par une surface fermée, (se jetant contre le mur) qui oppose de la résistance, soumis aux lois de la pesanteur (il se jette par terre, puis allant dans un coin, s’y coince, face au mur, et met ses mains sur le visage)

Paraît Sergent Lilian.

Sergent Lilian.- Berkman, convoqué par Mr le Directeur.

Sergent Lilian ouvre la porte, Berkman et Sergent Lilian sortent.

 

 

 

Le bureau du directeur. Le directeur à son bureau. Entrent Berkman et Sergent Lilian.

Le directeur.- Asseyez-vous. (à Berkman, méfiant) Ce n’est pas un piège , c’est une chaise cannée en bois, solide : je dois savoir avec vous une conversation administrative…(Berkman s’assied) …Mr. Berkman, l’auxiliaire de justice qui fait profession de défendre devant les juridictions vos intérêts, c’est à dire votre avocat, me prie de vous informer que le Conseil des Grâces examine aujourd’hui votre demande de grâce. ..(changeant de ton) … A propos, si la grâce vous était accordée, Mr Berkman, à quoi dépenseriez-vous cette liberté soudainement gagnée ? Quels seraient vos projets ?

Berkman.- Vous me prenez de court. Un prisonnier n’a de projets que de prison.

Le directeur.- Retourneriez-vous à New-York, parmi vos amis anarchistes ?

Berkman.- (off) Parole et pensée vont de pair. Celui qui, par peur ou calcul, se trahit en paroles, se trahit bientôt en pensée. Tu veux me tester, c’est moi qui vais te tester. (haut) Voyez-vous aux Etats-Unis un seul citoyen accueillir chez lui un anarchiste ?

Le directeur.- Brûlez-vous toujours de la même ardente foi anarchiste, ou la prison l’a-t-elle tempérée ?

Berkman.- La justice américaine a évalué mon attentat manqué à un tel haut prix de prison, que je serais ingrat de ne pas l’évaluer autant. Ce que vous payez cher, vous est d’autant plus précieux.

Le directeur.- Tout de même, vous avez manqué votre attentat avec beaucoup de maladresse. Vous ne pouvez guère vous en faire gloire.

Berkman.- Je l’ai manqué, mais l’avoir manqué m’a réussi. Grâce à ce manque, j’ai eu l’occasion de combler une grave lacune dans mon savoir, et de connaître la prison.

Le directeur.- Connaître la prison, vous appelez ça combler une lacune ?

Berkman.- Pour un homme, qui professe ce que je professe, il entre dans son apprentissage de faire un stage en prison, non en tant que délinquant correctionnel, auquel cas son instruction manquerait d’objectivité son propre cas lui troublant la vue, mais en tant que prisonnier politique.

Le directeur.- 22 ans, c’est long pour un stage.

Berkman.- Etre emprisonné pour un temps court, est-ce que cela fait connaître la prison ? C’est faire comme un ministre qui entre et qui sort : c’est ne se donner de la prison qu’une idée superficielle.

Le directeur.- Le savoir de la prison est un savoir que je connais mieux que vous : je n’y vois que du négatif. La prison n’est qu’un lieu d’expiation.

Berkman.- Pardon, vous, vous tenez en deçà de la frontière. De l’étranger, qui est de l’autre côté, vous ignorez totalement la langue, les mœurs, les coutumes. Les touristes, qui abordent la forêt vierge, Lorsqu’ils entendent des bruits étranges inquiétants, des cris d’oiseaux, des appels d’animaux inconnus, des froissements de feuillage, saisis de frayeur, prennent le fusil en main, mettent le doigt sur la détente. Pour vous, qui êtes dehors, les détenus sont définis par le délit ou le crime pour lequel ils sont détenus, pour moi, qui suis dedans, je les considère comme des gens comme vous et comme moi. .. .. Combien parmi eux, croyez-vous, méritent vraiment de souffrir un supplice si affreux que d’être emprisonnés dans une prison aussi infâme ? Combien sont plus ou moins coupables, ou innocents, ou malades, ou fous, ou indociles, ou malchanceux, ou mal-nés : et à leur souffrance naturelle d’état, de condition, de naissance, l’Etat ajoute celle d’être emprisonné ? Est-ce que tout cela ne fait pas une classe en soi, qui mérite qu’on la connaisse ?

Le directeur.- Si je comprends, lorsque vous serez en liberté, vous continuerez donc à inciter le peuple à se soulever contre les autorités ?

