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17. Hitler-suite [scénario]

 

 

CINQUIEME PARTIE

 

 

Séquence 1

 

 

 

Scène 1

La caméra survole la Kommandantur. Dehors il neige. Dans le bureau du Commandant. La caméra est derrière le fauteuil du Commandant. Le Commandant, les officiers, le sergent Abram sont debout. Le Commandant tient deux télégrammes à la main.

Le Commandant.- (présentant le 1er télégramme) Officiers, sergent, les Russes étant à un jour d’ici, j’ai reçu, du Führer, l’ordre impératif de faire sauter dès réception de l’ordre, les fours crématoires. Ne soyez pas surpris de ce que vous allez entendre. (On entend des explosions, les tours des crématoires s’écroulent. Le Commandant lit le 2 ème télégramme) Du Reichsführer. « Quel athée comprendrait notre religion aryenne et ses rites ? L’heure est venue, où pasteurs et troupeaux doivent faire retour dans la mère patrie. Par ordre du Führer, notre camp polonais est transféré au camp allemand de Gross-Reisen, en Silésie. Les trains étant mobilisés par la Wehrmacht, le transfert sera fait à pied. Heil Hitler» Tous sont atterrés.

Abram.- (rageur, montrant le poing) Ponce-Pilate veut se laver les mains avant d’aller à la table de négociations. Ils nous mettent tout sur le dos. Hitler et Himmler sales traîtres.

Personne ne dit mot. Le Commandant écarte les bras, comme pour dire qu’il n’y peut rien.

Schraube.- Nous avions élevé un feu gigantesque, où bouillaient des troncs entiers, le visage cuit et recuit, en détournant le visage, nous chargions le feu, et voilà que par la faute d’un seul, l’énorme bûcher s’effondre dans une éclatement d’étincelles.

Dietrich.- Ce que ne tolère pas une armée de son général, c’est qu’il perde la guerre. A bas Hitler.

Zange.- Camarades, ça vous étonne ? Qui croyait que ça durerait ? … …Moi, j’ai toujours trouvé que tout ce sang, ces tortures, ces chambres à gaz, ces fours crématoires, c’était sale, dégoûtant. Je me suis toujours gardé, vous êtes témoins, de toucher à un seul cheveu d’un seul détenu. Aussi, la conscience tranquille, je vais aller me perdre au milieu des civils allemands. (il ôte sa vareuse et la jette par terre)

Baudis.- A fréquenter certains détenus, j’ai fini par penser que l’idée que l’Allemagne était supérieure à toute autre nation, était une forfanterie ridicule et honteuse. J’ai honte d’être un SS. Je remets ma démission. (Il ôte sa vareuse, arrache ses galons, la jette par terre).

Chorknabe.- Grâce au Führer, pendant 5 ans, j’ai vécu dans les hauteurs, en seigneur, plein d’orgueil et d’arrogance. Plutôt que me crasher simple citoyen, je préfère finir, avec lui. Même si je suis le seul, je lui reste fidèle.

Sortent tous. Le Commandant restant seul, se dévêt de sa tunique, et revêt un habit civil.

 

 

Scène 2.

Au dehors, hors de leurs maisons, la caméra embrassant à droite et à gauche le commencement de leurs maisons, Baudis et Zange, tous deux en civil, portant leur sac militaire.

Zange.- (allant à Baudis) Un mot. Ne penses-tu pas que la seule chose sensée à faire dans la vie, c’est de fonder la richesse de sa famille ? .. … J’avais beaucoup lu sur le sujet de l’argent avant la guerre. J’avais appris une chose extrêmement intéressante, c’est que toutes les grandes fortunes se sont bâties à la faveur des troubles, pendant les guerres, les révolutions. … …… Aussi, quand ce fou est monté au pouvoir, qu’il a déclenché la 2ème guerre mondiale, j’ai pensé que ce temps-là s’offrait, qu’il serait court, que je devais me hâter d’exploiter la situation. Je me suis engagé dans les SS, je me suis lancé dans mes petites manustuprations. J’ai adopté pour principe de ne voler aucun particulier, de ne voler que ce que volait l’Etat. Mais, de l’Etat, j’ai pillé tout ce que je pouvais piller… … J’avais prévu que la folie nazie ne durerait pas : mes pronostics étaient exacts. La république va être réinstaurée. Je m’en vais fonder dans un Etat de droit une grande famille honnête.. … … Tu étais le seul sain dans cette chambrée de malades. Je t’offre de t’associer avec moi.