Berkman.- Que sont les autorités ? Des représentants du peuple, élus pour 4 ans. Qui élit les représentants du peuple ? Le peuple. Peut-on inciter le peuple à se soulever contre lui-même ?

Le directeur.- (se levant) Excusez-moi. A cette heure, le sort doit en être jeté. Le Conseil des Grâces a dû statuer sur votre sort.

Il sort.

Berkman.- (pour lui) « Mr Hopkins ? Vous avez ausculté votre patient ? Il est guéri ? On peut le laisser sortir sans danger ? – Je regrette, Monsieur le Conseiller. Le malade présente toujours les mêmes symptômes : périodes d’excitation alternant avec des périodes de calme, crises avec contractures et spasmes, salive mousseuse à la commissure des lèvres, il se roule par terre, il veut mordre tout le monde. Dans la rue, ce serait le même danger public.-L’affaire est dans le sac, Mr Hopkins. Gardez-le… … Merci, Mr Hopkins. »

Entre le Directeur.

Le directeur.- Je regrette, Mr Berkman. le Comité ne vous accorde pas sa grâce. Vous devrez faire votre temps.

Berkman.- (se levant, off) Malheur. Je n’ai plus qu’à me laisser glisser, couler, sombrer, envoyer par le fond.

Le directeur.- Mr Berkman. (Berkman se tourne) Combien de temps vous reste-t-il à faire ?

Berkman.- 11 ans.

Le directeur.- L’emploi d’aide-garçon de salle va vaquer dans votre section. Il vous est offert, si vous le voulez.

Berkman.- Je ne veux bénéficier d’aucune faveur.

Le directeur.- Ce n’est pas une faveur, c’est votre tour.(à Sergent Lilian) Mr Berkman occupera le poste d’assistant de l’homme de section. Demandez pour lui un balai au magasin.

Berkman.- (pour lui) Lampions et feu d’artifice. Défilé militaire et bal public. J’ai gagné le bâton de maréchal du prisonnier : le balai merdeux à nettoyer les chiottes.

Sortent Berkman et Sergent Lilian.

 

 

 

Dans la cour. Berkman, face au mur, parle au mur.Le détenu Tony, de loin, l’observe.

Berkman.- (pour lui) Berkman, n’est-il pas temps d’arrêter les frais. Pourquoi ramer en vain contre le courant ? Quelle est cette manie de traîner toujours ton escabeau avec toi, d’y grimper à tout propos, et prêcher dans le vide ? Tu te veux peuple ? Sois peuple. Le peuple passe inaperçu ? Passe inaperçu. Pour le peuple, quel est le seul espace ? Entre peau et peau. Entre peau et peau, voilà ton seul champ. Ne dépasse plus, à l’avenir, je te prie, les limites de ta propriété. Si tu as des incontinences d’énergie, fais comme le peuple, mets une bavette pour le haut, des couches pour le bas. Satisfais tes besoins en interne : c’est ceci, être démocratique.

Tony s’approche de Berkman.

Tony.- Mr Berkman, l’occasion s’offrant, prenant mon courage à deux mains, j’ose aller dans les coulisses et toquer à la porte de votre loge.

Berkman.- De ma loge ?

Tony.- Chaque homme a le culte de son grand homme. Chaque fidèle a la rage de son demi-dieu. Partant sans cesse à la cueillette, il glane tout ce qui le touche. J’ai appris le rejet de votre grâce. Ne cessant de vous observer, j’ai vu sur vous le contrecoup de ce coup-là.

Berkman.- Ton demi-dieu est un faux demi-dieu : le seul vrai dieu pour chacun, c’est lui. Ouvre les yeux sur toi, ôte la taie de tes yeux : c’est en toi seul que tu dois avoir foi.

Tony.- Epuisé, le chef, sac au dos, s’affale contre un arbre, étend ses jambes et refuse de continuer. Si l’équipier lui tend la main, que fera le chef ? Il se laissera tirer. A peine sera-t-il debout, que lui renaîtra le désir de la route. Qu’est-ce que c’est découragement ? C’est désir d’une pause nécessaire.

Berkman.- Guide-toi toi-même, tu te guideras mieux. Il te suffit d’essayer : avance une jambe, tu verras, automatiquement, l’autre suivra.

Tony.- Perdu, je ne sais où me diriger : j’ai besoin de votre sûre silhouette devant moi… .. … … Mr Berkman, contre votre gré vous êtes détenu : comme un prisonnier obéissant, vous vous laissez sagement détenir ? Ils vous emmurent contre votre volonté, comme un prisonnier servile, vous les laissez vous emmurer sans vous opposer ? .. .. Le temps passé en prison contre son gré, à quoi l’honneur commande-t-il de le passer ?

Berkman.-(réfléchissant, observant Tony) A s’évader. (souriant, lui tendant la main) Berkman…

Tony.- (lui serrant la main) Tony l’Alsacien. Je travaille aux cuisines.

Berkman.- .. Tu travailles aux cuisines, bien : le mur d’enceinte de la prison est en face des cuisines, vois s’il n’y a pas une voie……Quand les détenus à la chapelle, élèveront leurs cœurs vers les cieux, moi j’élèverai ma viande jusqu’à la trappe du toit, pour voir si les cieux ne sont pas aussi une voie pour nous… .. A chaque pas que nous faisons, il faut que nous sondions les défauts de la cuirasse les portes, les fenêtres, les trappes, les fosses, les puits, les trous, examiner particulièrement les bâtiments qui font solution de continuité avec la prison : les cuisines, les douches, l’infirmerie. Que les oreilles glanent au passage, dans toutes les conversations, tous les bribes dont nous pourrions tirer parti.

Tony.- (lui serrant la main de ses deux mains) Je vous retrouve.

Ils se quittent.

 

 

Balai en main, ils se rencontrent dans un couloir, mais ne se regardent pas.

Tony.- De la cuisine, si on était un écureuil avec une queue portante, on pourrait sauter sur le mur d’enceinte, mais j’ai peur que nous n’ayons pas la queue assez touffue.

Berkman.- La trappe du toit est blindée. La fenêtre des douches donne dans le vide. L’infirmerie est gardée jour et nuit.

Tony.- La demoiselle, apparemment, est chaste. Elle n’ouvre pas les jambes d’elle-même.

Berkman.- Est chaste, la demoiselle qui n’est pas sollicitée. Je me fais fort de soudoyer à l’extérieur une équipe de suborneurs. Ils loueraient une maison de l’autre côté du mur et lanceraient leur entreprise de séduction sous les jupes de la rue. Notre tâche est de chercher de la dite demoiselle le bon orifice, pour pouvoir guider leurs engins… ..Certains détenus sont employés à des travaux de maçonnerie et de plomberie. Il faut les interroger sur les conduites d’alimentation en eau, en gaz, les collecteurs d’eaux usées, les caves, les souterrains.

Tony.- Je sais que le vieux Mac a travaillé autrefois dans les sous-sols.

Berkman.- Je l’interroge.

Tony.- Prends garde, c’est un mouton du directeur.

Ils se quittent.

 

 

Dans le couloir, Berkman, avec son chariot, est devant la cellule de Mac. Il lui tend une boule de pain, puis une deuxième.

Mac.- Berk, pourquoi ?

Berkman.- Un mouton t’a dénoncé, Mac. Il paraît que tu es l’ancien de la section. Honneur à l’aîné.

Mac.- C’est vrai. Je suis l’ancien des anciens. Je suis des fondations de la prison, autant que des fondations sont de moi.

Berkman.-(regardant ailleurs, comme la conversation de l’intéressait pas) Allons donc. Ne me conte pas des contes, Mac.

Mac.- C’est la vérité vraie. J’ai travaillé aux égouts plus d’un mois à l’époque. Je suis maçon.

Berkman.- Ils t’avaient payé, j’espère.

Mac.- En monnaie de singe, oui.

Berkman.- Tu sais qu’ils n’ont pas le droit d’employer des condamnés comme ouvriers ? Tu aurais pu déposer plainte.

Mac.- Je dois être juste. Ils m’ont payé en nature, et ils ont fait bonne mesure. J’ai mené dans le sous-sol une vie de prince : j’avais droit au repas des surveillants, aux journaux, aux cigarettes, au vin. Je vivais une vie de nabab. J’aurais pu m’évader, si j’avais voulu.

Berkman.- Allons donc. Contente-toi de tisser la vérité, Mac, ne brode pas.

Mac.- Je dis la vérité. Tiens. (il prend la fiche de la bibliothèque, qu’il a sur lui, et un tout petit bout de crayon, dessine et indique tout en dessinant) Les égouts des hommes, les égouts des fermes, le collecteur, je serais passé par là.

Berkman.- Ce pointillé, c’est de l’inventé, oui.

Mac.- Pas du tout. C’est une vraie galerie, qui passe sous la cour, et qui joint le sous-sol des hommes, le collecteur et le sous-sol des femmes. Je l’ai découverte pendant mes travaux. Ils ne sont pas 5 dans la prison à la connaître.