Baudis.- Votre générosité me va droit au cœur, capitaine. J’ai d’autres projets.

Zauge.- Si jamais tu ne sais pas où aller, ma porte t’est ouverte.

Baudis.- (des deux mains il serre la main de Zange) Vous êtes le seul, avec Kelch, dont je garderai bon souvenir. .

Zauge.- N’hésite pas. Tu apaiserais le léger remords que je me sens. Bonne chance à toi.

Ils s’embrassent, et sortent.

 

 

Scène 3

Du côté Kommandantur, la caméra visionne, au-delà de la double porte grillée grande ouverte de la Kommandantur, la Mercedes de Johanna. Johanna en imper attend, nerveuse. Au bout d’un moment, Ingo en costume civil apparaît, longeant la caméra. Johanna va à lui, en quémandeuse.

Ingo.- (s’inclinant) Madame (il allait parler)

Johanna.- (rectifiant) Johanna .

Ingo.- Madame Johanna.

Johanna.- Johanna

Ingo.- Laissez-moi m’accoutumer…

Johanna.- Vous vouliez me dire ? Ingo.- Pitié et terreur sont répulsifs d’amour. Je vous demanderais, auparavant, de me laisser libre un peu.

Johanna.- J’avais peur de cela. .. .. Pensez, Ingo, de quelle opération je relève, combien je suis faible. Mauvaise épouse, mauvaise mère, mauvaise Allemande, je serai sujette à l’opprobre de tous. . …(Elle tombe à genoux, embrasse ses mains) .. .. Pardonnez-moi. Impatiente, je me forcerai à la patience.. .. Je vous laisserai libre.

Ingo ne dit mot.

Johanna.- (se relevant) Ne méprisez pas la pauvre loque.

Elle va à Ingo, l’embrasse, lui l’entoure mollement de ses bras. La caméra visionne le visage d’Ingo, pendant que :

Ingo.- (off) Teutonne à tétons, vache à lait boche, qu’est-ce que tu pensais ? Que j’allais vivre des produits de ta ferme ?.. .. Le Boche m’a séparé de ma femme, j’ai séparé le Boche de sa femme boche : nous sommes quittes.

Johanna.- (inquiète) Mais vous venez ?

Ingo.- (montrant du pouce le camp) Vous croyez que je resterais ?

Johanna retient ses larmes, détournant le visage. Ils vont à la voiture.. On voit la voiture s’éloigner, disparaître. La caméra tourne à 180°, vers l’intérieur du camp : Abram est là, qui regarde la voiture disparaître.

 

 

 

Séquence 2.

 

 

La caméra embrasse à droite le block 00, au centre, au fond, l’entrée du camp, à gauche le reste du camp. On entend la voix off un peu étouffée de Bettler, mais on ne le voit pas.