Berkman.- Oui, mais, voilà, tu ne t’es pas évadé.

Mac.- Ma femme avait disparu dans la nature, mes fils s’étaient envolés, où je serais allé ?

Berkman,.- Oui. Et tu ne t’évades pas non plus aujourd’hui.

Mac.- Je ne le pourrais plus. Quand j’ai eu fini, ils ont blindé les portes du sous-sol. Je crois que tu ne me crois pas.

Berkman.-Si, si. (prenant le dessin) Si tu ne veux pas qu’il t’en cuise, ne dis à quiconque ni ce que tu m’as dit, ni que tu me l’a dit. Il ne manque pas de moutons, qui s’empresseraient de tout raconter au directeur.

Mac.- Je connais ma prison, qu’est-ce que tu crois ?

Berkman.- Là n’était pas la question. Honneur et respect à l’ancien, Mac.

Mac.- (serrant le poignet de Berkman) Merci, Berk, d’avoir pensé à moi. Crois-moi, je t’ai dit la vérité.

Poussant son chariot, sort Berkman.

 

 

Dans la cour, adossés à un mur, l’un non loin de l’autre.

Tony.- Mon père, je vous prie de m’écouter en confession. Si ne pas dire la vérité, c’est pécher, j’ai péché. J’ai omis de vous dire que je vais être libéré vendredi.

Berkman.- Tu vas être libéré ? Tu es fou ? La liberté vient à toi d’elle-même, et tu veux lui brûler la politesse ? Tu veux qu’ils prolongent ta peine de 7 ans ?

Tony.- Si je ne vous avais pas proposé de faire équipe, est-ce que vous auriez projeté de t’évader ?

Berkman.- Certainement pas.

Tony.- Si je vous l’ai tu, c’est parce que plus s’approchait ma libération, plus me pressait mon remords.

Berkman.- Qu’est ce que tu me chantes ? Le jour où tu as tout expié, c’est alors que tu te sens le plus coupable ?

Tony.- J’ai commis des choses pas possibles, et j’allais être libéré, et vous, qui avez manqué un attentat, vous seriez resté en prison 10 ans encore ? Je ne supportais pas l’idée… … Qu’est-ce que je risque ? Nous n’en sommes qu’au plan de bataille. Libre, je serai votre esprit dehors, qui préparera l’évasion du reste resté dedans.

Berkman.- Promets-moi d’être prudent et de ne pas commettre pas d’impair… …(Tony tend la main pour le jurer) Tiens parole… … Ce Mac m’a appris qu’il existe, à la hauteur des égouts, une galerie, qui passe sous la cour, et qui est bouchée aux extrémités. Ils ne sont que 4 ou 5 à la connaître dans la prison. Mais ce qu’aucun d’eux ne sait, c’est qu’on peut accéder à cette galerie, de la cour, par un puits vertical. J’ai repéré, pendant la promenade, une plaque en fonte couverte de terre, qui bouge sous les pieds, et qui est d’après mes mesures, à la verticale au-dessus de la galerie… … Le plan d’évasion est le suivant : mes camarades creuseront, à la hauteur des égouts, un tunnel jusqu’à la galerie ; nous nous évaderons par le puits vertical. …(le rappelant) Soyons envers les gardiens ronchons comme d’habitude : une bonne humeur les alarmerait.

Ils se quittent.

 

 

Dans la cour. Berkman. Va vers Berkman, Tony d’abord, Jim restant plus loin.

Berkman.- (à Tony) La maison est louée, ils ont attaqué le tunnel.

Tony.- Parfait. (faisant signe à Jim d’avancer) Comme le titulaire est muté tout à l’heure, il présente son remplaçant : Jim, plombier en prison, dehors honnête malfaiteur.

Jim.- Honnête, honnête, pas toujours malhonnête. (à Berkman, le pointant) J’ai parfois un accès de faiblesse pour des innocents de village.

Berkman.- (riant) Je suis un innocent de village ?

Jim.- .. .. L’innocent par mi les innocents. Tu commets un attentat contre un capitaliste, parce qu’il est cause de mort d’ouvriers, tu le manques, c’est un attentat terroriste, tu en prends pour 20 ans. Tu aurais commis ce même attentat contre ce même capitaliste, parce qu’il a baisé ta femme, tu ne l’aurais manqué, ç’aurait été un crime passionnel, tu aurais été acquitté. Les juges sont partie prenante de cul, non d’idéal. Soyez idéaliste dans une telle société.

Berkman.- Raison de plus pour l’être.

Jim.- Les utopistes comme toi me liquéfient.

Berkman.- Reprends ta forme solide, s’il te plaît. (à Tony) Pense à jeter deux revolvers par le soupirail dès le jour de ta sortie. Tu pars, je ne te revois plus.

Tony.- A la liberté.

Berkman.- A la liberté.

Ils se quittent.

 

 

Quelque part, dans un couloir, Berkman, Jim, se croisant.

Jim.- Un jour est passé, je n’ai trouvé aucun revolver sous aucun soupirail. Pour moi, ils les ont découverts.

Berkman.- Ce serait le diable au couvent, leurs cornettes voleraient de tous côtés. Tony a peut-être pris du retard. J’ai un expédient, pour qu’ils t’y renvoient.

On voit Berkman avec un seau, ramassant dans les couloirs tout ce qu’il trouve.

Berkman.- (ramassant) Vieux papiers, sciures, morceaux de bois, balayures, chiffons.

Il sort. On entend une chasse d’eau de WC fonctionner assez longuement.

 

Paraît dans le couloir un garde, qui fait le couloir en humant, Sergent Lilian.

Le garde.- Vous sentez ce que je sens, sergent ?

Le directeur.- (paraissant aussi, et humant, au Sergent Lilian) Nous savons que nous sommes peu de chose, mais est-ce la peine d’insister si lourdement ?.. .. (agacé) Eh bien. Je croyais qu’il y avait un plombier parmi les prisonniers.

Sergent Lilian.- (appelant) Jim. Jim. Jim.

La voix de Jim.- (au loin) Il y a une merde dans la merde, c’est pour moi, je sais, je sais.

Tous sortent.

 

 

Au bout d’un moment, paraît dans le couloir Jim, qui s’essuie les mains, qui croise Berkman, qui balaie.

Jim.- Je suis sûr qu’ils ont les revolvers. Leurs yeux reniflaient mes attitudes, mes regards. Ils ne rêvaient que d’une chose : me prendre en flagrant délit. C’était si voyant que j’ai été obligé de leur dire qu’ils avaient l’air tout drôles.

Il sort.

 

Entre le sous-directeur, Sergent Lilian, des gardes, des surveillants.

Le sous-directeur.- (frappant du plat de la main les grilles) Tous en cellule. Fouille générale.

La cellule de Berkman est ouverte. Berkman paraît, entre, deux gardes après lui, qui fouillent la cellule, fouillent Berkman.

Ils sortent, referment la cellule, on les entend faire de même aux cellules voisines, le bruit diminue, s’éteint.

 

Sergent Lilian réapparaît, ouvre la cellule de Berkman.

Sergent Lilian.- Berkman, vous pouvez reprendre votre service. (regardant de tous côtés) Une lettre de votre ami Tony.

Berkman.- Merci.

Berkman prend la lettre, disparaît, réapparaît avec balai, balayette et pelle, croise Jim muni lui aussi de balai, balayette, pelle.

Berkman.- Une lettre de Tony. (lisant) « Nous approchons du mur d’enceinte. 3 problèmes se sont posés : le manque d’air frais, le manque de lumière, le bruit que faisaient nos pics et nos pioches. Les 3 problèmes ont été résolus par une pompe à air, un groupe électrogène, et un récital de piano donné en continu toutes fenêtres ouvertes. Il y a bien du rendement en avancée dans le tunnel et dans l’exécution de l’œuvre complète pour piano de Beethoven. »

Jim.- Il me prend de folles envies de danser. Je me retiens pour ne pas inviter le Sergent Angus.

Berkman.- Je lui réponds. (écrivant) « Tony, avant de quitter la maison, laissez deux revolvers, de l’argent, et des directives codées pour dire où nous devons vous rejoindre. Nous sommes couchés dans la boue et la chaleur à piocher avec vous. »

Passe le sergent Lilian, à qui Berkman donne la lettre.

 

 

Plus tard. On entend une sirène. Soudain beaucoup de bruit de pas sur les passerelles. Paraissent sous-directeur, Sergent Lilian, Sergent Angus.

Le sous-directeur.- Alerte maximale.. Les gardes et les surveillants à leurs postes. Tous les prisonniers, même les hommes de section, en cellule. (Berkman, ave brutalité est poussé dan sa cellule, bruit de nombreux pas dans toutes les directions, de clés dans les serrures, de grilles fermées ; à la cantonade) Avis à tous : le travail, la promenade, les visites, les consultations médicales, le prêt de livres, le courrier sont supprimés. Les ateliers, la bibliothèque, le parloir, l’infirmerie sont fermés.