Bettler.- (off, s’accusant, agressif) Pourquoi tu en as réchappé ? Quelles tristes précautions as-tu prises, pour préserver ta vie ? A quelle cour à l’ignoble, à quelles flatteries à l’infâme dois-tu sa survie ? Mille parmi les meilleurs ont péri, toi, ni bon ni mauvais, tu en as réchappé, explique ? Ta survie est suspecte. .. .. (se défendant, véhément) Qu’est ce que je devais faire ? Me laisser tuer, les laisser triompher ? N’était-ce pas mon devoir d’user de tout, même de ruse, pour survivre, et triompher d’eux, moi ?.. .. Un malade dans l’inconscience, qui bave et qui souille ses draps, est-ce que sa famille s’en sent déshonorée ? S’il se rétablit, est-ce que sa famille lui reprochera ses misères physiques ? Ou, au contraire ne se réjouira-t-elle pas de sa guérison ?.. .. Lorsqu’une soudaine éruption volcanique fait trembler la terre et le ciel, qui reprocherait à quelqu’un de ne pas régler son pas sur le plus infirme ? On est gardien de son frère, certes, mais est-on le gardien, de n’importe qui ? Si j’ai un motif assez fort pour m’en tirer, dois-je faire bénéficier n’importe qui, qui ne sait pas quoi faire de sa vie, de mon motif, à ma place ?

On entend au loin, tout proches, les coups de canon des chars russes, et des mitraillades. Paraît Siewert, venant du camp, un fusil en main.

Siewert.- Reiterknecht, Reiterknecht. C’est Siewert. (Sort du block 00, Reiterknecht) Dietrich nous emmène. Toi, garde d’enfants, moi, garde du corps. Dépêche. (appelant tous azimuts) Bettler. Bettler.

Reiterknecht.- Pas vu.

Siewert crie Beetler, Bettler, Bettler, tout en s’enfuyant avec Reiterknecht, par la porte du camp.

Paraît venant du camp, un bock à la main, Abram. Les explosions de grenades et les mitraillades sont toutes proches.

Abram.-(tendant son bock, comme s’il portait un toast) Cocu, battu, qui est content ? Abram… …Cocufié par le Bohémien Ingo par devant, baisé par l’Autrichien Hitler par derrière, cornu devant comme la licorne, cornu derrière comme le diable, qui est deux fois content ? Le sergent… …Prost. . …(hurlant) Bettler. Bettler ma cocotte, viens ma poule. (sortant son pistolet, l’armant) Bettler. Viens ma biche, on va finir en beauté.

Paraît le sergent Kuntz, le pistolet à la main.

Kuntz.- Abram, les Russes.

Abram.- Bettler. Tes libérateurs.

Abram rejoint Kuntz. Paraissent, s’approchant avec prudence, de la porte du camp. des soldats russes. Kuntz et Abram vont vers eux, tirant de leur pistoler, abattant chacun un Russe. De sa mitraillette, un Russe abat Abram et Kuntz.

De dessous le block OO, sort Bettler, qui, en titubant, va vers les Russes, manque de tomber. Soutenu par les Russes, il sort.


 

Personnages

Côté détenus

Côté SS

Autres

Bettler, intellectuel

Bock, juif

Hohenstaufen, noble

Hamber David, juif

Hamber Salomon, juif

Ingo, bohémien

Kaefferkop, Inspecteur Général de la poste

Muth, homosexuel

Nichts, employé de la poste

Reiterknecht, témoin de Jehovah

Schere, communiste

Zaccarias, artiste décadent

Autres détenus, à la pharmacie.

 

 

 

Officiers

Le Commandant

Capitaine Chroknabe

Capitaine Dietrich

Capîtaine Schraube

Lieutenant Kelch

Lieutenant Baudis

 

Sous-officiers

Sergent Abram, chargé du block 00

Johanna Abram, sa fmeme

Sergent Kuntz

 

Soldats

Schiesser, garde affecté au block 00

Autres soldats

 

 

Un civil allemand

Oehler, Adjoint au Maire

 

Russes

Un prisonnier russe

Soldats russes

 

 

Lieux

 

 

Gare de Campagne

KOMMANDANTUR

CAMP

EXTERIEUR

 

Place de la Gare

Dans la gare

Le quai de la gare

 

Le bureau du Commandant

La villa des Abram, salle à manger, terrasse, jardin

Les villas du Capitaine Zange et du Lieutenant Baudis

La porte de la Kommandantur vers la campagne

 

La place devant le block 00

L’intérieur du Block 00

L’infirmerie

 

Une route, avec une flaqueUne carrièreUne route dans les sablesUne route dans les marais

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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