Sortent tous, sauf deux surveillants, puis survient un troisième.

1° surveillant.- Qu’est-ce qu’il y a ? Une évasion ?

2°surveillant.- Tu n’imaginerais pas. Ils ont trouvé sous les murs des trous de mines bourrés d’explosifs. A la 7ième sonnerie de trompettes, les murs devaient s’écrouler.

3°surveillant.- Par 4 tunnels, quatre bandes devaient envahir la prison, tuer les gardiens, libérer les prisonniers. Les fauves auraient été lâchés sur la ville.

La voix du directeur.- (aux hauts parleurs) Ici, Hopkins, le directeur. Qu’est-ce que c’est que tout ce tapage ? Qui est-ce qui se permet d’actionner la sirène? Et quels sont les racontars que j’entends ? Du creux dans vos têtes, vous déduisez qu’il y a des trous dans le sol : réintégrez ces creux dans vos têtes. Apprenez que les tunnels ont été creusés par les gaziers, à la recherche de fuites de gaz. Que le sous-directeur vienne à mon bureau, j’entends qu’il soit sanctionné. Tout le monde retourne à son poste. Je dis : tout le monde retourne à son poste.

Secouant la tête, les deux surveillants sortent, Les pas s’éloignent, le bruit s’éteint.

 

 

Passe le Sergent Lilian. De dessous sa blouse, il sort deux journaux, qu’il lance sur le lit de Berkman. Berkman s’adosse au mur qui prolonge la grille, et lit.

Berkman.- (lisant) « L’affaire du tunnel. Trois enfants, nouveaux Robinsons, se sont aventurés dans le jardin d’une maison abandonnée. Partant de terre fraîche en tas dans le jardin, des traces terreuses les ont conduits à la maison, de la maison à la cave, de la cave jusqu’à un tunnel, qui s’enfonçait dans le noir. Les sapeurs-pompiers ont exploré le tunnel, qui se dirigeait vers la prison, mais ils ont rebroussé chemin, dissuadés par une forte odeur de gaz. Ce bout du tunnel ne livrant pas son secret, ils ont cherché à l’autre bout. De nombreuses excavations dans la cour de la prison ont permis de le découvrir enfin. De qui le tunnel préparait-il l’évasion, c’est la question qui se pose. Une enquête a été ouverte. » (Il prend l’autre journal, le lit) « L’affaire du tunnel. Selon la police, une telle opération, qui mobilise d’importantes ressources en argent, en matériel, en informateurs, en hommes qui n’ont pas froid aux yeux, ne peut avoir été engagée que par un des gangs de la ville, pour libérer un truand. Le chef de la police proteste contre l’insuffisance de ses moyens, et demande une augmentation de ses crédits. Nous, au journal, nous pensons plutôt qu’une telle action, qui nécessite intelligence, audace, abnégation, ne peut avoir été entreprise que par des anarchistes, pour libérer Berkman. »

Bruit de pas, Berkman cache les journaux sous le matelas. Paraît Sergent Lilian.

Sergent Lilian.- (désolé) Berkman, vous êtes convoqué chez le directeur.

Sergent Lilian ouvre la porte, met à Berkman des menottes, tous deux sortent.

 

 

 

Le bureau du directeur. Le directeur, debout. Entrent Berkman et Sergent Lilian.

Le directeur.- (à Berkman) Vous êtes la seule clé qui ouvre l’énigme du tunnel, Berkman. Comme je n’ai aucune envie que l’éventualité de votre évasion obsède mes jours et hante mes nuits, je vous coupe toutes vos passerelles vers l’extérieur et vers l’intérieur. Vous êtes privé de travail, de promenade, de courrier, de parloir, de bibliothèque, de service. Vous êtes consigné jusqu’à la fin de votre peine à l’isolement, sous la surveillance constante d’un gardien. Sergent, prenez deux gardes avec vous, et exécutez mon ordre. Sergent Lilian, vous commencerez le tour de garde.

Sortent Berkman et Sergent Lilian.

 

 

 

L’isolement. Bruit de pas qui s’approchent, de la clé qui ouvre la porte, paraissent Berkman, deux gardes, Sergent Lilian. Les menottes sont ôtées, Berkman poussé dans le mitard, la porte est refermée. Le bruit des pas des deux gardes s’éloigne, le judas s’ouvre avec un déclic, se referme. Berkman s’assied dans un coin par terre, plie ses genoux, embrasse ses genoux, pose son front sur les genoux.

La nuit tombe. On entend un pas derrière la porte.

La voix du directeur.- Vous dormez, sergent ?

La voix du sergent.- (tranquille) Si je dors, je vous rêve, Mr. Le Directeur.

Du temps passe. Bruit d’un pas derrière la porte.

La voix du directeur.- Vous lui avez parlé, sergent ?

La voix du sergent.- (tranquille) Si je lui ai parlé, vous ne me parlez pas, Monsieur le Directeur.

 

 

Plus tard. Berkman se lève, sort de dessous sa blouse, une toile qui lui faisait ceinture, love cette toile autour d’un barreau du soupirail.

Berkman.- (pour lui) .. .. Le corps peut survivre quelques jours de ses réserves, ces réserves épuisées, ne passe-t-il pas le pas ? L’esprit peut survivre quelques jours de ses souvenirs, ces souvenirs épuisés, l’esprit ne rend-il pas l’esprit ?.. .. Sans un autre esprit, quel esprit reste esprit ? Sans un autre homme, quel homme reste homme ? Sans nulle vie autour de soi, quelle vie peut vivre ? .. …(à travers le soupirail, passe, presque à la verticale, rasant le mur, un rayon de soleil) Physique soleil, gaz, état de la matière, imagine-t-on seulement que tu puisses ne pas être ? On fait fond sur toi, tu vas de toi : mais pense-t-on que tu es ? Et puis un jour, on s’aperçoit que ta machinale boule de gaz, qui distribue à tout et à tous également chaleur et lumière, est sur cette terre inhumaine, la seule chose humaine. (Berkman s’en approche, lève sa main, le soleil l’éclaire sa main) Plus humain que tout humain, plus chrétien que chrétien, plus que quiconque charitable, Dieu bon, bravant les interdits, tu fais le mur, passes à travers grilles et barreaux, viens visiter le prisonnier dans son cachot. Bonjour. (Le soleil éclaire sa tête) Maître Soleil, dieu tutélaire, Fils de Dieu, Dieu toi-même, cher père, pose sur mon front ta main tiède. (Le soleil descend sur ses épaules) Etat de la matière, corps gazeux, sphère de gaz incandescent, frère soleil, plus humain minéral, que tout humain charnel, astre automatique, Dieu bienfaisant, toi qui,de la cime des cieux, descends jusqu’au réprouvé, fais ta caresse douce. Chère sœur, dame de charité, douce infirmière, serre entre tes bras l’orphelin, tiens compagnie au veuf. Grand frère, embrasse-moi l’enfant abandonné de tes bras fraternels. (Le soleil descend sur son torse, Berkman ôte sa blouse) Couverture de ceux qui sont nus. Toit des sans abri. Belle étoile des vagabonds. Dieu tout puissant, qui nous aimes tous, coupables et innocents, athées et croyants, d’un égal amour, qui ne dispense pas un rayon de plus aux gens libres qu’aux prisonniers, répands sur moi tes grâces égales. Illumine ma nuit de ton lustre brillant, chauffe mon hiver de ton bon feu. Souffle ta chaude haleine, bœuf divin, sur l’enfant dans sa crèche. (Le soleil, obliquant, remonte, rasant le mur, Berkman tend sa main) Dieu avant Dieu, Dieu au-dessus de tout Dieu, petit frère des pauvres, serre une dernière fois mon humaine main grise et ridée dans ta douce blanche main minérale. Adieu, mon Prince. (Le soleil disparaît) .. .. Que vaut-il mieux ? Sans vivre, vieillir ? Vivant sans vivre, perdre ses forces une à une ? Alors qu’on vient de croître en force et en sagesse, décroître en faiblesse et en déraison ? Sans avoir rien vu, rien entendu, rien vécu, voir de moins en moins, entendre de moins en moins, vivre de moins en moins ? A peine élevé, déchoir déjà, et cruauté, assister à sa déchéance ?.. ..Traîner à pleurer et tremper son mouchoir, de quoi déchirer cent fois le cœur ? Ou brusquer les adieux et partir sans se retourner ? Ouvrir la trappe et sauter ? .. ..Pourquoi cette chair s’acharne-t-elle à elle Au bord du gouffre, de ses ongles en sang s’accrochant au bord, pourquoi cette chair mortelle se retient-elle à elle avec tant d’inconséquence ? Pourquoi tant de courage dans l’intention, au moment d’agir tant de lâcheté ? (Il bondit sur la toile, de ses deux mains la saisissant et faisant un rétablissement, il se pend)

Déclic de l’ouverture du judas. Vibrants coups de sifflets répétés.

La voix de Sergent Lilian.- Sergent Lilian. A l’isolement. A moi, l’équipe de secours. A7 s’est pendu. Vite. … … Appelle le docteur. Appelle le directeur.

On ouvre la porte, entrent Sergent Lilian, puis 3 gardiens, Sergent Angus, qui dépendent Berkman, l’étendent au sol ; puis le docteur qui examine Berkman, puis le directeur.

Sergent Angus.- S’il pouvait pour une fois ne pas manquer un attentat.

Soudain, Berkman écarte le docteur, se met debout et éclate de rire. Tous, de peur, reculent, se massent devant la porte.

Berkman.- Vous espériez que j’aie rendu le dernier soupir. Soyez déçus, assassins.

Le directeur dit un mot à l’oreille de Sergent Angus, qui sort. Les gardiens ne le quittent pas des yeux. Berkman fait un pas vers eux, tous reculent.

Berkman.- (éclatant de rire) Qui a peur de qui ?

Entre le Sergent Angus avec une grand camisole de force. Trois gardiens et le Sergent Lilian tiennent Berkman, pendant que le docteur et le sergent Angus lui mettent la camisole, en attachent les lanières au lit. Tous l’observent une dernière fois.

Berkman.- (tendant la tête vers eux) Comment irai-je à selle ? Sa mère, de son bébé les selles jaune d’or ne la dégoûtent pas. A chacun, ses propres déjections lui sont familières. Mais aux étrangers, ses selles noires et son urine corrompue répugnent.

Sergent Angus éclate de rire. Tous sortent. La porte est refermée. Le bruit des pas s’éloigne.

Berkman.- (pour lui) Dans son berceau, l’enfant emmailloté, impuissant à se retenir, se souille, tout honteux. Maman, dis-moi que tu m’aimes quand même. Laisse-moi mettre ma tête dans ton cou. Laisse mes larmes couler sur ton sein.

 

Le soir tombe. Du temps passe. Le jour meurt, puis renaît. Des pas, du lointain, s’approchent de la porte. On ouvre la porte. Entrent l’Inspecteur et Sergent Lilian, puis à leur suite entrant à la hâte, le Directeur.

Le Directeur.- Monsieur l’Inspecteur. Que ne m’avez-vous prévenu de votre arrivée, je vous aurai accueilli.

L’Inspecteur.- (au Sergent Lilian) Sergent, c’est vous qui avez mobilisé le Directeur ? Vous ne le trouvez pas assez sur le pied de guerre tout le jour ?

Le Directeur.- S’il ne m’avait pas fait prévenir de votre arrivée, je l’en aurais blâmé.

L’Inspecteur.- .. .. N’est-ce pas le condamné Berkman ?.. .. En camisole de force ?

Le Directeur.- Aliéné à lui, il a voulu s’aliéner de lui tout à fait. Pour le sauver de lui, il a fallu le retenir de force.

L’inspecteur.- (à Berkman) .. .. Comprenez, Mr Berkman. Quand un cambrioleur pénètre la nuit dans votre maison, effrayé et révolté, une telle rage et une telle peur vous prend, que, surgissant de l’ombre derrière lui, à coups de masse, comme un sourd, vous frappez, frappez, jusqu’à ce que cette ombre étendue soit enfin ce qu’elle aurait dû être : ne pas être. Mais quand le jour paraît, la claire lumière vous remontre l’affreuse disproportion entre son vol et votre meurtre. .. Nos peurs nous mettent tellement sur le qui-vive, qu’à la première alerte, nous nous déchaînons sans mesure. (Il lui défait les lanières)

Berkman.- Pardonnez-moi…. J’ai dû me débrouiller avec les moyens du bord.

L’Inspecteur.- Que votre souillure nous souille à notre tour, ce n’est que justice. .. (continuant de défaire les lanières) Par les voies propres aux prisonniers, acceptez-vous de faire savoir à la presse, que M. le Directeur vous a rétabli dans votre ancien état ?

Berkman.- Etat sera fait de mon état, vous pensez bien. L’Inspecteur.- Allons nous laver de nos méfaits communs. .. ..(au Sergent Angus et au Directeur, agacé, leur faisant signe de l’aider) Sergent ? Mr le Directeur ?

Tous trois portant Berkman en camisole, ils sortent.

 


 

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